LYON,[DECRYPTAGE/analyse] — Elisabeth Guigou a présenté la semaine dernière le projet de loi de " modernisation sociale", héritage de Martine Aubry. Contrôle des licenciements économiques, lutte contre les discriminations, rupture des contrats à durée déterminée, ou encore réglementation du travail de nuit, une pluie de nouveaux projets semble s'abattre sur le monde de l'entreprise avec pour objectif : la protection des salariés et, en particulier, des plus " fragiles " (salariés peu qualifiés, " minorités ", jeunes, handicapés, etc.

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Pratiquement, le gouvernement entend interdire les licenciements économiques ; permettre aux salariés de refuser de travailler de nuit pour des raisons familiales ; exiger des employeurs de prouver, à la demande des salariés s'estimant victimes d'une discrimination, qu'il n'en est rien ; augmenter la prime de précarité versée aux bénéficiaires de contrats à durée déterminée...
Qui peut, dans le monde difficile dans lequel nous vivons reprocher au législateur de chercher à protéger les plus faibles, les plus fragilisés ?
D'ailleurs, n'est-ce pas un principe fondamentalement chrétien, rappelé régulièrement par le Pape Jean-Paul II : l'option préférentielle pour les pauvres ?
La question est donc réglée !

Pas tout à fait si l'on considère qu'aujourd'hui, comme hier, le pauvre est aussi celui qui est " dépendant ". La richesse c'est d'abord de pouvoir prendre ses propres responsabilités, et ses propres risques, pour développer des initiatives dans sa vie personnelle, professionnelle et familiale.
Et l'Etat n'a-t-il par pour mission de donner à tous, en tout cas au plus grand nombre, les moyens de devenir créateur, " citoyen participant " de la vie économique et sociale ?
Le rôle d'un gouvernement n'est-il pas de promouvoir des lois donnant intérêt aux citoyens à prendre des responsabilités plutôt qu'à les protéger jusqu'à l'étouffement ?

Le projet de modernisation sociale présenté par le gouvernement a pour objectif de protéger " les plus faibles " en bridant la liberté " des plus forts ", entendez les chefs d'entreprise, c'est-à-dire ceux qui précisément ont encore la liberté de créer, de développer, d'entreprendre en donnant en conséquence du travail à d'autres, leur permettant ainsi de participer à leur tour à la vie économique et de fonder et faire vivre une famille.

Le défaut majeur de ce projet de loi est de décourager presque définitivement les plus audacieux créateurs d'entreprise.
Fonder et gérer une entreprise en France est de plus en plus compliqué, coûte de plus en plus cher, fait courir de plus en plus de risques juridiques, voire judiciaires.
Pire, l'image du chef d'entreprise est de moins en moins celle d'un créateur de richesse mais de plus en plus celle d'un exploiteur sans respect pour les moins compétents et les exclus.

S'il faut bien entendu protéger ceux qui ne disposent pas de moyens propres pour se défendre, il faut également tout faire pour que le plus grand nombre puisse prendre sa vie en main. Il nous faut donc aussi des lois qui donnent à chacun à la fois l'intérêt et les moyens et donc le goût de créer des entreprises, des richesses, et finalement des emplois.
Il faut enrayer l'actuelle hémorragie de jeunes, diplômés – ou non –, qui quittent notre pays pour exercer ailleurs les talents qu'ils se sont découverts en France.
Pour cela, l'Etat doit repenser totalement son rôle et se remettre au service des corps sociaux, des entreprises et des familles, donc des français, qui ont encore et toujours l'envie d'entreprendre.
Il nous faut donc susciter une véritable conversion intellectuelle des esprits pour accélérer la refondation sociale et politique indispensable à notre pays : une vraie modernisation sociale.