P. Gaultier de Chaillé : « Aller au bout de sa foi, c’est le juste exemple des Cristeros »

Le martyre de Cristeros est-il un modèle pour les catholiques d'aujourd'hui ? En quoi leur exemple peut-il nous inspirer ? La réponse du père Gaultier de Chaillé, prêtre du diocèse de Versailles.

LIBERTE POLITIQUE JEUNES— Vous avez vu Cristeros : le film a-t-il répondu à vos attentes ?

P. DE CHAILLE . — Pour parler non en expert mais plus en « spectateur lambda », je dois avouer que ce n’est pas le meilleur film d’aventures que j’ai vu. Bien qu’il soit servi par un bon casting, Andy Garcia formidable en général Gorostieta ou le remarquable Mauricio Kuri qui joue un magnifique José Sanchez del Rio, le film souffre à mon sens de longueurs assez regrettables, surtout au début, dans la mise en place des événements, et certains temps de discours de Calles ou de discussions paraissent parfois interminables.

Néanmoins l’aventure qui se déroule devant nos yeux est belle et bien photographiée, la musique de James Horner sert parfaitement le propos et contribue à donner un côté Braveheart au film pour mieux nous emporter dans l’élan des insurgés.

Pour ce qui est de la découverte de l’histoire de la Cristiada, le film est nécessairement contraint à une fresque historique très limitée par rapport à cette guerre civile qui dura trois ans et comptera jusqu’à 50 000 combattants. Cela n’empêche pas néanmoins de comprendre les enjeux et les ressorts principaux de cette triste page d’histoire, qui a malheureusement poussé des concitoyens à prendre les armes les uns contre les autres. Ce film a donc été à la hauteur de mes espérances dans la mesure où j’en suis sorti en étant marqué par le combat livré sous mes yeux, concerné par les souffrances évoquées et avec l’envie d’en apprendre plus sur ces chrétiens en armes.

Le catholique agressé pour sa foi a-t-il vocation au martyre, ou doit-il se défendre y compris par les armes, comme les Cristeros ? Sont-ils des exemples ou des contre-exemples ?

La vocation du chrétien est de contribuer à l’établissement du règne de Dieu dans le monde en annonçant partout la bonne nouvelle du salut, en étant témoin de la Résurrection du Christ. Or le mot « martyr » vient du grec mártus qui veut dire témoin. Le témoin/martyr est celui qui atteste par sa parole ou par son sang de son espérance en la Résurrection et du salut donné par Dieu seul.

Ainsi, être martyr ne veut pas dire être passif face aux agressions mais aller jusqu’au bout de sa foi. Cela peut prendre des formes plus ou moins violentes mais nul ne peut se suicider au nom de sa foi, ni laisser ses frères être tués sans se défendre. Comme dit saint Ambroise : « Celui qui ne repousse pas la violence faite à son compagnon est aussi coupable que celui qui la commet. »

Il est vrai que dans le cas des Cristeros, tout n’était pas parfaitement bon et juste, comme à chaque fois que le sang est versé, mais ils ne peuvent être considérés comme des contre-exemples dans la mesure où ils ont fait ce qu’ils estimaient juste et proportionné pour garantir leur liberté.

Peut-on recourir à la violence quand nos libertés sont menacées ?

Il faut faire preuve de grande prudence lorsqu’on aborde la question de la guerre et il est impossible d’établir des rapports mécaniques de type action/réaction systématique. Tout est affaire de discernement, de proportionnalité et de recherche du plus grand bien.

Il peut arriver que la dignité humaine soit à ce point attaquée sur le plan de la liberté qu’il soit nécessaire de prendre les armes pour se défaire du joug, certes. Mais c’est évidemment dans des cas d’une extrême gravité et heureusement d’une extrême rareté.

Que dit l'Église sur la juste guerre ? Comment interpréter les situations où la violence est légitime ?

L’Église ne parle de recours légitime à la violence qu’en cas de légitime défense, selon quatre critères très précis :

1/ le dommage infligé par l’agresseur doit être durable, grave et certain ;

2/ tous les autres moyens pour mettre fin au dommage doivent avoir été tentés ;

3/ les conditions de succès doivent être réunies

et 4/ l’emploi de la violence ne doit pas entraîner des maux et désordres plus graves que le mal à éliminer (cf. Catéchisme de l’Église catholique n° 2309).

Nous pouvons voir en cela que la guerre n’est jamais souhaitable, la lutte armée est toujours un recours ultime qu’il faut éviter à tout prix et dont il faut soumettre l’usage au discernement prudent et collégial. Il n’est jamais bon de prendre les armes par passion ou pulsion, mais toujours par raison et avec sagesse.

Comment faire la différence entre force et violence ?

La force est un don du Saint-Esprit, c'est-à-dire une aide avant tout destinée à vivre mieux les vertus de foi, d’espérance et de charité. La force est donc nécessaire à tout homme et elle n’est jamais assez grande en nous. En revanche, la violence est une manifestation de la force en opposition avec quelque chose ou quelqu’un. Elle n’est pas intrinsèquement mauvaise, puisqu’il y a des recours légitimes à la violence, mais elle doit être utilisée avec une grande prudence.

Y-a-t-il un risque d'idéalisation romantique de l'activisme politique radical après avoir vu ce film ? On a vu en effet les parallèles établis entre la situation mexicaine et l’actuelle politique socialiste française : une loi contre un droit naturel fondamental, le mépris de l’expression populaire, des arrestations arbitraires et des violences policières, etc. même si la République n'a pas encore massacré de prêtre… Y a-t-il un risque de fascination ? Quelle doit-être, selon vous, la place du catholique dans ce genre de situation ?

Un tel film dans le contexte actuel de cathophobie peut entraîner chez certains une exaltation disproportionnée, mais évidemment nous ne sommes absolument pas dans les mêmes circonstances ! Nous sommes loin d’époques de répression du christianisme que nous avons connues en France au moment de la révolution ou plus récemment au début du XXe siècle. Les lois favorisées par le gouvernement n’ont pas explicitement pour but de s’attaquer à l’Église et il faut être prudent dans notre manière d’être en lutte.

La place des catholiques dans la politique doit être celle de l’engagement courageux et responsable et non dans la gratuite attitude de lutte vitupérante à tous bouts de champs. Le film Cristeros doit nous rappeler que dans certains pays des chrétiens meurent pour leur foi, et cela doit nous replacer face à notre chance de pouvoir être chrétiens en France.

Profitons-nous de cette chance ? Nous avons accès aux sacrements, aux formations intellectuelles et nous pouvons nous réunir autant que nous le voulons pour grandir ensemble en sainteté et en joie d’être aimés de Dieu. Le pape François nous encourage sans cesse à être des forces de révolution positive par l’annonce de la foi qui est une libération et non un programme de réaction seulement !

Cristeros ou veilleurs ?

Nous ne sommes pas au Mexique au début du XXe siècle, nous ne sommes pas des Cristeros. En revanche, nous devons être en effet des veilleurs attentifs à la défense du Bien commun, c’est-à-dire non pas le bien que les hommes créent selon leurs seuls critères, mais le Bien, le Bon, le Vrai et le Beau que Dieu nous dispense et que nous avons la mission de sauvegarder et de faire fructifier. Nous avons la mission d’être des veilleurs et des éveilleurs de conscience, ni naïfs ni soupçonneux, capables de rendre grâce pour le bien et de dénoncer et combattre le mal.

Mais le chrétien n’est pas seulement celui qui veille dans la nuit pour défendre contre les attaques, il est celui qui veille le retour du Maître, qui scrute patiemment dans l’obscurité le bruit de ses pas, le son de sa voix et la lumière de sa présence. Si nous sommes veilleurs, c’est parce qu’Il arrive, mais « quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ? » Que toutes nos luttes n’entament pas mais fortifient notre foi, notre espérance et notre charité.

 

 

Propos recueillis par François de Lens.

 

 

 

Pour en savoir plus :
 

nos critiques

Un film juste, par Hélène Bodenez

Une belle réussite, sur LP Jeunes

Un enthousiasme qui fait réfléchir

Une tribune, par les distributeurs du film :

Notre combat pour les Cristeros

et la liste des salles sur  le site du film

 

 

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