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A l’occasion de la marche des fiertés du week-end dernier, la ministre de la famille (des familles dit-elle !) a réaffirmé la volonté du gouvernement de légiférer et d’ouvrir le mariage, et par voie de conséquence l’adoption, aux homosexuels dès le premier semestre 2013. « Dans un an, les personnes de même sexe qui le souhaitent pourront se marier et adopter ensemble  », annonçait-elle dans le Parisien du 9 juin 2012. Elle affirme qu’« il n’y a plus un modèle mais une pluralité de modèles familiaux ».

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Dans un communiqué, le Premier ministre confirmait cette annonce en déclarant que « le gouvernement a inscrit à son programme de travail des prochains mois la mise en œuvre des engagements pris pendant la campagne présidentielle  ». Il précise notamment que « le droit au mariage et à l’adoption pour tous sera institué et les outils de lutte contre les discriminations seront renforcés  ».

Cette annonce très médiatique n’a pas manqué de susciter des réactions dans les médias qui ont laissé la part belle à la contestation.

Le Figaro par exemple fait l’inventaire des associations hostiles au mariage gay. En première ligne, l’Unaf (Union nationale des associations familiales) qui pour s’opposer au futur projet de loi n’hésite pas à reprendre les mots d’Elisabeth Guigou : « Mon refus de l'adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l'intérêt de l'enfant, sur son droit à un milieu familial où il puisse structurer son identité et épanouir sa personnalité ».

La position du Président François Fondard ne fait cependant pas l’unanimité au sein de l’institution. La ministre déléguée à la famille, Dominique Bertinotti, aurait en effet été applaudie par une partie du public de l’assemblée générale annuelle de l’association nous apprend le quotidien. Elle avait pourtant tout autant été huée, et même plus, à l’entrée.

Autre association citée et mobilisée : l’Alliance Vita qui annonce de son côté une mobilisation centrée sur le droit de l'enfant à être élevé par un père et une mère plus qu'une opposition de principe au mariage gay, «même si les deux sujets sont liés». Tugdual Derville, délégué général de l'association, explique : «l'escamotage du père ou de la mère, c'est une rupture de la correspondance entre la nature et la culture. Nous voulons également souligner le risque de basculement vers la procréation médicalement assistée pour les couples du même sexe »

« Il y aura beaucoup d'autres acteurs mobilisés avec différents niveaux d'opposition au projet, prévoit-t-il. La question des dégâts de l' « homofiliation » devra également être abordée. Cela passera par une libération de la parole de ceux qui ont subi ces bricolages procréatifs. Il ne s'agit pas de stigmatiser mais de lever le tabou sur des souffrances.»

Enfin, le Collectif pour l’enfant très actif dans ce débat depuis de longues année y va aussi de son commentaire : « Nous commençons déjà le lobbying. La technique a bien fonctionné en 2009. Nous avons réussi à annuler l'avant-projet de loi sur le statut du beau-parent »

Son porte-parole, Béatrice Bourges, explique : « Nous avons déjà ciblé des personnalités de gauche mal à l'aise avec cette loi. Il faut qu'ils se sentent libres de prendre la parole. Notre objectif est de les décomplexer, d'ouvrir la parole. Il faut éviter à tout prix de faire du débat un référendum pour ou contre l'homosexualité ».

Autre engagement marqué, Christine Boutin, présidente du PCD, qui déclarait sur RTL : « Je pense que ce projet met en cause les fondements de notre société et qu'il nécessite un débat. Ce n'est pas un problème de droite ou de gauche, mais un problème de société. »

L’ancienne ministre insiste sur les enjeux fondamentaux que ce projet de loi interroge :

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« Je m'aperçois qu'après la bioéthique, l'euthanasie, la procréation artificielle et maintenant le mariage homosexuel, la vraie question qui nous est posée est de savoir quel homme nous voulons pour le XXIème siècle. […]. Il s'agit d'une remise en cause très profonde de tous nos repères. La place du biologique par rapport au culturel se pose. Vous me parlez des adultes mais moi ce qui m'intéresse le plus ce sont les enfants. Si l'on doit contenter tous les désirs, en l'occurrence c'est ceux du plus fort. . Moi je prétends que le mariage et l'adoption homosexuels mettent en péril les droits fondamentaux d'un enfant à avoir un papa et une maman. »

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Le journal La Croix a annoncé quant à lui qu’« une vingtaine de responsables de mouvements catholiques se sont rencontrés au mois de juin » dans la plus grande discrétion. « Nous avons réfléchi à une prise de parole coordonnée et efficace, afin de ne pas laisser le monopole médiatique à des associations caricaturales  », résume l’un d’eux, « qui déplore la stratégie agressive de l’Institut Civitas, jugée contre-productive » précise le quotidien. 

Le journal catholique publie également le témoignage frappant d’un psychologue, Christian Flavigny [1], qui plaide pour l’engagement des membres de sa profession dans ce débat. Un point de vue rarement exprimé et qui détonne :

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« Le débat sur le mariage homosexuel est piégé, ce qui explique la réticence de certains, notamment des psychiatres et psychanalystes, à intervenir publiquement. Tout le monde est tétanisé à l’idée d’apparaître comme homophobe. Il faut dire que par le passé, nos sociétés se sont comportées de façon honteuse avec les homosexuels. Nous vivons avec cette culpabilité.

Du coup, par peur d’être catalogués, on tombe dans l’excès inverse. J’estime qu’il en va de notre responsabilité de spécialistes d’intervenir dans le débat. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur des couples homosexuels qui élèvent des enfants, mais de rappeler que l’enfant doit être au clair avec ce qui fait sa venue au monde. Or celle-ci n’est pas portée par deux femmes ou deux hommes. Derrière la banalisation du mariage pour tous, il y a une forme d’imposture envers les enfants »

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Enfin, Le Monde, republie également sur le sujet un papier qui ne sera pas le dernier des arguments de poids dans ce débat. Dans les colonnes du quotidien, c’est ni plus ni moins que Sylviane Agacinski, philosophe et personnalité de gauche (épouse de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin) qui prend fait et cause pour encourager ce débat. Elle interroge ici le terme d’« homoparentalité » et écrit : « c'est bien l'institution d'un couple parental homosexuel qui fait question, dans la mesure où il abolirait la distinction homme/ femme au profit de la distinction entre homosexuels et hétérosexuels. Cette dernière division est-elle en l'occurrence pertinente ? »

Pour la philosophe, la revendication du « mariage homosexuel » ou de l’« homoparentalité » repose sur la construction (« ou fiction » dit-elle) de sujets de droit qui n’ont jamais existé : les « hétérosexuels ».

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« C'est en posant comme une donnée réelle cette classe illusoire de sujets que la question de l'égalité des droits entre "homosexuels et hétérosexuels" a pu se poser. Il s'agit cependant d'une fiction, car ce n'est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage ni la parenté, mais d'abord le sexe, c'est-à-dire la distinction anthropologique des hommes et des femmes. » écrit-elle.

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Dès lors elle insiste sur la réalité naturelle qu’est le mariage et que nous héritons directement du droit romain selon elle. Il en reste d’ailleurs une trace dans notre langage puisque le mot matrimonial vient de matrimonium : qui désigne la finalité du mariage, rendre une femme mère (mater). « le mariage […] repose […] encore sur l'union des deux sexes en raison de leur complémentarité dans la génération » conclut-elle.

Sylviane Agacinski démontre par ailleurs que « si l'ordre humain, social et symbolique, donne aux individus une filiation double, mâle et femelle, ce n'est pas en raison des sentiments qui peuvent lier les parents entre eux, des désirs qui les animent ou des plaisirs qu'ils se donnent, c'est en raison de la condition sexuée de l'existence humaine et de l'hétérogénéité de toute génération dont la culture a jusqu'ici voulu garder le modèle ».

La philosophe au terme de son raisonnement rappelle que du mariage homosexuel découle naturellement et par voie de conséquence le droit à l’adoption conjointe voire à la procréation assistée. « Dans ce cas, la société serait conduite à autoriser, voire à prendre en charge, les procréations médicalement assistées (PMA) pour des couples de femmes (insémination avec donneur), mais aussi pour des couples d'hommes, et alors la légalisation des "mères porteuses" tenterait de s'imposer au nom précisément de l'égalité des couples. »

Preuve s’il en fallait que la question de l’ouverture du mariage « pour tous » n’est pas qu’une histoire de droite » ou de  gauche » , comme Christine Boutin le rappelle.

Sylviane Agacinski pose le problème en terme de civilisation et se demande « si l'institution du mariage et de la filiation doit continuer à inscrire chacun dans l'ordre d'une humanité elle-même sexuée, ou bien si l'on veut briser ce modèle dans lequel s'articulent la génération, la différence des sexes et celle des générations. »

Antoine Besson

[1] Auteur d’« Avis de tempête sur la famille », Albin Michel, 2009, 16,10 €