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Actualité
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Le Fil de la semaine
Fondation de Service politique
L’armée française, pourquoi faire ? ; 200.000 cartes contre l’euthanasie ; Désaccord sur le traité de Lisbonne ; Les dangers des thérapies de la mémoire… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler, par la Fondation de Service politique.
 Semaine précédente |
FRANCE
L’armée française, pourquoi faire ?
■ Le bouclage du Livre blanc qui doit contenir les grandes lignes de la politique de défense et de sécurité de la France pour les quinze années à venir est désormais imminent. Le virage atlantiste de Nicolas Sarkozy a-t-il des conséquences sur notre politique de défense ? Les missions de l’armée française vont être redimensionnées. La présence de la France dans le monde et particulièrement en Afrique va être revu à la baisse, contraintes budgétaires obligent.
Dans un entretien au Monde (26 avril), le général Vincent Desporte (La Guerre probable, Économica, 2007) et commandant du Centre de doctrine des forces (CDEF) du ministère de la Défense expose ses idées sur le rôle international que la France doit ou peut encore jouer. Les différents points qu’il développe nourrissent le débat concernant la diplomatie du chef de l’État et l’emploi de nos forces armées. - L’environnement international a changé. La France en prend tardivement conscience. « Les Français ont de plus en plus de mal à faire le rapport entre l’effort de défense et leur propre sécurité. La professionnalisation de l’armée a distendu le lien armée-nation.
- Alors que les menaces et les dépenses militaires augmentent partout dans le monde, « il y a une espèce d’autisme européen ». L’Europe, et la France en particulier, diminuent leurs efforts dans le domaine de la sécurité militaire.
- Au XXe siècle, il y avait une « sorte d’équivalence entre l’efficacité militaire et la destruction ». Il faut revenir à la conception de Lyautey ou de Gallieni pour qui l’important n’était pas de détruire mais de construire. Aujourd’hui il faut être capable d’utiliser ses armes avec la plus grande violence et de venir au secours des populations civiles.
- L’intervention américaine en Irak marque de ce point de vue un tournant. Jusqu’ici, les Américains ne se préoccupaient pas de l’après-guerre (Day after). Les Américains ont pris conscience que la supériorité technologique qui leur assure la victoire ne peut leur assurer ipso facto des résultats politiques.
- Les menaces aujourd’hui portent sur des théâtres d’opérations très éloignés. Les opinions publiques comprennent difficilement que leur sécurité dépend d’interventions aussi lointaines.
- Cela pose la question de notre « droit d’intervenir » dans le cadre d’une « prévention active ». Selon Vincent Desportes, « ce que disait saint Thomas d'Aquin est toujours vrai : on a le droit d'intervenir si on est à peu près persuadé, en son âme et conscience, que le bien à venir est supérieur au mal passager que l'on va créer. » Pour autant, « le concept de guerre juste est dangereux. Il suppose une “dissymétrie morale” entre les adversaires. Cette dissymétrie est dangereuse ».
- Il n’est pas très cohérent de s’orienter vers une réduction des effectifs militaires au moment ou se multiplient les crises extérieures. Si « les capacités d'action militaire se trouvaient fortement réduites, de quel droit la France pourrait-elle exhorter ses partenaires à s'engager avec elle dans une défense atlantique et européenne renforcée et restructurée » ?
- Aujourd’hui, le poids politique des nations ne se mesure plus en terme nucléaire mais par leur capacité d’intervention extérieure. En deçà d’un certain seuil, la baisse des effectifs, même technologiquement bien équipés, transformera nos forces en armées de deuxième rang.
- Il manque aujourd’hui une vision d’ensemble à notre défense pour les années à venir. « La vision gaullienne des années 1960, c'était l'indépendance et la dissuasion, l'une étant la condition de l'autre. En 1994, lors du précédent Livre blanc, la vision était celle de la professionnalisation et de la projection des forces. » Dans l’actuel Livre blanc, cette vision globale n’existe pas. La population française risque de ne pas adhérer au nouveau modèle d’armée proposée. Quant à la communauté militaire, déstabilisée par ce manque de perspective, elle peut aussi se politiser ; une tentation à laquelle elle avait échappé jusqu’ici.
Pour en savoir plus :
■ Vincent Desporte, La Guerre probable, Économica, novembre 2007, 150 p., 17,10 €
L’essor de la finance islamique
■ Le 14 mai, la commission des finances du Sénat a organisé une table ronde sur la finance islamique. Née dans les années soixante-dix, elle a pour but de développer des services bancaires et des produits financiers compatibles avec les prescriptions de la loi coranique. Selon Jean Arthuis, président de la commission des finances, elle connaît aujourd’hui un développement rapide.
Fin 2007, la finance islamique représentait 500 milliards de dollars d’actifs des banques et compagnies d’assurance, 700 milliards en prenant en compte les actifs hors bilan et les fonds conformes à la Charia (estimation Moody’s). Son taux de croissance annuel moyen au cours des dix dernières années a été entre 10 et 30 % en fonction de la classe d’actifs.
Cette croissance, d’après Jean Arthuis, « suscite un vif intérêt et plusieurs pays s’interrogent sur la manière d’intégrer cette finance alternative aux cotés des activités conventionnelles. Le Royaume-Uni a fait de la City la place européenne de référence en matière de finance islamique. » La commission des finances de la Haute Assemblée souhaite « apprécier l’opportunité et les modalités pour la France de s’insérer sur ce marché en plein essor. »
L’entreprise sociale se cherche encore
■ Dans un article publié dans le mensuel des EDC (Entrepreneurs et Dirigeants chrétiens), Pierre Deschamps s’interroge sur la « véritable finalité de l’économie en général et des entreprise en particulier ». Pour le président des EDC, toute entreprise a deux finalités : « une finalité financière (en anglais : Profit) et une finalité sociétale (People et Planet). Or la finalité financière ne concerne qu’une infime minorité de personnes, qui peuvent être tentées d’utiliser les autres pour servir leurs intérêts. La finalité sociétale s’applique à tous. Dès lors, la question décisive est de déterminer la hiérarchie de ces deux finalités. La réponse actuelle de tous les chefs d’entreprise, y compris les partisans de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) et des chartes éthiques, est d’affirmer haut et fort que la finalité financière est au premier rang ».
Pierre Deschamps propose de renverser ces deux finalités : « La finalité de chaque entreprise résiderait dans son projet sociétal, le profit constituant un levier au service de ce projet, et un facteur de viabilité, de pérennité et, in fine, d’indépendance. Il ne s’agit pas de renoncer au profit, qui demeure indispensable au développement des entreprises. Il s’agit de le positionner à sa juste place, qui est celle d’une condition et non d’un objectif. Le capitalisme pourra alors être au service des hommes, et non pas les hommes à son service. » Toute la question est de savoir comment ? La réforme des structures ne peut y suffire, il faut aussi un changement des comportements comme le soulignait Benoît XVI dans son discours devant l’Académie pontificale des sciences sociales, samedi 3 mai (résumé en ligne sur GB16.com).
L’Institut français de journalisme ouvre sa 2e année
■ Cinq ans après sa création, l’Institut français de journalisme (IFJ) propose désormais à ses étudiants un cursus en deux ans, ce qui permet à l’école de délivrer un diplôme de niveau Master 2 et de s’aligner sur les grandes écoles. La formation délivrée à l’IFJ se distingue par la priorité donnée à la culture et à l’éthique de l’information. Elle prépare à tous les métiers du journalisme : presse écrite, radio, télévision, Internet, agence de presse. Cette seconde année s’ouvrira à la rentrée 2008.
Créé en 2003 dans le cadre de la FACO (Faculté libre de droit) pour former des journalistes polyvalents et responsables, l’IFJ a déjà formé une centaine de journalistes qui travaillent aujourd’hui dans autant de rédactions. Trois principes structurent l’identité de l’école : - L’importance accordée à la culture, indispensable au traitement réfléchi de l’information. L’IFJ assure dans cette optique plusieurs cours de culture générale : politique et géopolitique, connaissance des religions, droit, économie, etc.
- Une formation à l’éthique de l’information, incitant les journalistes à réfléchir sur leurs responsabilités et sur la vérité.
- Une démarche professionnalisante, qui s’appuie sur deux mesures fortes : la limitation des promotions à 20/25 étudiants afin de garantir à chaque étudiant un suivi personnalisé, et trois stages en rédaction répartis tout au long du cursus.
L’entrée à l’IFJ se fait sur concours pour des étudiants de niveau bac + 3, diplômés de khâgne, d’une école de commerce, d’ingénieur ou autre. Il y a deux sessions du concours : l’une le 9 juin (clôture des inscriptions le 30 mai), l’autre début septembre.
Pour en savoir plus :
■ IFJ - 115, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
www.ifjparis.fr
Contact : contact@ifjparis.fr ou Jean-Yves Robin au 09 65 31 06 98.
200 000 cartes contre l’euthanasie
■ L’Alliance pour les Droits de la Vie, présidée par le cancérologue Xavier Mirabel, lance aujourd’hui 16 mai une campagne nationale d’envoi de cartes postales aux parlementaires leur demandant de refuser à la fois l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie et de soutenir les soins palliatifs. La démarche a pris corps après l’émotion déclenchée par l’affaire Sébire et au moment où le député Jean Leonetti ouvre les auditions pour « évaluer » sa loi fin de vie de 2005. Ses conclusions sont attendues à l’automne.
Les cartes sont destinées à contrer la menace d’une autorisation de l’injection létale sous l’expression « euthanasie d’exception ». La plupart des députés comme le gouvernement considèrent qu’il faut appliquer et mieux faire connaître la loi fin de vie, mais le lobby de l’euthanasie multiplie les interventions politico-médiatiques pour faire valoir sa revendication.
L’Alliance pour les Droits de la Vie rappelle aux parlementaires les engagements du président de la République de doubler le dispositif des soins palliatifs. Elle a déjà fait imprimer 200 000 cartes et organise leur diffusion dans tous les départements sous forme de kits : autant de cartes que de parlementaires – députés et sénateurs – du département et notice d’emploi.
L’opération devrait durer jusqu’à la fin du mois de juin. Les kits peuvent être commandés sur www.adv.org.
INTERNATIONAL
L’Europe de l’avortement
■ L’Institut de Politique familiale (IPF) vient de publier son rapport 2008 sur "L’évolution de la famille en Europe". L’Angleterre pourrait réduire la durée légale du droit à l’avortement. La France persiste et signe dans une approche très malthusienne. La natalité européenne baisse. En 2007 le nombre des naissances a diminué de 5, 2 millions d’enfants par rapport à 1982. Le taux fécondité est tombé à 1, 52 et l’âge moyen de la maternité a reculé à 30 ans. 1 167 775 avortements ont été pratiqués. Chaque année l’Europe perd ainsi l’équivalent de la population de la Slovénie ou de Chypre. La France, hélas, vient rn tête de cette hécatombe avec plus de 206 000 avortements, l’Angleterre 194 000 puis la Roumanie 150 000, l’Italie 129 000, l’Allemagne 119 000, et l’Espagne 101 000. Le rapport souligne que c’est la première cause de mortalité européenne.
Face à ce drame, les pays européens réagissent très différemment. L’Italie est engagée dans une politique de responsabilisation et d’information des femmes qui demandent l’avortement, en Angleterre un député britannique tory, Nadine Dorries (photo), souhaite réduire le délai d’avortement de 24 à 20 semaines. Son projet de loi a reçu le soutien de 200 membres du Parlement de tous bords politiques, et de spécialistes de la santé, gynécologues et obstétriciens. En 1990, l’Angleterre avait déjà réduit ce délai légal de 28 semaines à 24.
Comme le souligne cette ancienne infirmière, la Grande Bretagne est en passe de devenir « la capitale mondiale de l’avortement ». Depuis les années soixante-dix, on comptait 86 000 avortements par an, ils sont 200 000 aujourd’hui. Il est temps, dit-elle, « d’adopter une approche plus modérée et de bon sens… ». L’avortement ne peut pas être une forme de contraception. « Nous sommes désormais dans la situation absurde où des médecins se battent pour sauver les prématurés à un certain endroit de l'hôpital, et où d'autres l’achèvent dans un autre endroit, à la même durée de gestation ».
À l’inverse, la France poursuit une politique toujours inspirée par les principes du planning familial des années 1970. Après la campagne pour l’avortement affichée dans les gares d’Ile-de-France, voici la promotion officielle de la contraception. Pour Roselyne Bachelot, le ministre de la Santé, « il faut libérer la parole ». Les spots publicitaires diffusés du 4 au 25 mai mettent en scène des jeunes à qui leur entourage ne parle pas de la pilule. « Vous ne pouvez pas parler de contraception autour de vous ? Parlez-en avec nous », conclut le spot publicitaire. Par ailleurs, des SMS pro-contraception s'afficheront sur les téléphones portables de 300 000 jeunes de 16 à 25 ans. Les opérateurs téléphoniques participent à l'opération. Il s’agit d’une véritable intrusion dans l'univers privé de leurs jeunes clients qui n’a guère était dénoncée.
Un guide intitulé Questions d'ados sur la contraception, l'avortement et le Sida sera de plus diffusé dans les lycées et un numéro de téléphone gratuit de Fil santé jeune sera mis à leur disposition.
L’objectif avoué de cette campagne est de lutter par la pilule abortive du lendemain, faussement assimilée à de la contraception d’urgence contre l’avortement tardif.
Les faits prouvent que cette politique a toujours produit l’inverse des résultats escomptés. La promotion de la contraception chimique et du préservatif, en banalisant les relations sexuelles en particulier chez les jeunes, augmentent les risques de grossesses qu’elle est censée empêcher. La France est en tête des pays consommateurs de pilules contraceptives, mais une femme sur trois de moins de trente ans oublie de prendre régulièrement la pilule, et un très grand nombre de jeunes ne prennent que très tardivement conscience que relation sexuelle et génération sont liées !
La franc-maçonnerie en visite à Bruxelles
■ Un correspondant de la Fondation de Service politique nous adresse le compte-rendu de la visite faite le 8 avril dernier par la Fédération française du Droit Humain à Michel Barroso, président de la Commission européenne. La délégation était composée de la Grande Loge Féminine de France, du Grand Orient du Portugal et du Grand Orient de France qui avaient pris l’initiative de ce rendez-vous en accord avec les autres obédiences « adogmatiques », lors de la réunion des Grands Maîtres et Présidents du mois de janvier. On apprend ainsi que la délégation « a fait valoir l’importance des Lumières dans l’histoire de l’Europe, dimension à prendre en compte au moins autant que les racines religieuses et certainement plus en lien avec ses racines antiques » (sic). Le principe a été retenu d’une communication des ordres et obédiences maçonniques libérales et adogmatiques avec les services de la Commission « en tant que de besoin ».
La délégation a reçu l’assurance de l’attachement du Président Barroso à la liberté de conscience, à l’esprit de laïcité et au principe de séparation des religions d’avec l’État. La Fédération française du Droit Humain fera-t-elle dans un avenir proche une proposition de recommandation concernant « le principe d’émancipation qui devrait sous-tendre l’ensemble des systèmes éducatifs en Europe, en relation directe avec la reconnaissance de l’apport des Lumières dans la culture commune des peuples qui la composent et en accord avec les principes de la Charte des droits fondamentaux. »
La question de la Charte est donc bien une question centrale. Elle ouvre bien la porte à « l’émancipation des systèmes éducatifs », autant dire à la subversion de la vision de l’homme qui est le socle de la culture européenne. Cette visite témoigne de l’influence de la franc-maçonnerie dans la vie politique. Si l’on en doutait, le communiqué de la Grande Loge de France (GLF) à l’occasion de la mort de Pierre Simon, son ancien grand maître, dimanche 11 mai, en témoigne : « Gynécologue, il avait travaillé auprès de Simone Veil et Lucien Neuwirth afin de faire évoluer les lois de notre pays dans le domaine essentiel de la contraception et du planning familial. »
À propos du traité de Lisbonne
■ Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont et ancien vice-président de la Commission des épiscopats de la communauté européenne (Comece), nous demande de publier un rectificatif pour une erreur commise dans un article du 16 novembre 2007 (Décryptage, 16 novembre 2007). Nous écrivions, à propos de ce qui allait devenir le Traité de Lisbonne : « Le projet actuel ne comporte pas l'ancien article I-52 de l'ex-TCE sur les rapports institutionnalisés avec les églises : cet article reprenait et complétait ce qui n'était qu'une déclaration annexée au traité d'Amsterdam (Déclaration relative au statut des Églises et des organisations non confessionnelles) ; la dite déclaration retourne à son statut antérieur puisque le traité d'Amsterdam demeure, statut déclaratoire et sans portée juridique. » Mgr Simon nous fait remarquer que ce n’était pas exact.
De fait, le traité de Lisbonne introduit un article 16c dans le traité instituant la Communauté européenne, qui reprend le texte de l'article I-52 de l'ex TCE, en vertu duquel l’Union respecte les Églises et autres organisations philosophiques (y compris la franc-maçonnerie par conséquent), et maintient avec elles un « dialogue ouvert, transparent et régulier ». Nous en donnons acte à Mgr Simon.
Nous le faisons d’autant plus volontiers que cette question purement institutionnelle était et demeure indépendante des critiques de fond que nous formulions alors sur le traité de Lisbonne, et par conséquent de notre divergence d’appréciation.
Nous mettions tout particulièrement l’accent, en effet, sur deux défauts qui nous paraissaient, et nous paraissent encore, majeurs : - l’extension incontrôlée des compétences de la Cour de justice dans sa fonction de militant actif de l’intégration d’une part,
- et d’autre part l’attribution, par voie détournée, d’un caractère contraignant à la Charte des droits fondamentaux dont on avait déjà souligné les dérives graves qu’elle comportait, notamment en ce qui concerne la vie commençante et finissante et l’intangibilité du mariage hétérosexuel qui n’y sont plus protégés.
Nous disions alors que « la volonté de construire une Europe prospère et pacifique ne justifie aucune impasse sur des orientations manifestement contraires à une conception d’une Europe fidèle à elle-même, et fondée sur le respect des droits fondamentaux de la personne et du droit des nations à préserver leur souveraineté culturelle ». S’il faut choisir entre un dispositif institutionnel utile mais peu engageant quant au fond, et une dérive des valeurs qui porte atteinte à des « points non négociables », pour nous le choix est clair.
Nous nous sentons rejoints dans cette réserve par Mgr Adrianus Van Luyn, le nouveau président de la Comece, qui a déclaré dans une intervention datée du 5 mars et publiée sur notre site que « le traité de Lisbonne n’est pas synonyme d’accord sur la finalité de l’UE ». C’est pourquoi, soulignait-il, « il s’agit, en outre, de reconnaître l’héritage religieux de l’Europe et pas seulement dans la forme à la fois positive et générale du préambule du traité de Lisbonne, mais dans une forme qui permet de souligner la part spécifiquement chrétienne de cet héritage, sans pour autant discriminer d’autres religions ».
ÉGLISE
Agir contre les profanations de cimetières
■ Les profanations de cimetières se sont multipliées depuis plusieurs mois. L’association Unitas a interpellé le ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie. Soutenue par Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, le père Guy Gilbert et des personnalités de la société médiatique, comme Frigide Barjot, l’association appelle tous ceux qui accordent une importance au respect de la sépulture de chaque homme à envoyer à “MAM” une protestation (téléchargeable sur Unitas.fr). L’association écrit : « La récente profanation du carré musulman du cimetière Notre-Dame de Lorette, près d’Arras, a légitimement soulevé l’indignation de la classe politique française. Mais les profanations de cimetières musulmans ou juifs, aussi insoutenables soient-elles, ne peuvent plus masquer une douloureuse réalité : neuf cimetières profanés sur dix sont des cimetières chrétiens. Croix renversées ou retournées, couronnes mortuaires brisées, tombes d’enfants vandalisées, chapelles funéraires fracturées ou couvertes d’inscriptions sataniques…Chaque semaine, en France, ce sont plus de quinze sépultures chrétiennes qui sont profanées, et autant de familles plongées dans un nouveau deuil.
Ne rien dire sur ces chiffres-là, c’est déjà laisser faire, et créer un sentiment d’impunité chez des groupes sectaires animés par des sentiments morbides, antireligieux, voire satanistes, dont l’influence gagne un nombre croissant de jeunes sans repères, comme s’en inquiète le rapport 2007 de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Ce rapport établit que les profanations satanistes ont augmenté de 300 % en 3 ans ! Il y a tout juste un an, le 26 avril 2007, Nicolas Sarkozy déclarait à propos de ces
profanations : “C'est un scandale. Si on ne respecte pas la mort, c'est qu'on ne considère pas la vie. [...] La première des préventions, c'est la certitude de la sanction pour ceux qui blasphèment.” À présent, nous demandons des actes. »
Rappel à Dieu du cardinal Gantin
■ Le cardinal Gantin s’est éteint à Paris à l’hôpital Georges-Pompidou à l’âge de 86 ans. C’était le 13 mai, jour anniversaire des apparitions de Fatima. Une grande figure de l’Église nous quitte. Premier archevêque métropolitain africain en 1960, le cardinal Gantin a été archevêque de Cotonou (Bénin), président de la Conférence épiscopale régionale d'Afrique de l'Ouest. Et doyen du collège cardinalice jusqu'en 2002..
En 1971, Paul VI l’appelle à Rome où il occupera diverses fonctions : Congrégation de la propagation de la foi devenu Congrégation pour l'évangélisation des peuples, Conseils pontificaux « Cor Unum » et « Justice et paix », Commission pontificale pour l'Amérique latine et enfin Congrégation pour les évêques dont il fut président. Le pape Benoît XVI a perdu avec lui un ami. Il lui rendu hommage, ce mercredi, à « ce fils éminent du Bénin et de l’Afrique, estimé de tous, animé d’un esprit profondément apostolique et d’un sens élevé de l’Eglise et de sa mission dans le monde ».
Guérison de la mémoire : attention, danger
■ Les « thérapies par anamnèse » qui permettent de remonter à la blessure initiale sont souvent utilisées aujourd’hui dans des sessions dites de thérapies psycho-spirituelles. Attention, danger. Ces méthodes ne sont pas sans poser des risques comme l’écrit Aline Lizotte dans le courrier de l’Association pour la formation chrétienne de la personne (AFCP).
Rechercher jusqu’aux souvenirs prénataux pour guérir de ses « blessures » est devenu un must des sessions de guérisons de tous bords. En réalité, ces « souvenirs » sont souvent reconstruits bien après par la mémoire associative, comme l’ont montré notamment les travaux de Piaget. Pour Aline Lizotte, « la personne qui se souvient d'avoir vu sa mère lancer un verre de lait à son père, alors que c'est son père qui a posé le geste, vit un faux souvenir fondé sur une expérience réelle. Le sujet a beau conserver des images très vives des supposés événements et tout “revoir” clairement, seule la corroboration de témoins permettra de savoir si le souvenir est exact ou non. De telles altérations de la mémoire, comme l'interversion des rôles dans un souvenir, sont fréquentes ». Les sectes utilisent souvent cette propriété transformatrice de la mémoire.
Toujours selon Aline Lizotte, « l'Église de scientologie a inventé la dianétique pour rechercher les “engrammes”, c'est-à-dire les chocs psychologiques reçus dès l'âge du nourrisson ou même dès la période foetale. Elle les utilise comme l'unique cause de toutes les difficultés psychiques du sujet. C'est un exemple de ces faux souvenirs induits. Ceux-ci sont induits par des suggestions émanant du groupe, d'un “gourou” ou même de l'idée dominante qui réunit l'assemblée… Et ainsi se forme l'étiologie du malheur ! Sous l'influence de ces pratiques, la personne conclut à l'existence d'une “cause”, souvent unique et extérieure, de toutes ses difficultés. Ce peut-être un événement traumatisant, un sévice sexuel, une “blessure foetale ou néonatale” ou même, un lien maléfique avec un ancêtre. On inaugure alors toute une pratique de purification et de libération ! Et plus l'émotion est haute et forte, plus ça marche ! La personne n'est peut-être pas guérie, mais l'important est qu'elle est persuadée de l'être. La suggestion est d'autant plus libératrice qu'elle est causale du souvenir qu'elle induit. » Ces pratiques ne sont pas nécessairement nocives. Mais elles ne sont pas sans danger pour soi même et pour les autres. Elles ont été parfois à l’origine d’accusations de sévices sexuels totalement fausses. De plus, en persuadant la « victime » que leur trouble vient d'un tiers et d’un événement invérifiable elle détourne la personne de chercher, en elle, où est le vrai mal, le mensonge caché et comme le dit Aline Lizotte en conclusion, « de prendre en main, sa guérison et sa liberté ».
Pour en savoir plus :
■ Le site de l’Association pour la formation chrétienne de la personne
Barbarin-Ferry : le christianisme est-il une valeur ?
■ C’est dans le cadre de sa démarche jubilaire que la basilique parisienne Sainte-Clotilde a organisé le 6 mai dernier un débat entre l’ancien ministre de l’Éducation Nationale Luc Ferry et le cardinal Philippe Barbarin. Accueillis par le recteur Matthieu Rougé, les intervenants ont débattu de l’avenir du christianisme : « Est-ce que la France peut vivre Dieu sans l’enraciner dans la foi ? »
Pour Luc Ferry, la « société laïque » se présente en gros comme « le marché plus les droits de l’homme ». L’ancien ministre estime que notre société a suffisamment de morale, mais pas assez de spiritualité, c’est-à-dire pas assez de quoi « répondre à la question de la peur de la mort » et aux grandes « questions de notre finitude ». Les philosophies, concurrentes des religions, donnent des réponses, et sont autant de « doctrines de salut », mais d’un salut par l’homme.
L’avènement d’une spiritualité laïque serait d’autant plus nécessaire qu’on a assisté depuis cinquante ans à une très sévère déconstruction des valeurs traditionnelles. L’émancipation révolutionnaire de l’individu, représentée d’abord par les adeptes de la vie de bohème à partir de 1848, a fini par tout emporter. En réalité, il fallait que ces « valeurs soient déconstruites » pour qu’adviennent le capitalisme mondialisé et l’ère de l’hyperconsommation. C’était une nécessité. Mais il manque la plus grande des valeurs, empruntée au christianisme : l’amour.
Pour le cardinal Barbarin, l’avenir du christianisme ne se situe sur le terrain des « valeurs », mais sur le choix du réel : « Ne pas fuir le présent, un présent fait de grâces et d’épreuves. » Les épreuves, il ne faut pas les cacher — « pans entiers qui s’effondrent », statistiques noires — mais la mission l’emporte : « J’ai une mission, annoncer aujourd’hui l’Évangile de la grâce du Seigneur. » Aujourd’hui « il y a beaucoup d’oiseaux de malheur, mais aussi beaucoup d’élans étonnants de renouveau » : augmentation des baptêmes d’adultes, vrai renouveau spirituel. Le primat des Gaules rapporte un mot du cardinal Ratzinger : « Vous avez de la chance vous en France, vous vivez un renouveau théologique ; vous avez l’École Cathédrale, les dominicains de Toulouse, les Frères de Saint-Jean. »
Car « le christianisme est toujours devant nous ». Quelle est sa vocation ? « Servir l’homme et tout l’homme », s’occuper des malades, éduquer dans les écoles. Mgr Barbarin invite à « ne pas réduire l’homme à la seule vie corporelle et psychologique », car il manquerait « l’essentiel, la vie spirituelle ». Au fond « être chrétien est un état difficile qui devrait ne pas laisser l’autre en repos en le voyant ». Doucement provocateur, et répondant pied à pied à Luc Ferry, l’archevêque pense qu’il faudrait « en nous voyant que l’amour de Dieu soit vu », cet amour de Dieu « atteignant le cœur de ses enfants ». Voilà l’avenir, et cet avenir est extraordinaire.
D’un côté, les valeurs. De l’autre, la paternité du Dieu incarné. Dialogue de sourds ? Pas tant que cela. Ferry voit dans l’héritage chrétien porté par la vertu de l’amour une place dans la construction de la société. Réponse du cardinal : « Nous sommes des pierres vivantes, encore faut-il ne pas se prendre pour l’Architecte ! » H. B.
Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain,
avec Hélène Bodenez.
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