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06 juin Actualité
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Fondation de Service politique

Profanations et satanisme : une difficile mobilisation ; Europe : le spectre du grain de sable irlandais ; Révolution de velours au Vietnam… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler, par la Fondation de Service politique.





FRANCE

Le statut de l’embryon au Parlement

Une proposition de loi sur le statut des enfants mort-nés a été déposée à l’Assemblée nationale. Le 6 février dernier, la Cour de cassation déclarait que l'article 79-1 alinéa 2 du Code civil « ne subordonne pas l'établissement d'un acte d'enfant sans vie ni au poids du fœtus, ni à la durée de la grossesse ». Un fœtus né sans vie peut ainsi être déclaré à l'état-civil et quels que soient son poids et la durée de la grossesse. Elle cassait ainsi un arrêt de la Cour d’appel de Nîmes qui avait débouté trois familles à qui on avait refusé le droit d’enregistrer sur les registres de l’état-civil leurs enfants morts-nés.

Les magistrats ayant tenu à montrer que leur décision ne visait pas à remettre en cause la loi sur l’avortement avaient souhaité que le législateur se saisisse de cette question. Une proposition de loi a donc été déposée par quarante députés. Sont but :
« Mettre en œuvre les conclusions de ces trois arrêts et de préciser les conditions d'établissement de l'acte d'enfant né sans vie ainsi que ses conséquences… Il s'agit tout simplement de prendre en compte la douleur des parents d'enfants nés sans vie, de les aider à faire leur deuil, sans porter aucun jugement de valeur sur les choix qu'ils font pour se remettre de cette épreuve et d'humaniser le contexte juridique dans lequel ils se trouvent. »
Elle viendrait ainsi compléter l'alinéa 2 de l'article 79-1 du Code civil de la manière suivante :
« À la suite de son établissement et à la seule demande des parents, l'acte ainsi établi permet l'attribution d'un ou plusieurs prénoms, la reconnaissance de la filiation à l'égard de la mère et du père cités dans l'acte, ainsi que l'inscription, à titre de mention administrative, dans le livret de famille. Il autorise enfin les parents à réclamer, dans un délai de dix jours, le corps de l'enfant décédé pour organiser ses obsèques. »


PS : tout sauf Bertrand et Ségolène

À l’occasion de la “journée d’échanges et de débats” organisée à Paris autour de Martine Aubry avec Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et les strauss-kahniens, Jacques Camus évoque dans son éditorial de La République du centre (2 juin) la chronique des divisions au PS. « Et si le “troisième homme” que se cherche avidement le PS pour échapper au duel Royal-Delanoë était, en fait, une “deuxième femme”? » se demande Jacques Camus. Derrière les grandes déclarations de principe invitant à « hisser haut les valeurs de gauche », on a plutôt distribué des coups bas :
« Le “tout sauf Ségolène... ou Bertrand” a constitué le seul véritable point commun des participants. Martine Aubry n’a épargné ni la première, qui demande leur avis aux Français tous les matins, ni le second, qui a honte de prononcer le mot socialiste. Avec de telles gracieusetés, on voit mal comment va s’opérer la synthèse au sein d’un parti toujours en panne de stratégie. Face aux ambitions déclarées et à celles qui ne le sont pas, il ne suffira sans doute pas que Martine Aubry s’érige en “Dame de la... 36e heure” pour sauver le PS et prendre une douce revanche sur Ségolène Royal. »


Profanations et satanisme : difficile mobilisation

Les profanations de cimetières chrétiens se multiplient et les courants satanistes ne cessent d’accroître leur influence. Les mesures de lutte contre le phénomène peinent à trouver vigueur et cohérence. La totalité des 246 tombes du cimetière d'Elne, près de Perpignan, ont été profanées dans la nuit du 1er au 2 juin : croix renversées ou descellées, pots de fleurs brisés, le mot "Satan" et le chiffre 666 inscrits sur plusieurs stèles. Le suspect âgé de 21 ans, arrêté et placé en garde à vue, s’est dit "attiré par le phénomène satanique" et a précisé avoir commis ces faits comme "un rituel". Nicolas Sarkozy a qualifié cet acte d'"odieux" ; le ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a quant à elle souhaité que "toute la lumière soit faite" sur cette affaire. Mais peu de voix se sont élevées pour dénoncer le caractère proprement anti-religieux de cet évènement, et l’affaire est finalement passée presque inaperçue ; il s’est même trouvé des gendarmes pour préciser qu’il s’agissait plutôt de "dégradations" que de "profanations", aucun tombeau n'ayant été ouvert.

Que l’on se souvienne pourtant : le 5 avril dernier, 148 tombes musulmanes d’un cimetière militaire près d'Arras étaient profanées. On avait aussitôt parlé d’"islamophobie", et les réactions avaient été autrement plus vives : Nicolas Sarkozy dénonçait un acte relevant du "racisme le plus inadmissible qui soit". "C'est un geste odieux, scandaleux, qui jette l'opprobre sur l'ensemble des musulmans" déclarait Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris. L’Union des étudiants juifs de France exprimait elle aussi "sa profonde solidarité aux familles, ainsi qu’à la communauté musulmane dans son ensemble."
De même en avril 2004, à Herrlisheim, lorsque des croix gammées, des sigles SS et des slogans antisémites avaient été découverts sur 117 pierres tombales d’un cimetière juif, Jacques Chirac avait fermement dénoncé cette "profanation", parlant d'"actes abominables et intolérables […], indignes de la France" et n'avait pas hésité à parler d'"antisémitisme", rappelant que ce dernier est "contraire à toutes nos valeurs, à tous nos principes, à tous les idéaux de la République".
Alors que plusieurs affaires de dégradation de sépultures chrétiennes se sont produites ces derniers mois en France, avec souvent des inscriptions à caractère satanique, qui osera parler d’"anti-christianisme" ? Mgr André Marceau, évêque du diocèse de Perpignan-Elne, rappelle pourtant que "ces inscriptions veulent attester de la présence des forces du Mal au cœur de la société […]. Elles veulent disqualifier certains aspects de la foi chrétienne : le sens de la Croix du Christ […], la foi en la vie éternelle. […] Chrétiens, on ne peut accepter une telle affirmation du règne du Mal."

Mais la répétition du phénomène a fini par toucher le Parlement. Le 27 mai, le groupe UMP a chargé deux des siens, Jean-Frédéric Poisson et André Flajolet, d’une mission sur la lutte contre les profanations de sépultures. Les deux députés sont chargés d’identifier les causes de cette recrudescence, et de faire des propositions qui pourraient, le cas échéant, aboutir à une proposition de loi.

Sans attendre, Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines, a posé une question écrite le 4 juin au ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, sur l’impunité des courants satanistes en France. Il s’interroge notamment, sur le déroulement de festivals subventionnés par les collectivités locales, comme celui de Clisson (Loire-Atlantique). Chaque année, le festival Hellfest, rassemble des groupes de musiques hard-core et métal, « aux chansons valorisant le satanisme et aux messages prônant des comportements objectivement illégaux et chargés d’un poids symbolique délétère ». Il semble, observe le député, que « ces manifestations sont également l’occasion pour des mouvements à caractère sectaire d’assurer leur promotion et leur emprise sur les jeunes ». M. Poisson souhaiterait donc connaître la véracité de telles subventions et les intentions du gouvernement « concernant une interdiction formelle faite aux collectivités de subventionner des manifestations dont le caractère subversif est objectivement avéré». [Sources : LCI, Le Figaro, catholique-perpignan.cef.fr].




INTERNATIONAL


L’Église en pointe dans la lutte contre la traite des femmes

Du 2 au 6 juin, les représentants de l'Union internationale des supérieures générales (UISG) et de l'Organisation mondiale des migrations (OIM) ont fait le point sur les efforts de lutte entrepris contre la traite des femmes. L’UISG regroupe les supérieures générales de 1996 congrégations, dont 1100 de droit pontifical et 800.000 religieuses. 50 religieuses de 20 pays des cinq continents ont participés à ce congrès.

Depuis 2004, l'UISG et l'OIM collabore dans la lutte contre le « trafficking », avec le soutien de l'ambassade des États-Unis près le Saint-Siège. En quatre ans, les congrégations féminines ont ainsi aidé des centaines de femmes à quitter la rue, en mettant sur pied des projets de réhabilitation et d'intégration sociale, relayés par les communautés religieuses des pays dont ces femmes sont originaires pour une campagne efficace d'information et de prévention.

Des rencontres et des cours de formation ont été organisés en Italie, en Europe, en Amérique du nord et en Asie. Cette année, l'Union des supérieurs généraux (USG), l’équivalent masculin de l’UISG (200 congrégations), a participé aux travaux afin de renforcer les réseaux déjà existants au plan national et régional. L’Église est ainsi à la pointe d’un combat contre un drame presque totalement occulté. Dans les dix dernières années, davantage de femmes ont été vendues dans le monde que durant les quatre cents ans qu’a duré la traite des Noirs africains vers l’Amérique.


Des anglicans prêchent la conversion des musulmans

À l’occasion du synode général de l’Église anglicane à York, un laïc, Paul Edy, propose le vote d’une motion en faveur de la conversion des musulmans. Selon ce fidèle anglican, dont l’agence Apic rapporte les propos, « les musulmans attendent de nous, si nous sommes des chrétiens authentiques, que nous essayions de les évangéliser, de la même façon qu'ils attendent de nous, s'ils sont de vrais musulmans, que nous adoptions leur foi».

Sur les ondes de BBC Radio Four, il regrette que son Église « manque de nerf », qu'elle a perdu son énergie et ne « fait pas ce que la Bible dit », en rappelant que le christianisme, comme l'islam, sont des religions «missionnaires» :
« Pendant des années, nous avons envoyé des missionnaires à travers le monde entier, mais quand nous avons le privilège d'avoir des gens de toutes les nations sur le pas de notre porte, nous avons la responsabilité, comme Église d'État, de partager l'Évangile de Jésus Christ. »
Pour Eddy, membre de la mouvance évangélique des anglicans, les musulmans attendent des chrétiens qu'ils proclament leur foi et non pas qu'ils l'affadissent : «Tant que nous ne commençons pas à affirmer ce en quoi nous croyons vraiment, il n'y aura pas de respect de leur part. ». Ce respect en effet est loin d’être acquis dans les pays musulmans (cf. ci-dessous).


Islam et délit de chrétienté

Quatre jeunes Algériens convertis au christianisme ont été condamnés mardi à des peines de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Tiaret, tandis que deux autres prévenus (qui ont nié toute appartenance à la religion chrétienne) ont été relaxés. Interpellés alors qu'ils sortaient de chez l'un d'entre eux après un office religieux, ils étaient jugés pour "offense à l'Islam, pratique de culte non musulman sans autorisation et distribution de livres chrétiens".

Le même tribunal a décidé le 27 mai de reporter son verdict dans le procès d'Habiba Kouider, accusée de "pratiquer un culte non-musulman sans autorisation" : cette chrétienne de 37 ans avait été interceptée par des gendarmes le 29 mars en possession de bibles et d'évangiles. Lors de son procès le 20 mai, le procureur avait rappelé que "l'islam est religion d'État" avant de requérir trois ans de prison ferme. Son avocate avait plaidé "la liberté de conscience garantie par la Constitution" et demandé la relaxe de sa cliente.

Depuis février 2006 l’exercice d’un culte est conditionné à l’obtention d’une autorisation en Algérie, mais le président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme, Ghechir Boudjema, considère qu'"Habiba n'a rien commis d'interdit ; dans la loi algérienne, il n'y aucun texte qui sanctionne une personne qui ait en sa possession un livre sacré, la Bible, le Coran ou autre chose".

Benjamin Stora, directeur scientifique de l'Institut Maghreb-Europe à Paris VIII et spécialiste de l'Algérie, avance plusieurs hypothèses pour expliquer ces évènements inquiétants :
  • des luttes de pouvoir au sommet de l'État, où les partisans d'un islamisme radical essaieraient d'accroître leur influence ;
  • la pression d'États islamiques du Moyen-Orient et notamment des Emirats qui financent de nombreux chantiers en Algérie ;
  • une tentative de diversion, dans ce pays où la jeunesse est en proie à un profond désarroi matériel et psychologique (chômage, désir de départ…) : les 11 000 chrétiens seraient devenus des "boucs émissaires".
En république islamique d'Iran, onze musulmans convertis au christianisme ont été arrêtés au mois de mai, et certains sont encore en prison. Plusieurs exécutions ont déjà eu lieu ces dernières années, dans ce pays où la loi considère l'apostasie (pour celui qui quitte l'Islam) comme un crime capital. [Sources : AP, Le Figaro, Radio Vatican, catholic.org].


UE : la patience des Turcs a des limites

La Turquie déclare ne pas vouloir attendre plus de cinq ans pour adhérer à l'Union européenne. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, a déclaré, lundi, à l’Agence IRIB que le gouvernement d'Ankara poursuivrait ses efforts pour adhérer à l'Union européenne jusqu’en 2013, mais qu'il y renoncerait après ce délai, si l'Europe rejetait encore sa demande d'adhésion. Il a ajouté que des négociations inutiles sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne risqueraient de décevoir les dirigeants et l'opinion publique de la Turquie.

C’est il y a dix-sept ans que la Turquie a fait sa demande. Depuis, les pays membres de l'Union ne sont pas arrivés à se mettre d'accord sur cette perspective. Cette déclaration en forme d’ultimatum réjouira Paris, pratiquement seule capitale européenne à être officiellement opposée à l’adhésion pleine et entière de la Turquie. Au-delà de la pression qu’exerce Ankara, tout se passe comme si les Turcs et les partenaires européens cherchaient à sortir de cette impasse sans porter le chapeau de la rupture.


Europe : le spectre du grain de sable irlandais

Un sondage indique que les partisans du non au référendum de ratification du nouveau traité européen sont majoritaires. Un rejet le 12 juin rendrait le texte de Lisbonne inapplicable. Un sondage publié par l'Irish Times montre que pour la première fois depuis le début de la campagne, le camp du non arrive en tête : 35% contre 30% pour celui du oui.

Sept ans après un premier rejet du traité de Nice, les Irlandais menacent à nouveau de plonger l’Union européenne dans la crise. Les opposants au traité ont su rallier une partie des indécis qui étaient 40% à la mi-mai. En trois semaines, leur progression a bondi de 17 points, dépassant nettement les partisans du oui. Mais contrairement au peu glorieux épisode de 2002, où les Irlandais avaient été invités à revoter pour effacer le non de 2001, le gouvernement a prévenu qu’ «il n'y aura pas de second référendum», en cas de rejet du traité le 12 juin.

Après le rejet du projet de traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, les gouvernements européens avaient tous écarté l’hypothèse d’un nouveau recours à la consultation populaire pour ratifier le traité de Lisbonne. Tenus par leur Constitution, les Irlandais ne pouvaient pas s’y soustraire.

Si les Irlandais rejettent Lisbonne, le traité dit « simplifié » ne pourra pas entrer en vigueur le 1er janvier prochain. Et le traité de Nice s'appliquera toujours… avec ses défauts. Faudra-t-il que les Européens soient écoutés pour qu’on sorte de l’impasse du centralisme bruxellois, que manifestement les peuples digèrent toujours aussi mal ? Les résistances nationales sont-elles plus fortes que l’irréversibilité du constructivisme européen ?




ÉGLISE


Révolution pacifique au Vietnam

Les manifestations publiques de catholiques se multiplient au Vietnam. Le gouvernement lâche du lest, mais le Saint-Siège suit avec vigilance le dossier. Depuis plusieurs semaines, des évêques, des prêtres, des religieuses et des fidèles descendent dans la rue à Hanoi et dans d'autres villes du Vietnam. Selon Chiesa.espresso.it, ils réclament les bâtiments et les terrains que l'État leur a confisqués. Avec des croix et des chapelets pour seules armes.

Au Nord, les confiscations remontent aux années cinquante. Au Sud, elles ont débuté en 1975 avec la prise de Saigon. Les catholiques demandent en particulier que le bâtiment, réquisitionné en 1959, qui abritait autrefois la délégation apostolique à Hanoi, à côté de l’archevêché et de la cathédrale Saint-Joseph soit rendu à l’Église. Le 15 décembre dernier, l’archevêque de Hanoi, Joseph Ngô Quan Kiêt, a demandé officiellement sa restitution. Il a invité les fidèles à prier dans ce but.

Depuis cette date, tous les soirs des fidèles se réunissent devant la grille de l’ancienne nonciature, en priant et en apportant des fleurs et des bougies. Ils étaient 5 000 la nuit de Noël. Devant cette mobilisation pacifique, le 30 décembre, le chef du gouvernement, Nguyên Tân Dungest, est venu sur les lieux, et rencontré l’archevêque. Mais le mouvement ne s’est pas arrêté, il a gagné d’autres régions. Sandro Magister rapporte les informations suivantes :
« Le 6 janvier, fête de l’Épiphanie, les paroissiens de la paroisse de Thai Ha, à Hanoi, ont commencé à manifester pour demander la restitution de terrains et de bâtiments confisqués et occupés par différents organismes du gouvernement ainsi que par une usine. Les prêtres qui desservaient la paroisse sont morts en prison.

Le 12 janvier, à Hô Chi Minh Ville, des milliers de fidèles sont descendus dans la rue pour une veillée, en solidarité avec ceux de Hanoi. Dans son message, le supérieur des rédemptoristes, le père Joseph Cao Dinh Tri, s’est appuyé sur la directive 379/TTG qui oblige les autorités à restituer à leurs propriétaires les biens et les terrains qui leur ont été confisqués, dès lors qu’ils ne sont plus absolument nécessaires au gouvernement. En outre, il a rappelé l’ordonnance PL-UBTVQH11 de 2004 qui affirme : “La propriété légale des sites d’intérêt religieux est protégée par la loi: toute violation est interdite”. »
Parallèlement, dans la ville de Ha Dong, située à une quarantaine de kilomètres au sud de Hanoi, les fidèles ont manifesté pacifiquement pour la restitution d’un autre bâtiment paroissial.

Avec 6 millions de fidèles, 7 % de la population, les catholiques forment au Vietnam une minorité nombreuse. La liberté religieuse y est extrêmement limitée. Le Saint-Siège n’est pas libre de nommer les nouveaux évêques. La pratique actuelle veut que Rome présente à chaque fois trois candidats et que les autorités vietnamiennes excluent ceux qui ne leur conviennent pas.

Une délégation du Saint-Siège se rendra d’ici peu au Vietnam pour une visite officielle, la quinzième depuis 1989. La précédente a eu lieu il y a un peu plus d’un an. Bien que le Vietnam comme la Chine et la Corée du Nord n’entretient pas de relations diplomatiques avec le Saint Siège, le Premier ministre vietnamien Nguyên Tân Dung a rencontré le pape et les dirigeants de la secrétairerie d’État le 25 janvier 2007. Ce dialogue persévérant laisse penser que la situation peut encore évoluer de manière positive au Vietnam. C’est ce que croient les diplomates du saint-Siège qui plaident la patience, non sans succès.

Le 27 février, à l’occasion de la réunion du Comité d’union des catholiques, qui fait partie du Front patriotique, le responsable du Front pour les affaires religieuses, Trân Dinh Phung, a assuré que « le gouvernement ne pourra pas ignorer la demande légitime de restitution du bâtiment de l’ancienne nonciature. Il a félicité le Vatican d’avoir mis fin aux manifestations qui risquaient de dégénérer ». Enfin le 15 avril, le gouvernement vietnamien a annoncé la restitution d’un autre terrain exproprié, autour de la basilique de Le Vang, le principal sanctuaire marial du Vietnam. La visite de la délégation du Vatican à Hanoi est une nouvelle source d’espérance pour les catholiques du Vietnam.


Italie : l’Église assume sa présence publique

À l’issue de la 58e assemblée plénière de la conférence plénière des évêques italiens, le cardinal Bagnasco, président de la CEI, a évoqué les tensions entre l’Église et la société, notamment à propos des médias et de l’école. Le cardinal demande « que les médias informent correctement » sur ce que disent les évêques et l'Église : « Il est vrai », reconnaît-il, que « résumer une encyclique en un article est difficile », mais ajoute qu’« on ne peut accepter les a priori (“précompréhensions”) des journalistes ».

Il constate que dans les faits, deux logiques s’opposent :
« Il y a, d'un point de vue culturel, deux humanismes différents : un humanisme d'obédience personnaliste où la conception est essentiellement relationnelle, et un humanisme plus individualiste, où la personne est une île parmi les îles… Mais je pense, que toutes les forces en action s'inspirent de plus en plus d'une conception selon laquelle la valeur de la relation devient source d'inspiration et facteur de décisions concrètes. Je ne crois absolument pas au danger d'une “religion civile” ».
Pour lui l’Église ne pratique « aucune forme et volonté d'ingérences dans les choses publiques. Les évêques exercent tout simplement leur magistère sur des thèmes d'éthique. Pour comprendre cela, il faut que les faits soient rapportés de manière sereine et objective ».

À propos de l’école, le cardinal a rappelé que le soutien invoqué par le pape pour les établissements catholiques ne violait en rien les normes constitutionnelles : « En Italie, le système d'éducation actuel prévoit l'école publique » et non plus « la séparation entre école d'État et école privée. » L'école publique peut dépendre de l'État ou être privée et reconnue par l'État, mais toujours présente dans l'organisation scolaire nationale dont l'État est garant :
« Ainsi, si toutes les écoles qui font partie de ce cadre scolaire offrent du service public, il n'est pas correct pour les instituts qui respectent ces règles (et c'est la grande majorité), d'être rangées dans la catégorie des “écoles privées”, leur ôtant ainsi tout soutien public. Nous souhaitons que soit reconnue aux parents la liberté d'éduquer leurs enfants, c'est-à-dire qu'on leur reconnaisse le droit d'offrir à leurs enfants la forme d'éducation qu'ils jugent la plus appropriée, […] un droit devoir que personne ne peut remplacer ».
En ce qui concerne la situation politique actuelle, le cardinal Bagnasco a dit suivre attentivement l'action du gouvernement : « Nous regardons les fruits, et les bons fruits peuvent venir de tous les côtés » [source : Zenit, 3 juin].



Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain,
avec Anne-Laure Le Borgne.




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