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IVG : Stéphane Audran ne signerait plus le "Manifeste des 343 salopes"

30 Avril 2009

Au cours de l’émission « On n’est pas couchés » présentée par Laurent Ruquier (France 2), l’actrice Stéphane Audran a dit regretter ses avortements. Gènéthique.org rappelle que la comédienne figurait en 1971 parmi les signataires du « Manifeste des 343 salopes » qui a contribué à l’adoption de la loi Veil libéralisant l’avortement.

Les signataires étaient toutes des femmes avouant avoir avorté. Stéphane Audran dit qu’aujourd’hui elle ne le signerait pas : « Je n’avais aucune idée de ce que c’était » ; « c’est terrible de se faire avorter », a-t-elle déclaré. Sans s’opposer à cette pratique, elle appelle à une aide, entre autre matérielle et actuellement inexistante, pour les femmes confrontées à l’avortement.

C’est le Nouvel Observateur qui avait publié le Manifeste, un manifeste très politique qui s'en prend autant au professeur Lejeune, à Georges Pompidou qu'au pape. En voici le texte paru dans le n° 334 du 5 avril 1971, et signé par des jeunes femmes connues ou inconnues, parmi lesquelles Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Jeanne Moreau ou Marie-France Pisier :

« Manifeste des 343 salopes »

Un million de femmes se font avorter chaque année en France.
Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.
On fait le silence sur ces millions de femmes.
Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté.
De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.

Avortement
Mot qui semble exprimer et limiter une fois pour toutes le combat féministe. Être féministe, c’est lutter pour l’avortement libre et gratuit.
Avortement
C’est une affaire de bonnes femmes, quelque chose comme la cuisine, les langes, quelque chose de sale. Lutter pour obtenir l’avortement libre et gratuit, cela a l’air dérisoire ou mesquin. Toujours cette odeur d’hôpital ou de nourriture, ou de caca derrière les femmes.
La complexité des émotions liées à la lutte pour l’avortement indique avec précision notre difficulté d’être, le mal que nous avons à nous persuader que cela vaut le coup de se battre pour nous.
Il va de soi que nous n’avons pas comme les autres êtres humains le droit de disposer de notre corps. Pourtant notre ventre nous appartient.
L’avortement libre et gratuit n’est pas le but ultime de la lutte des femmes. Au contraire il ne correspond qu’à l’exigence la plus élémentaire, ce sans quoi le combat politique ne peut même pas commencer. Il est de nécessité vitale que les femmes récupèrent et réintègrent leur corps. Elles sont celles de qui la condition est unique dans l’histoire : les êtres humains qui, dans les sociétés modernes, n’ont pas la libre disposition de leur corps. Jusqu’à présent, seuls les esclaves ont connu cette condition.
Le scandale persiste. Chaque année 1 500 000 femmes vivent dans la honte et le désespoir. 5 000 d’entre nous meurent. Mais l’ordre moral n’en est pas bousculé. On voudrait crier.
L’avortement libre et gratuit c’est :
cesser immédiatement d’avoir honte de son corps, être libre et fière dans son corps comme tous ceux qui jusqu’ici en ont eu le plein emploi ;
ne plus avoir honte d’être une femme.
Un ego qui fout le camp en petits morceaux, c’est ce qu’éprouvent toutes les femmes qui doivent pratiquer un avortement clandestin ;
être soi à tout moment, ne plus avoir cette crainte ignoble d’être “ prise ”, prise au piège, d’être double et impuissante avec une espèce de tumeur dans le ventre ;
un combat enthousiasmant, dans la mesure où, si je le gagne, je commence seulement à m’appartenir en propre et non plus à l’Etat, à une famille, à un enfant dont je ne veux pas ;
une étape pour parvenir au contrôle complet de la production des enfants. Les femmes comme tous les : autres producteurs ont de fait le droit absolu au contrôle de toutes leurs productions. Ce contrôle implique un changement radical des structures mentales des femmes et un changement non moins radical des structures de la société.
1. Je ferai un enfant si j’en ai envie, nulle pression morale, nulle institution, nul impératif économique ne peut m’y contraindre. Cela est mon pouvoir politique. Comme tout producteur, je peux, en attendant mieux, faire pression sur la société à travers ma production (grève d’enfants).
2. Je ferai un enfant si j’en ai envie et si la société dans laquelle je le fais naître est convenable pour moi, si elle ne fait pas de moi l’esclave de cet enfant, sa nourrice, sa bonne, sa tête de Turc.
3. Je ferai un enfant si j’en ai envie, si la société est convenable pour moi et convenable pour lui, j’en suis responsable, pas de risques de guerres, pas de travail assujetti aux cadences.

Non à la liberté surveillée
La bataille qui s’est engagée autour de l’avortement se passe au-dessus de la tête des principales intéressées, les femmes. La question de savoir si la loi doit être libéralisée, la question de savoir quels sont les cas où l’on peut se permettre l’avortement, en bref la question de l’avortement thérapeutique ne nous intéresse pas parce qu’elle ne nous concerne pas.
L’avortement thérapeutique exige de “ bonnes ” raisons pour avoir la “ permission ” d’avorter. En clair cela signifie que nous devons mériter de ne pas avoir d’enfants. Que la décision d’en avoir ou pas ne nous appartient pas plus qu’avant.
Le principe reste qu’il est légitime de forcer les femmes à avoir des enfants.
Une modification de la loi, en permettant des exceptions à ce principe, ne ferait que le renforcer. La plus libérale des lois réglementerait encore l’usage de notre corps. L’usage de notre corps n’a pas à être réglementé. Nous ne voulons pas des tolérances, des bribes de ce que les autres humains ont de naissance : la liberté d’user de leur corps comme ils l’entendent. Nous nous opposons autant à la loi Peyret ou au projet A.N.E.A. qu’à la loi actuelle comme nous nous opposerons à toute loi qui prétendra régler d’une façon quelconque notre corps. Nous ne voulons pas une meilleure loi, nous voulons sa suppression pure et simple. Nous ne demandons pas la charité, nous voulons la justice. Nous sommes 27 000 000 rien qu’ici. 27 000 000 de “ citoyennes ” traitées comme du bétail.
Aux fascistes de tout poil — qu’ils s’avouent comme tels et nous matraquent ou qu’ils s’appellent catholiques, intégristes, démographes, médecins, experts, juristes, “ hommes responsables ”, Debré, Peyret, Lejeune, Pompidou, Chauchard, le pape — nous disons que nous les avons démasqués.
Que nous les appelons les assassins du peuple. Que nous leur interdisons d’employer le terme “ respect de la vie ” qui est une obscénité dans leur bouche. Que nous sommes 27 000 000. Que nous lutterons jusqu’au bout parce que nous ne voulons rien de plus que notre dû : la libre disposition de notre corps.

Les dix commandements de l’Etat bourgeois
Fœtus plutôt qu’être humain choisiras quand cet être humain est femelle.
Femme point n’avortera tant que Debré réclamera 100 millions de Français.
100 millions de Français tu auras, tant que ça ne te coûte rien.
Particulièrement sévère seras avec femelles pauvres ne pouvant aller en Angleterre.
Ainsi volant de chômage tu auras pour faire plaisir à tes capitalistes.
Très moraliste tu seras, car Dieu sait ce que “ nos ” femmes feraient si libres.
Fœtus tu préserveras, car plus intéressant de les tuer à 18 ans, âge de la conscription.
Grand besoin tu en auras car politique impérialiste tu poursuivras.
Toi-même contraception utiliseras, pour envoyer rares enfants à Polytechnique ou l’E.N.A. parce qu’appartement 10 pièces seulement.
Quant aux autres, pilule dénigreras, car il ne manquerait plus que ça.

 

 

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Commentaires (10)

Ludovic (30/04/2009): Merci d'avoir reproduit ce texte que je ne connaissais pas.
Il montre l'hypocrisie de la loi Veil quelques années plus tard, présentée comme une loi d'exception, alors que les instigateurs étaient clairement pour un droit à l'avortement très fort.
Ce féminisme fait un peu sourire aujourd'hui, il est bien daté et nous fait sentir l'ambiance très marxiste de l'époque.
Mais on a plus envie de pleurer que de sourire lorsque l'on pense aux millions de vies supprimées, et aux millions de femmes brisées dans leur être.
gpcovell (30/04/2009): Je n'avais jamais pris conscience jusqu'à aujourd'hui et la lecture intégrale de ce texte de l'aspect franchement marxiste du sinistre bidule. L'enfant considéré comme une simple "production"! Et donc le corps de la femme comme un simple moyen de production, car c'est le corolaire obligé, même si les 343 salopes (désolé, mais c'est le mot qu'elles emploient elles-mêmes) ne semblent pas s'en rendre compte. Je ne sais pas vraiment comment on peut être plus anti-femme et anti-humaniste. Et c'est sous le régime d'une loi votée sous de tels auspices que nous vivons depuis plus de trente ans! Eh! Bien... Les droits de l'homme sont bien loin, et le totalitarisme au moins partiellement réalisé.
Je précise de plus que l'"ordre bourgeois" si férocement dénoncé dans ce pamphlet a pris sa revanche. De qui, en priorité, vide-t-on le ventre? Des pauvres, bien sûr! Moins il y aura de pauvres qui naîtront, moins les bobos dont nos chères "salopes" sont les ancêtres auront à verser d'aides sociales...
vero (01/05/2009): .HORREUR! comment etre femme et prendre de telle position .
merci de nous avoir permis de revoir ce texte et qui a le mérite de renforcer
ci besoin était) notre position pour le droit à la vie
Olivier LUCAS (01/05/2009): Ce "manifeste des 343 salopes" est atterrant de bêtise, de médiocrité et d'irresponsabilité, et on peut comprendre les remords de Stéphane Audran. Comment des femmes qui se veulent intelligentes ont-elles pu signer un texte pareil ???
Stan (01/05/2009): le nombre d'avortement à cette époque, clandestins, a été gonflé : selon l'ined (portant peu suspect d'amitiés provies), ils n'étaient "que" 60 000. Mais un million et demi, ça permet de choquer et de faire accepter dans la logique la loi doit accepter les faits.
picardet (02/05/2009): Eh oui, les "abruties" de 1971 ne savaient pas que pour les bolchéviques la femme était un bien collectif.....depuis la révolution russe.
D'ailleurs pas plus tazrd que cette semaine, la chaîne n°2 a présenté un reportage indiquant que plus de 100 000 femmes allemandes ont été violées lors de l'invasion de Berlin en l'espace de 2 mois à peine par les troupes soviétiques. C'est dire le respect des femmes qu'on a dans ce système;
Lisez Sovjenitsine et vous apprendrez aussi que le sinistre BERIA prenait son "plaisir" à faire violer des femmes par des chiens bergers allemands. Vive les progressistes!!!
Sop (04/05/2009): Comme elles ont bien choisi leur Nom!

Mais le pire c'est qu'elles ont "démoli" des milliers de Femmes moins cultivées qui ont suivi ces vedettes de TV, qui suivent encore par manipulations perverses de la pensée devenue presque unique...

Pour la génération actuelle que l'on pousse par tous les moyens (films, campagnes publicitaires sous prétexte de protection, émissions de radio lamentables, humours dévastateurs, éducateurs non éduqués... parents n'ayant que ça comme référence d'éducation et pensant bien faire en suivant les conseils des exemples jetés en pâture par la TV) à avoir des relations sexuelles très jeunes, l'avortement est devenu un moyen de contraception banal! On s'étonne ensuite de la tristesse de ces jeunes devenus rois de la consommation sur tous les plans... alors qu'au fond d'eux même, leur âme aspire au véritable Amour. L'Amour véritable sait attendre, prend patience, respecte, s'engage et reste unique pour une vie entière.
Le véritable Amour ne s'éparpille pas et sait que la vie est précieuse.

Une maman capable de tuer son enfant c'est pourtant inconcevable quand on est normalement sain d'esprit.... Quelle tristesse!

Et Madame Veil qui d'un autre côté parle avec émotion de la Shoa! Comment ne peut-elle pas faire un lien ??? Cela je ne le comprendrai jamais! (pour moi l'avortement c'est éliminer une vie tout comme vouloir éliminer un peuple)
J'espère qu'avant de mourir elle fera son mea culpa et donnera au moins le message que cette Loi ne devait être au départ appliquée que dans des cas d'exceptionnelle détresse...




Marcellino (05/05/2009): Ce qui m'attriste le plus c'est qu'elles considèrent l'enfant comme un production de consommation, comme ça pas d'âme et pas d'esprit. Trop cool, j'en fait ce que je veux (ironie malheureusement). Je ne sais pas si vous avez vu un film sur le clonage qui s'appelle "The Island". Eh bien, dans ce film ils disent des clones "c'est un très bon produit". Il y a chaque année 220 000 IVG et autant de mère qui souffre d'avoir vu le fruit de leurs entrailles se mourir. On nous parle toujours des cas où la mère est en danger. Mais ces cas ne représente que de 2 à 6 % des cas d'avortement dans le monde. Regardé à la case avortement de ce site : http://www.worldometers.info/fr/
Jean-Marc (07/07/2009): On peut aussi s'interroger sur les chiffres avancés, lorsqu'on voit comment cela s'est passé aux Etats-Unis, mais là un des promoteurs a changé de camp suite à une prise de conscience, et a parlé, il s'agit de l'ex-médecin avorteur Bernard Nathanson :

"Les slogans originaux des droits de l’avortement au début des années 70 – ils restent pratiquement des articles de foi et des cris de ralliement du mouvement ‘pro-choix’ à ce jour – étaient « Liberté de choix » et « Les femmes doivent avoir le contrôle de leur propre corps ».

“ Je me souviens d’avoir ri quand nous avons fabriqué ces slogans” se rappelle le Dr. Bernard Nathanson, co-fondateur du groupe d’avant-garde pro avortement, NARAL, évoquant les premiers jours du mouvement pro avortement fin des années 60 et début des années 70. « Nous étions en train de chercher des slogans sexy, accrocheurs pour attraper l’opinion publique. C’était déjà des slogans très cyniques juste comme tous ces slogans d’aujourd’hui sont très très cyniques. »

http://ps139.blog.tdg.ch/archive/2009/03/19/la-grande-manip-remasterisee.html


carine hutin (21/07/2009): je lis les commentaires contre l'avortement que vous venez de publier et je suis attérée par la médiocrité de penser et l'ignorance de l'histoire de la condition féminine de certains.
En quoi les regrets personnels de Stéphane Audran remettraient-ils en cause une loi ? Interrogeons les 342 autres qui ont signé ,d'abord! . En ce qui me concerne, j'ai avorté il y a plus de vingt ans et je remercie toutes ces "salopes" qui se sont battues pour que je puisse le faire en toute légalité.
Jamais cette loi ne devra être remise en cause.

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