Interrogé par Samuel Pruvost dans Famille chrétienne, le 12 février 2005, le président du Burkano Faso a expliqué sa politique de lutte contre le Sida. Trois ans avant les propos de Benoît XVI sur les insuffisances du préservatif, Blaise Compaoré répond aux critiques occidentales contre l'enseignement de l'Église, en ignorant tout de son efficacité. Extraits.

En Afrique de l'Ouest, le Sida menace la vie de millions d'hommes et de femmes. Son impact sur la société est considérable. Le chef de l'Etat doit être à l'avant-garde. Le Burkina a développé un cadre stratégique classique avec les éléments clés de la lutte contre le Sida : la prévention, le suivi épidémiologique, et la prise en charge des malades. Nous commençons à enregistrer des résultats - le taux de prévalence est passé de 7 % en 1997 à 4 % en 2003. [...]
On peut nous conseiller, mais pas faire à notre place. En matière de santé, je pense que le prêt-à-porter ne marche pas. Les États aussi exercent sur nous des pressions. Récemment, un journaliste américain m'interrogeait : "Qu'allez-vous faire pour aider les États-Unis à lutter contre le terrorisme ?" J'ai répondu : "Que vont faire les États-Unis pour soutenir notre lutte contre le Sida ?" Le Sida est aussi dangereux que le terrorisme ! [...]
Il y a souvent un gouffre entre ce que disent les médias et ce qui se passe sur le terrain. En Afrique, nous vivons avec le sida au quotidien. Le débat sur le préservatif, tel que vous le présentez, ne nous concerne pas. Les Français aiment la polémique, c'est leur côté gaulois ! Certains critiquent la position de l'Église en prétendant défendre les Africains. Soit. Mais la plupart n'ont jamais mis les pieds chez nous ! Je leur conseille de venir faire un séjour au Burkina. Chez nous, l'imam, le prêtre et le chef coutumier travaillent de concert : tous ont l'ambition d'affronter le même mal. Se focaliser sur le préservatif, c'est passer à côté du problème du sida. En tant que chef de l'Etat, je ne peux pas préconiser un moyen de prévention exclusif aux dépens des autres.
Beaucoup de gens ignorent le travail de l'Eglise en Afrique. En France, l'intelligentsia ne comprend pas cette proximité avec les responsables catholiques. Chez nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles et de dispensaires. Le débat sur le sida n'est pas théorique, il est pratique. L'Eglise apporte sa contribution. Si l'abstinence est un moyen de prévention, nous n'allons pas nous en priver ! Le Burkina est une société plurielle. Plusieurs modes de prévention peuvent cohabiter : l'abstinence, la fidélité, et le préservatif.
L'Église n'a pas le monopole de l'abstinence ! En tant que chef de l'État, j'ai pris des engagements dans ce sens depuis 2002 dans le cadre de la campagne "C'est ma vie". L'objectif était de mettre les gens devant leurs responsabilités. Parmi les engagements proposés, certains faisaient directement appel à l'abstinence : "J'ai décidé de m'abstenir de tout rapport sexuel quand mon mari [ma femme] est absent(e)", et "J'ai décidé de m'abstenir de toute relation sexuelle jusqu'au mariage".

 

 

Source : Famille chrétienne.fr (texte intégral)

 

 

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