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Fondation de Service politique

Anne-Lorraine et Lindalva, martyres de la pureté ; premières impressions sur la seconde encyclique de Benoît XVI ; Téléthon, les évêques parlent à nouveau… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler par la Fondation de Service politique.




FRANCE

À la croisée des mondes, film antichrétien

Sur les écrans le 5 décembre, À la croisée des mondes est un film anti-chrétien pour enfants. En anglais Golden compass, l’œuvre est tirée d’une trilogie de l’écrivain britannique Phillip Pullman. Il met en scène une fillette déterminée à tuer Dieu pour libérer le monde de sa tyrannie. Chez Pullman, le pape, les évêques sont systématiquement présentés comme les ennemis de l’humanité. D’après Chrétienté info, ont été retirés du film les éléments les plus manifestement anti-chrétiens. Mais l’inspiration demeure.

Pullman raconte de manière fantasmagorique la guerre que se livre le ciel et l’enfer. Mais pour l’auteur, c’est l’enfer qui sauve la terre. Dieu est un tyran, l’Église son instrument d’oppression et il faut renverser l’un et l’autre. À la suite de William Blake dont il s’inspire, Pullman n’hésite pas à se dire du parti du diable.

Pour l’archevêque de Canterburry, Golden compass n’attaque pas le christianisme mais la religion comme instrument de pouvoir et de domination. Soit, mais pourquoi aucun chrétien protestant ou catholique ne trouve grâce aux yeux de Pullman, à moins de s’être coupé de son Église ? Inutile donc, durant les vacances de Noël, de laisser les enfants voir cette fable gnostique, gore, et tordue.


Anne-Lorraine et Lindalva, in memoriam

L’assassinat d’Anne-Lorraine a suscité une vive émotion. Elle avait 23 ans. Jeune journaliste, elle avait collaboré à Valeurs actuelles et Radio Notre-Dame. Beaucoup de jeunes lecteurs de Décryptage la connaissaient ou avaient des amis communs. C’était une chrétienne engagée, guide d’Europe, et dont le rayonnement était connu. La Fondation de Service politique s’associe à la peine et à la prière de sa famille, de ses amis et de tous ceux qui l’ont connue.

Lorsqu’elle a été agressée, ses parents l’attendaient pour la messe. C’était le jour de la fête du Christ-Roi. Elle a été poignardée au cœur, comme le fut une autre jeune fille, Lindalva Justo de Oliveira, assassinée par l'un des pensionnaires de l'Abri dont elle s'occupait, pour avoir défendu sa virginité. C’était en 1993, le Vendredi saint. Lindalva vient d’être béatifiée à Salvador de Bahia, le 25 novembre, jour de la fin tragique d'Anne-Lorraine.

À l'occasion de cette béatification, l’agence Zenit rappelait qu’« à côté du martyre sanglant pour des motifs de persécution antichrétienne, l'Église catholique reconnaît le martyre de la pureté. Une tradition qui remonte aux premiers siècles chrétiens. » Le terme est employé par Pie XII à propos de sainte Maria Goretti, tuée à 12 ans en 1902, qu’il invoquait comme « petite et douce martyre de la pureté ».

« Selon l'anthropologie et la théologie chrétiennes, expliquait Zenit, le corps n'est pas un simple "objet", il est le " Temple de l'Esprit ", ainsi, celui qui fait violence au corps d'une femme porte atteinte à sa personne même, à son intériorité même » (cf. Zenit du 29 mars 2007). D’Anne-Lorraine, le procureur a dit : « Elle a été très courageuse. »
■ La messe de funérailles aura lieu à la cathédrale de Senlis ce samedi 1er décembre, à 14h00. Une messe pour le repos de l’âme d’Anne-Lorraine sera dite le jeudi 6 décembre à 18h45 à l’église St-Jean-Baptiste de La Salle, Paris XVe.

Téléthon : les évêques parlent à nouveau

À l’approche de l’édition 2007 du Téléthon, de nombreux évêques ont rappelé la position de l’Église. C’est le cas en particulier de NNSS Vingt-Trois, Raffin, Bagnard, Brincard, Rey. Des déclarations globalement homogènes : « On ne donne pas pour la promotion de recherches scientifiques qui instrumentalisent l’embryon. »

L’hebdomadaire Famille chrétienne rapporte ces propos de Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et chargé du groupe de travail des évêques sur les questions bioéthiques : « La science a le devoir de tout faire pour guérir. La recherche est donc bonne quand elle vise une thérapie. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Tout chercheur doit se garder de faire aux autres ce qu’il veut pas qu’on lui fasse. »

Les catholiques doivent-ils renoncer à donner au Téléthon ? Réponse de l’archevêque : « Ils sont libres d’exercer leur générosité là où ils veulent. Mais ils ont aussi le devoir d’éclairer leur conscience. Il faut qu’ils donnent là où ils estiment que les moyens mis en œuvre ne violent pas le commandement “Tu ne tueras point”. »

On trouvera toutes ces déclarations sur le blog que nous venons d’ouvrir : ObjectiondeConscience-Téléthon.hautetfort.com




ÉGLISE


Sauvés dans l’espérance, la seconde encyclique

C’est le jour de la fête de saint André, avant-veille du premier jour de l’Avent, que Benoît XVI a choisi pour signer sa seconde encyclique. On en découvre donc à peine le texte. La science, la raison et le progrès ne répondent pas aux attentes de l’homme, explique le pape : « Un monde qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. » Aussi, « une autocritique de l'ère moderne dans un dialogue avec le christianisme et avec sa conception de l'espérance est nécessaire. »

Mais les chrétiens d’aujourd’hui doivent se prêter aussi à leur propre autocritique, quand ils sont largement concentrés sur l'individu au point de perdre la dimension communautaire du salut. Le christianisme moderne doit « de nouveau apprendre à se comprendre lui-même à partir de ses propres racines ».

Le pape théologien revient sur un thème qui lui est cher, l’unité de la foi et de la raison, et même leur interdépendance. Le vaticanologue Sandro Magister explique : « Sous les yeux du lecteur défile toute l’histoire du monde, de ses origines à son achèvement. Les pages finales sur le Christ juge, sur l’enfer, sur le purgatoire, sur le paradis sont fulgurantes à cause des sujets eux-mêmes – ils ont presque disparu de la prédication dans les églises – et plus encore par la manière dont ils sont traités. »
■ Découvrez le texte intégral sur notre site partenaire Generation-BenoitXVI.com : Lettre encyclique Spe Salvi


L’exégèse en question

En octobre prochain se tiendra à Rome un synode intitulé « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église ». Réflexions sur Radio Vatican du secrétaire général du synode, Mgr Eterovic à l’occasion de la publication des « lineamenta », rapportées par Zenit. Ce synode a comme objectif de « relire la constitution conciliaire sur la Révélation divine Dei Verbum et de faire en sorte que « les catholiques redécouvrent les grands trésors que représente la Sainte Écriture ».

Le thème de ce synode demandé par de très nombreux évêques du monde entier est d’une importance capitale. L’exégèse a été l’une des grandes causes de la crise intellectuelle qu’a traversée et traverse encore l’Église depuis le concile. À l’université grégorienne comme dans de nombreuses universités catholiques, il est difficile pour un étudiant en théologie de soutenir que saint Paul est saint Paul, qu’il est l’auteur des épîtres et que la lecture qui en est faite habituellement par l’Église soit la bonne !

Au nom de l’exégèse beaucoup de vérités dogmatiques ont été mises en doute. Les précautions que prend Benoît XVI dans son dernier livre sur Jésus pour déminer les critiques possibles en sont un témoignage parmi d’autres. Ce synode, qui paraîtra sans doute assez technique, devrait aborder la question de « l’inspiration » ou de « l’inerrance » de la Bible, très débattue par de nombreux exégètes. Des travaux qui n’auront peut-être pas des effets immédiats, mais qui s’inscrivent dans ce vaste mouvement de purification de la foi et de la raison voulu par Benoît XVI et qui commande l’avenir de l’Église et de la culture pour le siècle qui a commencé.


Prêtres, familles et vocations

À la suite de l’assemblée plénière des évêques de France, Mgr Dominique Rey répond dans le mensuel du diocèse de Toulon aux questions de Yann de Rauglaudre. Extraits. À propos de la diminution du nombre des séminaristes (1230 séminaristes en 1990 ; 976 en 2000 ; 764 en 2006), Mgr Rey répond : « Notre diocèse fait exception, puisque près d’une soixantaine de candidats au sacerdoce, poursuivent leur formation à La Castille (le séminaire du diocèse, Ndlr)… », et à propos de ce qui s’est dit à Lourdes :
« Dans le cadre de nos échanges, quelques convergences ont émergé. L’Église a besoin d’hommes libres, c’est-à-dire capables de s’assumer et de prendre des engagements dans la durée ; "ni mollusques, ni crustacés, mais vertébrés", disait l’un des évêques. La vie communautaire régulière doit leur permettre de déployer un authentique sens de l’Église et de sortir d’une culture de réseau. La formation humaine est fondatrice de tout le reste, soulignaient beaucoup d’évêques notamment dans la prise de distance par rapport à une affectivité trop prégnante, qui ne permet pas d’assumer sereinement la solitude et d’entrer en intériorité. Le lien avec des familles et des communautés peut être particulièrement équilibrant.
C’est là que gît le problème… D’après une enquête réalisée il y a cinq ans, sur une centaine de prêtres de milieux périurbains ou ruraux, très rares étaient ceux qui conservaient un lien avec leur famille. Plus rare encore, ceux qui avaient des contacts amicaux avec des familles de leurs paroisses.

Les prêtres rencontrent les enfants des catéchismes, des mamans catéchistes, des jeunes mariés, des personnes âgées, des militants de tous genres, des laïcs en responsabilité mais ils ne rencontrent que très rarement des familles dans leur cadre de vie. Une tendance qui change un peu avec le jeune clergé à condition qu’il ne soit pas submergé par trop « d’engagements ».

La proximité du clergé avec les familles est indispensable à l’équilibre des prêtres, comme le souligne Mgr Rey, elle est aussi l’un des éléments clef d’une pastorale des vocations cohérente.




INTERNATIONAL

L’Église luthérienne divisée

La question de l’homosexualité et de l’ordination de prêtres gays n’en finit pas de diviser les Églises protestantes. Le synode général de l'Église luthérienne a voté, en Norvège ce 17 novembre, une résolution qui annule l'actuelle interdiction de recruter et ordonner des homosexuels, hommes ou femmes, aux postes de pasteur, diacre et vicaire.

D’après Le Monde du 26 novembre, l'Église anglicane (70 millions de fidèles sous l'autorité de l'archevêque de Canterbury) est au bord du schisme. En 2003, l'Église épiscopalienne (anglicane) des États-Unis avait consacré un évêque homosexuel. Une partie de la hiérarchie américaine et africaine avait alors menacé de faire dissidence.

À l’inverse, Mgr Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, déclare : « Notre monde affronte la pauvreté, la séropositivité, le sida, les conflits. Et face à cela, a-t-il déclaré, notre Église se montre obsédée par les problèmes liés à l'homosexualité… Si Dieu, était homophobe, alors je ne vénérerais pas ce Dieu. »

Dieu n’est certainement pas homophobe. L’homosexualité n’est pas un état mais un comportement. La question est de savoir s’il est juste au sens biblique du terme ; et comme tous nos comportements, il peut être recouvert de sa miséricorde, pour peu que nous le désirions.


Dialogue avec l’islam

Sous l’impulsion du doyen de la Divinity School de Yale, 300 chercheurs chrétiens répondent dans un message publié dans le New York Times à la lettre des 138 dignitaires musulmans adressée à Benoît XVI le mois dernier. Parmi eux, le théologien baptiste Harvey Cox, le vicaire apostolique du Koweit Camillo Ballin, et plusieurs théologiens américains spécialistes du dialogue interreligieux.

Dans ce message qui commence par une demande pardon « au Dieu unique de toutes les miséricordes et à la communauté musulmane du monde entier », l’amour de Dieu est présenté comme une « parole commune » aux chrétiens et aux musulmans. « Nous voulons commencer en reconnaissant que dans le passé (les croisades), comme dans le présent (les excès de la “guerre contre la terreur”), de nombreux chrétiens ont été coupables de péchés à l’encontre notre prochain musulman ».

Louable initiative. Chaque croyant est respectable. Nous n’avons pas à mettre en doute la sincérité d’un acte de foi. Mais cet acte de foi a un objet, un contenu. Or tous les objets de foi ne sont pas équivalents. Le musulman est respectable dans sa recherche, ce à quoi il croit, non. Nous n’avons pas à demander pardon au nom du Dieu des musulmans, mais du Christ mort et ressuscité pour le salut de tous.

Pour sa part, Benoît XVI vient de répondre aux dignitaires musulmans qui lui ont écrit, par une lettre signée du cardinal Bertone au prince Ghazi bin Muhammad bin Talal, président de l'Aal al-Bayt Institute for Islamic Thought. Le pape s’est dit sensible à cette démarche favorable au dialogue, un dialogue qu’il souhaite fondé sur le respect de la dignité de la personne et de la liberté religieuse. Il s’est dit prêt à recevoir une délégation des signataires et à encourager des rencontres de travail.





Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain,
avec Hélène Bodenez.



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