Le catéchisme et les jeunes (1)

Aumônerie catholique d'une grande école, Paris. Aujourd'hui question ouverte, qu'est ce que la Messe ? Paul, 20 ans, chef scout se lance : Alors pour moi la messe, c'est le moment où je me retrouve avec le Seigneur et où...
— Euh Paul, Qu'est ce que la Messe tout court ? Pas juste pour toi.
— Ah, eh bien à la Messe on va communier au corps et au sang du Christ.

Intervient alors Florence, 21 ans, dont 10 ans en école catholique : Lors de la consécration, par les paroles du prêtre, le pain est changé en corps du Christ, le vin en sang du Christ
— Mais dans quel but ?
— Euh, eh bien...
À la rescousse Diane, chef de chœur de la chorale de sa paroisse, s'écrie : Mais pour nous sauver !
— Ah bon mais comment ? Pourquoi ?
— ...
— Euh, bah là on sait pas. On nous a jamais dit. La Messe c'est la Messe [1], c'est tout.
On continue ?
Qu'est ce que l'Église [2] ?
Qu'est ce qu'un péché [3] ?
Qu'est ce qu'un sacrement [4]?
J'en passe et des meilleures.
À ces questions, nombre de jeunes catholiques dits convaincus sont incapables de donner une réponse claire et précise sur leurs convictions. Sans être dans l'hérésie, encore moins dans l'indifférence, ils ne connaissent cependant sur la foi catholique, que les bribes qu'ils ont pu glaner ici ou là, au détour d'une homélie, d'un article de revue chrétienne ou d'une bonne discussion.

Il faut dire, se défend Paul, qu'on ne nous a jamais donné une véritable instruction sur les dogmes de la foi catholique. En primaire au caté, les responsables considèrent qu'on est trop jeune pour comprendre alors on chante des chansons. Au collège, les mêmes responsables croient que l'apprentissage des dogmes va faire fuir tous ces ados en crise, alors on parle de l'amitié garçon fille. Et à l'aumônerie des lycées et des facs, on considère que tout est acquis et qu'il s'agit maintenant de réfléchir sur l'engagement du jeune chrétien dans la société. Avec tout ça, on ne risque pas de connaître grand-chose.

Bref, de là à dire que le caté aujourd'hui ça ne sert vraiment à rien, il n'y a qu'un pas. Certains seront tentés de le franchir, nous ne le ferons pas.
Pourquoi ? Parce que ce caté où l'on ne prie pas, où l'on apprend peu, réussit cependant le tour de force de transmettre à 15% des petits Français une part des valeurs de l'Évangile. De bonnes et souvent ferventes volontés insufflent ainsi à leurs élèves un certain sens de Dieu, de son Église, l'amour du prochain. Et cela, ce n'est pas rien !
Le constat final n'en reste pas moins surprenant. Des catéchistes zélé(e)s, des élèves qui ont soif de connaître, un compendium limpide du Catéchisme de l'Église catholique mis largement à disposition... Et une connaissance de la foi qui demeure au ras des pâquerettes !
À cela plusieurs (mauvaises) raisons : spirituelles, matérielles et humaines entre autres.
La première s'inscrit dans l'Évangile. Au catéchisme, où l'on sait avoir affaire à des enfants qui n'auront parfois plus aucun contact ultérieur avec l'Église, on veut transmettre l'essentiel du message du Christ. Or comme Celui-ci n'a pas été très tendre avec les pharisiens [5] qui connaissaient pourtant leur caté sur le bout des doigts, on ne retient finalement que le commandement nouveau, Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 13, 34). Ce qui, condensé, mal condensé et recondensé au maximum, se transforme en un laconique aimez-vous les uns les autres
Exit le drame et la puissance de la Résurrection du Christ pour notre salut. En un coup de baguette magique, le caté s'est transformé en un gentil cours de civisme.
La deuxième raison est matérielle. En France, dans l'enseignement catholique, le responsable de la pastorale est le chef d'établissement. Or depuis le rapprochement de l'enseignement catholique et de l'État, notamment avec les accords Lang-Couplet de 1984, l'école libre est astreinte à une non-discrimination religieuse dans le recrutement de son personnel.
En clair c'est le chef d'établissement, qui bien que n'ayant pas toujours la foi, est en charge de la transmettre. Pratique. On se retrouve alors avec des prêtres bouillonnants d'aller enseigner les enfants de l'école catholique de la paroisse, mais qui n'en font rien car le chef de l'établissement, ayant bien d'autres choses en tête, ne les y a tout simplement pas conviés.
La dernière raison est humaine, et même française. Car chez nous on aime bien en faire qu'à sa tête. Alors ânonner des questions réponses du catéchisme, qui en deux phrases bien senties vous feront souvenir pour la vie de ce qu'est l'Église, la messe et les sacrements ? Pensez donc !
L'Education nationale sort tout juste de sa ravageuse dispute sur les méthodes d'apprentissages, globales versus syllabiques.
En beaucoup d'endroits, l'Église de France demeure au niveau de l'élève acteur de son savoir, qui réfléchit, comprend et découvre par lui-même. Surtout ne pas lui donner les outils et concepts qui lui permettront de construire également sa foi sur des bases intellectuelles, solides et cohérentes. Au contraire on lui balance des grands mots Amour , Paix , Bonheur , qui ne s'articulent sur rien et perdent toute leur force.
Déjà en 1983 le cardinal Ratzinger, de visite en France en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi, déplorait la grande misère de la catéchèse nouvelle . En 2005, la publication du Compendium par le pape Benoit XVI permit à tout un chacun d'aller combler facilement ses lacunes, parfois abyssales. On ne peut qu'espérer qu'il devienne le support et le modèle de l'instruction religieuse, au lycée, au collège et à l'école, afin d'éclairer la foi des jeunes.
Avec toujours à l'esprit l'avertissement de Saint Paul : Quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (Cor 1, 13), nous nous souvenons de la Parole du Seigneur qui maintes fois répète : Va ta foi t'a sauvé (Lc 8, 48 ; 8, 50 ; 7, 50 ; 17, 19 ; 18, 42).
Ça vaut donc sans doute le coup de savoir de quoi il s'agit, et aussi de vouloir le transmettre !
[1] La sainte messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sous les espèces du pain et du vin en souvenir du sacrifice de la Croix. On offre à Dieu le sacrifice de la sainte messe pour quatre fins : 1/ pour lui rendre l'honneur qui lui est dû, 2/ - pour le remercier de ses bienfaits, 3/ pour l'apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, 4/ pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires.
[2] L'Église, c'est le Peuple que Dieu rassemble dans le monde entier. Elle existe dans les communautés locales et se réalise comme assemblée liturgique, surtout eucharistique. Elle vit de la Parole et du Corps du Christ et devient ainsi elle-même Corps du Christ.
[3] Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite, il se dresse contre l'amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs.
[4] Par le mot sacrement on entend un signe sensible et efficace de la grâce, parce que tous les sacrements signifient, par le moyen de choses sensibles, la grâce divine qu'ils produisent dans notre âme.
[5] Luc 11, 52 : Malheur à vous, docteurs de la loi ! Parce que vous avez enlevé la clef de la science; vous n'êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché d'entrer ceux qui le voulaient.
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