PARIS, [DECRYPTAGE/information] - Une communication du cardinal Alfonso Lopez-Trujillo, président du conseil pontifical pour la Famille, a été lue lundi 1er octobre dans l'enceinte de l'Assemblée nationale française lors d'un colloque consacré à l'actualité des débats parlementaires sur la bioéthique.
Invité par le député français au Parlement européen Élisabeth Montfort, organisatrice du colloque, le cardinal était représenté par Mgr Suaudeau, officiel du conseil pontifical. Mgr Lopez-Trujillo a tenu à replacer le débat bioéthique dans une " anthropologie vraie ", donnant toute sa place à la famille. Le colloque était placé sous la présidence d'honneur du professeur Lucien Israël, de l'Institut, et de Philippe de Villiers, ancien ministre, qui a conclu les travaux.
Citant Albert Camus - " c'est l'innocence qui est sommée de fournir ses justifications ", le cardinal a vivement dénoncé la situation dans laquelle est placée le plus faible : " C'est l'embryon qui doit prouver son droit à l'existence, c'est l'éducateur ou le prêtre qui doit défendre sa réputation salie par une dénonciation discutable, c'est l'handicapé qui doit montrer qu'il sert quand même à quelque chose, c'est la personne âgée qui doit faire entendre qu'elle a le droit de vivre et d'être soignée, c'est le mourant qui doit faire valoir son désir de vivre sa mort de façon responsable et digne, en lui faisant face. "
Dans un texte qui fera date, avec le courage des mots dont l'Église est trop souvent la seule à faire preuve, Mgr Lopez-Trujillo a établi le lien entre la protection du plus faible, menacée par l'instrumentalisation scientifique, et l'unité familiale. " Cette vérité sur la famille et sur la vie ne peut être absente des dialogues nécessaires dans les parlements. C'est une vérité qui n'est pas seulement un patrimoine des croyants, mais qui constitue une richesse pour toute l'humanité, pour tous les hommes, croyants et non croyants. Les questions politiques qui touchent la famille et la vie sont fondamentales, non seulement pour le présent, mais encore dans leur projection vers le futur. "
Les autres intervenants se sont interrogés sur la responsabilité propre des scientifiques, des juristes et des élus face aux progrès de la science.
Le professeur Bedate, généticien espagnol, après un long exposé sur l'état actuel de la science en matière de thérapie génique et cellulaire (cellules souches), s'est voulu rassurant. Il ne croit pas au clonage en raison des trop grandes difficultés techniques, et du développement de méthodes alternatives telles que l'utilisation des cellules souches adultes. Mais pratiquement, le débat demeure et des questions politiques surgissent chaque jour. Carlos de Sola, chef de la division de bioéthique du Conseil de l'Europe, a rappelé que les questions de bioéthique, étant des questions de principes, doivent trouver une expression internationale commune. Pour autant, il a reconnu que les oppositions irréductibles rencontrées au niveau national sur le statut de l'embryon, se retrouvent au niveau européen, laissant très peu d'espoir pour un règlement international de la question.
Mais le fondement du droit se situe-t-il dans la seule discussion, nationale ou internationale ? Professeur de droit médical à l'université de Poitiers, Gérard Mémeteau s'est interrogé sur la validité du concept même de bioéthique. La bioéthique ne se veut pas normative : croyant inventer ce que le droit dit depuis toujours (" tout acte médical doit être précédé de l'assentiment du patient "), elle s'appuie sur l'affirmation de l'autodétermination de la personne pour justifier une interprétation subjective du droit, qui conduit aujourd'hui à un transfert du corps humain à la recherche médicale, sans limites objectives. La bioéthique ne peut être qu'une méthode de travail, transversale, recourant aux compétences complémentaires des scientifiques, juristes, théologiens et politiques.
C'est aussi l'avis du sénateur Bernard Seillier qui a souligné le rôle central et déterminant du législateur. Le Parlement ne peut pas se défausser sur des comités d'experts ou d'éthique. Plus généralement, les problèmes posés par la bioéthique sont d'ordre social : quel est le sens de la recherche matérialiste de confort de vie à tout prix, incluant la recherche de l'enfant parfait, lorsque la vie elle-même est de plus en plus vécue de façon désenchantée, consumériste ? Concluant le colloque, Philippe de Villiers a mis en évidence la dimension morale et pédagogique de la loi. Le responsable politique " a pour mission de faire œuvre de paix " en cassant les oppositions qu'une société amorale a dressée entre les droits des patients, des chercheurs et les intérêts économiques. " Cette contradiction ne peut être dénouée que par le haut à partir d'un principe : la dignité humaine. "
Gregor Puppinck est directeur du CFJD-Centre français pour le droit et la justice.
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