Église et Front national : des condamnations non-convaincantes

L’éditorialiste de France catholique s’interroge sur la pertinence de la condamnation du vote Front national de la part de certains évêques en particulier, quand d’autres plaident pour le dialogue.

[France catholique, 7/12/2015] — Quelques jours avant le premier tour des élections régionales, il était patent que le Front national obtiendrait un score impressionnant. Face à cette perspective qui bousculait l’équilibre du pays, on sentit comme un affolement. Il fallait dresser contre cette force en mouvement un barrage, en coalisant toutes les puissances et les autorités capables de venir en aide à des politiques impuissants.

C’est ainsi qu’on vit le grand quotidien lillois La Voix du Nord s’engager, vent debout, contre le danger Marine Le Pen. Au même moment, c’était Pierre Gattaz, principal représentant du patronat, qui jetait son cri d’alarme, au nom des intérêts économiques du pays. Comme si cela était encore insuffisant, c’est l’archevêque de Lille, Mgr Laurent Ulrich, qui était sollicité par notre confrère La Croix afin d’ajouter le poids d’une autorité spirituelle à la mobilisation de la réprobation anti-frontiste.

Une condamnation brutale et sans effets

En dépit de quelques nuances consenties à l’égard des personnes, dont Mgr Ulrich déclare respecter les craintes, on ne pouvait que retenir sa condamnation brutale, qui peut se résumer en une unique phrase (d’ailleurs choisie par La Croix pour en faire son titre) : « On ne peut être catholique, c’est-à-dire universel et xénophobe. »

Eu égard à la gravité d’un tel grief, on pourrait s’interroger sur le peu de résultats effectifs de la déclaration de l’archevêque de Lille. Et l’on est aussi en droit de se demander si les 40 % d’électeurs qui ont apporté leurs suffrages au Front national dans le Nord peuvent se sentir coupables de réels sentiments xénophobes.

Certes, il est de la responsabilité d’un pasteur de veiller aux normes morales et aux conseils évangéliques, dans le but d’éclairer ses fidèles. Mais lorsqu’un tel désaveu s’oppose à sa parole, il est aussi permis de reprendre le sujet, pour examiner s’il a été traité dans tous ses aspects, et de façon convaincante.

N’y a-t-il pas danger, lorsque la condamnation verbale est si catégorique, que les intéressés se ferment à tout débat, estimant être incompris, voire diffamés ? De plus, le refus par principe d’ouvrir avec eux un espace de discussion, au nom d’une sorte d’interdit réservé aux infréquentables, risque de conduire à de nouvelles crispations et à des incompréhensions radicales.

Affronter l’immigration dans toutes ses dimensions

Le tollé provoqué par Mgr Dominique Rey, avec l’invitation faite à Marion Maréchal-Le Pen de venir débattre avec d’autres politiques d’avis contraire à la Sainte-Baume, un haut-lieu signifiant la singularité de l’événement, demeure significatif de la difficulté pour l’Église d’adopter une démarche spécifique.

Mais il faudra bien, en fin de compte, revenir sur des dossiers si essentiels que celui de l’immigration, qui ne saurait se ramener à un simple impératif catégorique. On ne peut laisser mourir celui qui est en danger de se noyer, mais on a aussi le devoir impérieux de traiter dans ses vraies dimensions la question des migrations qui conditionne l’avenir de nos pays et le sort de la paix, alors qu’une crise internationale ébranle le bassin méditerranéen, sans que nous sachions ce qui en résultera pour l’Europe entière. 

 

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