Crucifix

Engagés avec des responsabilités au sein de l’actuelle majorité, actuellement en poste ou ayant récemment servi l’État, cinq jeunes catholiques convaincus ont accepté de livrer leurs remarques sur leur vision de la politique. À quelques mois des présidentielles, le point sur la stratégie qu’il estime devoir adopter.

À 26 ans, Claire travaille déjà en haut de l’échelle. Diplômée en histoire à la Sorbonne, cette jeune mariée est en poste dans un des secrétariats d’État du gouvernement actuel. Entrée en politique comme assistante parlementaire d’un député en vue de l’UMP, Claire a trouvé ses marques dans ce parti de gouvernement. « Bien sûr, je n’avalise pas tout ce qui est fait au-dessus de moi, je sais que l’UMP ne respecte pas tous les points non négociables définis par le Benoît XVI, mais comme on tire sans arrêt sur la politique gouvernementale, on ne voit plus le bien qu’elle fait. Qui peut dire par exemple que Nicolas Sarkozy et François Fillon ne font pas preuve d’une remarquable activité pour défendre les intérêts de la France dans l’actuelle tourmente financière ? »

Pourtant, l’atmosphère semble bien morose et, s’ils n’avaient l’espérance, les catholiques pourraient être les premiers à se décourager à l’heure du gender, de l’avortement, des lobbies pour l’euthanasie et des attaques les plus fortes contre la personne du Christ, comme le triste spectacle Golgotha Picnic l’atteste.

« Cessons de jouer la victimisation », lance Xavier, collaborateur parlementaire de Michel Alliot-Marie. À 24 ans, ce jeune juriste a déjà un « coup d’éclat » politique à son actif. Candidat dans un des cantons de La Rochelle traditionnellement ancré à gauche, le jeune néophyte que ses aînés de la majorité avaient laissé aller au « casse-pipe », obtient un ticket pour le second tour aux dernières cantonales. Aucun candidat de droite n’avait atteint ce niveau dans ce canton depuis 1992… Pour lui, entré aussi par hasard en politique (des amis lui avaient conseillé d’envoyer son CV à l’ex-ministre de la Défense), il faut cesser de se plaindre : « Si on cessait de se dire minoritaire et que l’on agissait avec plus de sérénité, cela irait beaucoup mieux ». Lui, en tout cas, applique dans son travail et sa manière d’agir, cette liberté sereine : « Je ne m’affiche pas catholique, cela ne sert à rien. En revanche, je ne cache pas que je le suis. Il y a une nuance ». Claire le dit elle-même : « Je n’ai jamais caché ma foi. Quand on parle, je dis ce que je pense et les discussions que je peux avoir mes collègues sur tel ou tel sujet social sont décontractées et intelligentes ».

Vision irénique du parti au pouvoir ? Angélisme ? Naïveté ? « En politique, tout n’est pas blanc ou noir, explique Claire. Il faut plus appuyer sur le blanc que dénoncer le noir même si la critique peut-être très constructive. » Joseph, redevenu professeur après avoir travaillé en cabinet, l’explique lui-même à sa manière : « C’est comme en entreprise, on ne partage pas toutes les décisions que prend son patron, on subit parfois ce qui nous semble contestable, mais on reste là à exécuter le travail qui dépend de nous ». Pour ce jeune trentenaire qui a connu les servitudes et le côté « grisant » de la politique, il y a un devoir de discrétion inhérent à toute fonction politique : « Quand on travaille pour le gouvernement, on garde pour soi et pour sa famille et quelques proches les points d’achoppements que nous rencontrons avec la politique menée au sommet ». « Quand on est à l’UMP, poursuit-il, on participe à un ensemble très vaste. Puisque nous ne pouvons pas contrôler l’ensemble du travail de chacun, il s’agit de bien faire son travail à son niveau, dans ce qui dépend de nous. »

Mais peut-on indéfiniment rester rallié à un parti qui semble si peu défendre la voix des catholiques et qui entretien un grand flou moral ? Avec un autre parti au pouvoir, la doctrine sociale de l’Église ne serait-elle pas mieux écoutée, voire respectée ? « Avec des “si” on ne fait pas de politique », répond Pierre, actuellement collaborateur parlementaire. « À nous d’être plus nombreux dans l’actuelle majorité pour éviter les dérives que nous constatons. D’ailleurs on le voit bien, il y a déjà des parlementaires qui se battent pour la défense des chrétiens d’Orient, contre la christianophobie, pour éviter les dérives en bioéthique, etc. Il est plus facile de peser dans l’actuelle majorité qu’en dehors. C’est en son sein que le combat pour les vraies valeurs vaut la peine d’être mené. » Cet ancien du Forum des Républicains Sociaux de Christine Boutin, du temps où celle-ci était ministre du Logement et de la Ville, n’a pas fait le choix « d’entrer en dissidence ». « Dans aucun parti, il n’y a de sensibilité unique, assure-t-il. Que ce soit au sein des autres partis de droite, il y a toujours des courants. On l’a vu au Front National où la frange peut-être plus catholique soutenant Bruno Gollnisch a été mise en échec par les partisans de Marine Le Pen. Au Parti Chrétien Démocrate, il y a – ou il y aura inévitablement – de telles différences de sensibilités. Ce n’est pas une spécialité de l’UMP. »

Pour Hélène*, ancienne assistante parlementaire, il s’agit non pas de renier ses convictions religieuses mais de discerner : « On ne peut pas penser politique et religion de la même manière, en tout cas avec la même vision même si la première doit être irriguée par la seconde. À l’épreuve du réel, la politique doit s’adapter ». Même son de cloche chez Claire : « Quand on est aux prises avec les responsabilités, on ne voit plus les choses de la même manière. Il y a une intelligence politique à avoir. Autant, par exemple, je suis opposée à l’avortement, autant il me semble irrationnel qu’à court terme ou même moyen terme, on l’interdise du jour au lendemain pour le motif (qu’encore une fois, je partage) que c’est un attentat contre la vie innocente. Dans ce cas, il me paraîtrait par exemple plus intelligent de promouvoir les structures d’accueil de la vie, c'est-à-dire de promouvoir des solutions positives qui peuvent bien être accueillies par nos concitoyens. »

Pour chacun de ces cinq jeunes, l’heure n’est donc pas de « mener le combat » à l’écart du navire UMP.

« Je conçois que l’on puisse ne pas voter pour un candidat UMP en 2012 par adhésion. Mais au moins que l’on vote pour un moindre mal, car le principal danger c’est avant tout François Hollande », annonce Claire. Un danger diagnostiqué aussi par Xavier qui malgré la « grande estime » qu’il a pour Christine Boutin s’insurge contre l’affaiblissement que sa candidature pourrait apporter au candidat de la majorité : « Je m’inscris complètement en porte à faux avec elle. Une candidature de témoignage n’a plus de sens. Elle a très peu de chance de faire plus de 3 % mais elle affaiblirait l’ensemble de la droite et ce serait la porte ouverte à Hollande ». Pierre, comme ses jeunes confrères, ajoute l’argument financier. : « Le nerf de la guerre, c’est l’argent et les petits partis n’en ont pas ou très peu. Et puis, c’est bien beau d’être seul, mais si on ne lève pas une armée… »

Selon eux, il y a une marge de manœuvre dans les rangs de la droite au gouvernement. On peut y travailler en gardant sa liberté et en promouvant le bien commun. On peut y rester en avalant des couleuvres, certes, mais sans avoir à renier ses convictions. « L’UMP n’est pas une famille de pensée unique, témoigne Xavier. À l’origine, c’est un rassemblement d’une composante majoritaire réunissant plusieurs sensibilités. » Il pose donc la question suivante dont son engagement atteste sa réponse personnelle : « Pour défendre les sujets qui touchent le plus les catholiques c’est-à-dire ceux où la morale naturelle est en question, où est-il plus efficace d’agir : dans un parti de gouvernement où l’on peut discuter de façon pragmatique, ou dans un parti sous-représenté et donc peu écouté par le pouvoir en place ? »

À l’aune de ces explications recueillies auprès de ce petit panel de jeunes catholiques certains retrouveront  peut-être la distinction entre éthique de responsabilité, éthique de conviction chère au sociologue allemand Max Weber. Mieux vaudrait parler de prudence car. « Il ne suffit pas de penser juste pour agir bien » auraient-ils pu dire en chœur. Dit plus grossièrement : les choses ne sont pas si simples. Ou encore, on ne fait pas de politique avec seulement des bonnes intentions. L’enfer n’en est-il d’ailleurs pas pavé ? Chacun appréciera selon son propre tempérament ces témoignages recueillis. Ils n’ont pas eu d’autres buts que donner le pouls des jeunes bourgeons chrétiens de l’actuelle majorité. Nous tenterons de faire de même pour ceux des autres partis dans des articles à venir.

 

* Par souci de discrétion, ce prénom a été changé.