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Décryptage

Pandémie de l’ignorance : urgence

27 Novembre 2009 | Hyacinthe-Marie Houard*

Notre système scolaire est un fiasco. Qui peut l’ignorer après la multiplication des ouvrages qui dénoncent les dégâts, à tous les étages, du monstrueux édifice que nous entretenons à grands frais ? Combien de ministres (et combien de réformes, mais c’est la même chose) se sont cassé les dents sur les résistances des situations acquises ou des entêtements idéologiques ?

Dans la presse, ces ouvrages ont rejoint les commentateurs de tout bord qui disaient leur impuissance et leur désillusion.

Trois, seulement trois, universités françaises au classement des 500 meilleures du monde ! Un baccalauréat dévalorisé au nom de l’égalité des chances ; un collège unique voué à une vague information ; et un enseignement primaire qui n’apprend ni à lire, ni à écrire ni à compter. Heureusement, c’est gratuit, ce qui assure encore une clientèle, car ça ne vaut pas plus.

Ceux qui veulent bien payer tentent d’aller voir ailleurs, dans le “privé”, mais c’est pour constater que l’épidémie y a fait ses ravages par le biais des “contrats”, couronnés si l’on ose dire, par les accords Lang-Cloupet [1]. Ils n’en voulaient pas, les Français, mais il est bien là le grand service unique rêvé par quelques-uns. En entendant de jeunes Roms se plaindre de n’avoir pas accès à l’école, on se prenait à penser qu’ils ne connaissaient pas leur chance d’y échapper.

En effet combien de générations faudra-t-il encore sacrifier avant que se réveillent la lucidité et le courage de quelques-uns parmi les responsables ?

Et les premiers d’entre eux sont évidemment les parents [2]. Ni l’État, ni aucune autre communauté ne saurait se substituer à eux. Mais inversement, ils ont le droit de trouver dans la société toute l’aide nécessaire pour jouer pleinement leur rôle. Encore faut-il évidemment que leur prestataire de service fasse la preuve de la qualité et de l’efficacité de sa prestation. Il ne saurait autrement l’imposer en s’en réservant l’exclusivité. Or nous l’avons dit, à voir les résultats, les méthodes de l’État sont mauvaises. Que quelques-uns s’en contentent, c’est leur affaire, mais ne dispense pas l’État de donner aux autres la liberté et le moyen de chercher à faire autrement.

Le mal des contrats


Pour les chrétiens, s’agissant de l’Église, le problème se pose un peu différemment. Elle est maîtresse de doctrine et c’est elle qui détermine ce qui doit être enseigné en matière de foi. Pour autant, y compris dans ce domaine, elle n’est pas maîtresse de méthode quoique son expérience soit précieuse. Dans le passé, elle s’est appuyée sur cette expérience pour proposer aux familles la collaboration d’institutions prestigieuses qui assuraient à la fois l’instruction, l’éducation et la formation religieuse de leurs élèves. Beaucoup de leurs anciens peuvent encore en témoigner.

Malheureusement, ce  sont ces institutions qui ont été rongées par le mal des contrats. Elles sont réputées garder leur “caractère propre” mais ce n’est pas ce caractère que viennent désormais chercher les parents. Ils ne souhaitent, en majorité, que mettre leurs enfants à l’abri du désastre scolaire. Abri sans doute bien précaire si l’on songe que désormais les enseignants sortent tous du même moule et, pour beaucoup, aspirent au même style de vie.

Reste la formation religieuse, d’ailleurs souvent réduite à l’information et, dans bien des cas, réservée au collège ! Éloquente façon de dire que la religion est à ranger au rayon des enfantillages. À partir de la seconde, soyons sérieux, on a mieux à faire.

Que demandent donc aujourd’hui les parents soucieux de l’éducation chrétienne de leurs enfants ?

Tous demandent à l’État de prendre les dispositions réglementaires et financières qui leur permettent de chercher encore et de continuer à expérimenter dans des écoles sans contrat, des formules que, malgré l’importance de ses moyens, l’État n’a pas réussi à trouver.

Les chrétiens demandent aux évêques, de soutenir leurs efforts plutôt que de défendre en pratique le pernicieux système des contrats. Il ne s’agit de rien d’original mais seulement de reprendre en main, comme autrefois, mais pour demain, l’éducation chrétienne des enfants dont ils sont responsables. Comment pourraient-ils ne pas saisir l’opportunité de cette évangélisation ? Car, on le voit déjà, d’autres ne manqueraient pas d’occuper un terrain qu’ils auraient négligé.



*Fondateur de l'Ircom.

 

 


[1] 1993, sur la formation des maîtres de l’enseignement secondaire privé sous contrat
[2] Ils ont d’ailleurs commencé à manifester leur courage par la création coûteuse de plus de 500 écoles libres.


***

 

Commentaires (5)

Etienne (28/11/2009): Constat réaliste hélas. Il faut accorder une palme spéciale aux communautés traditionnelles qui ont pris le problème à bras-le-corps très tôt : les écoles dirigées par la fraternité Saint Pie X florissent, la fraternité Saint-Pierre s'est également lancée dans l'aventure et plus récemment l'institut du Bon Pasteur avec l'Angélus dans le Cher (http://www.ibp-angelus.fr).
Je crois aussi que la communauté Saint-Martin s'occupe d'une école à Pontlevoy.

Malheureusement, toutes ces initiatives ne sont pas toujours soutenues par les évêques de France. Un exemple dans le Pas-de-Calais où un projet d'école libre soutenu par la Fondation pour l'Ecole, dirigée par Anne Coffinier, a capoté faute de soutien de l'évêque !

Faisons pression sur nos évêques pour que cesse cette idéologie hostile aux communautés traditionnelles...
JLC (28/11/2009): On peut voir en effet la différence de niveau entre les jeunes diplomés ayant eu la chance de poursuivre des études à l'étranger et ceux qui sont restés dans la métropole. Mais ceci demande un certain courage (apprentissage d'une langue étrangère, un point faible pour de nombreux jeunes Français) et des moyens (logement,...). De ce fait, la politique de nivellement par le bas introduite par nos autorités introduit en fait une nouvelle forme de discrimination.
Rodriguez Vincent (29/11/2009): Merci d'énoncer ces vérités. J'ai eu une vie professionnelle d'instituteur, profeseur, et surtout ( 27 ans) directeur de lycée: http://www.ddec.nc/blaise-pascal/principal.htm.
A ma façon j'ai voulu faire réfléchir sur les causes et conséquences des "dérives de l'enseignement".cf:"Deviens toi-même, Parents absents...enfants perdus" (Publibook.com) Ces "dérives", ne sont-elles pas organisées dans le but de "sacraliser l'individu" pour mieux pouvoir l'"utiliser commercialement"?
Actuellement à la retraite, vos idées me réconfortent. Merci
Pierre Lebègue (29/11/2009): Ignorance, instruction ou "Éducation" ?
Un petit rappel historique:
1936, le front popu jette aux orties le titre, véritable programme, d'Instruction publique, et le remplace par la pompeuse désignation "Éducation nationale". Il s'agit tout simplement de modeler les esprits des enfants selon la doctrine.
1940, l'État français, de triste mémoire, rétablit, sans oublier, semble-t-il, les restes de la 3ème République, l'Instruction publique. Erreur fatale, ce terme sera désormais évocateur du régime abhorré (un peu comme les mots, même cités séparément, de travail, famille ou patrie).
1945, l'Éducation nationale renaît, la gauche vigilante veillant à l'éradication de tout ce qui pourrait rappeler Vichy.
Écoutons les professeurs: « ce n'est pas notre rôle d'éduquer les enfants ». Ce en quoi ils ont partiellement raison. Mais du temps de l'Instruction publique, il y avait des cours d'éducation civique, les élèves se levaient à l'entrée du maître dans la classe, et je suis certain que, s'ils avaient existé, les téléphones portables auraient été éteints en entrant à l'école.
1968, l'interdiction d'interdire, les slogans soigneusement ciselés pour "choquer le bourgeois", sont pris à la lettre par quelques enseignants qui terrorisent leurs collègues, au point qu'un bon enseignant est désormais obligé de se cacher pour exercer selon sa vocation.
Dorénavant, au nom de l'égalité, tous les élèves doivent être aussi nuls que les plus nuls. Sauf, s'ils ont la chance d'avoir des parents en mesure de corriger le tir, ou assez "pistonnés" pour choisir l'établissement survivant (public ou privé) où ils recevront l'enseignement attendu.
Pour conclure, une petite remarque linguistique, alors que l'usage du franglais supplante de plus en plus notre langue ( Villers-Cotterêts, qu'a-t-on fait de toi? ): en anglais le mot EDUCATION signifie très précisément INSTRUCTION.
Cherchez l'erreur!
Carine Brochier (30/11/2009): Conscients de cette pauvreté mais aussi de la capacité des jeunes à se redresser, voilà trois ans que l'Institut Sophia à Bruxelles accueillent des jeunes durant un an pour leur donner une formation intense intellectuelle, spirituelle et de vie en groupe. Deux jeunes français sont aujourd'hui parmi nous, et c'est une joie de voir comment ils s'ouvrent à la Vérité par le programme que nous leur proposons. Anthropologie chrétienne, la philosophie, la bioéthique et surtout l'Ecriture Sainte leur donnent les véritables fondements de vie avant d'entrer dans la vie professionelle.
Nos évêques nous soutiennent vraiment dans cette nouvelle dynamique et formation des jeunes, car ils en perçoivent l'urgence et le bien-fondé. (www.institutsophia.org)

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