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Décryptage

Sanctionner la polygamie

2 Juillet 2010 | Sabine Lecoeur

« Clef de voûte de la civilisation juridique européenne » (J. Carbonnier), le mariage monogamique est de plus en plus secoué par l'évolution des moeurs et de la population : polygamie militante ou traditionnelle, concubinages, libertinage... Face à ces multiples « états polygames », le droit français est-il dépassé ? impuissant ? L’affaire Liès Hebbadj, du nom de ce musulman nantais mis en examen le 9 juin pour fraude aux aides sociales, a relancé la question.

L’interdiction de nouvelles unions polygames à Mayotte, du fait de l’ordonnance du 3 juin 2010, constitue certes une avancée majeure dans le processus de départementalisation de l’île. Mais en métropole, le problème reste entier : et le souhait de M. Hortefeux de sanctionner la « polygamie de fait » n’est encore qu’une invitation à comprendre et agir…

La polygamie ne doit plus être une question taboue…

Manque de volonté des pouvoirs publics ou difficulté à maîtriser la situation? Il est impossible de connaître la réalité de la polygamie en France. Elle concernerait entre 16 et 20 000 familles, soit 200 000 personnes, selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme, mais seulement 8 000 familles, d’après l’INED, soit 90 000 personnes [1].

Et pourtant, il n’est plus question d’être passif. Refuser d’agir, c’est accepter :

  • les atteintes à la dignité de la femme, et au principe d’égalité des époux dans le mariage, consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans son article 16. Principe d’ailleurs reconnu par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 11 juillet 2003 ;
  • des conséquences sur l’équilibre et l’épanouissement des enfants de familles polygames : enfants brusquement séparés de leur mère — parfois rentrée sur injonction du mari après la loi de 1993 — fratries divisées entre la France et l’étranger, huit clos tendus entre épouses dans des logements exigus... ;
  • des conséquences désastreuses sur les finances publiques , tant en termes de coût de décohabitation, que de fraudes aux aides sociales, dont peuvent bénéficier les conjointes polygames non mariées civilement, en tant que « parent isolé ».


…ni faire l’objet d’aucun militantisme

Le Coran ne prône pas la polygamie. Il la tolère dans la mesure où l’homme se sent capable et s’engage à être équitable envers chacune de ses épouses (cf. sourate 4 [2]). Or un autre verset (4.129) insiste sur l’impossibilité d’être juste : « Vous ne pourrez de toutes façons être équitable envers vos épouses quand bien même vous le souhaiteriez ardemment. »

Par ailleurs le fait d’avoir des maîtresses n’est pas toléré par l’islam — contrairement à ce que l’on a pu entendre dire par Liès Hebbadj, dont les propos ont été fermement condamnés par le Conseil français du culte musulman.

Veiller, dans la mesure du possible, à une meilleure application du droit existant

  • Chaque mariage religieux ou coutumier doit être précédé d’un mariage civil. Le Code pénal prévoit à ce titre, que « tout ministre du culte qui procédera, de manière habituelle, aux cérémonies religieuses de mariage sans que ne lui ait été justifié l’acte de mariage préalablement reçu par les officiers de l’état civil sera puni de six mois d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende » (art. 433-1). Dans un échange publié au Journal Officiel, le ministère de la Justice a clarifié le champ d’application de cet article : il « s’applique à tous les cultes, sans aucune distinction, et quelle que soit la forme que puisse prendre la cérémonie religieuse » (4/10/2007).
  • L’«assimilation à la communauté française » conditionne la naturalisation. Or la « situation effective de la polygamie du conjoint étranger […] (est) constitutive du défaut d’assimilation » (art. 21.4 du Code civil). Elle fait donc obstacle à l’acquisition de la nationalité française (art. 433-20 du Code pénal) et peut entraîner, entre autres, l’application d’une procédure de retrait en cas de naturalisation obtenue par mensonge ou par fraude.


Faut-il insérer une nouvelle définition de l’état de polygamie dans le Code civil ?

C’est ce que suggère la proposition de loi enregistrée au Sénat le 26 mai 2010, qui a le mérite de dresser un constat lucide des limites du droit et des situations existantes.

  • L’actuelle interdiction de la bigamie, à l’art. 147 du Code civil, ne prend pas en compte les multiples « états de polygamie » autres que des mariages civils simultanés.
  • La loi de 1993, qui conditionne l’octroi et le renouvellement d’un titre de séjour à la renonciation par l’étranger de la vie « en état de polygamie », a généré des situations épineuses pour les familles, et les femmes, arrivées parfois clandestinement.


Il paraît donc efficace d’élargir le champ d’application de l’article 147, et de reconnaître les effets civils des mariages religieux et coutumiers, à l’égard des époux et des enfants.

Cependant, on peut s’interroger sur la pertinence d’une nouvelle loi, et de certaines dispositions envisagées. L’apparition d’un nouveau « délit de vie en état de polygamie » passible de 5000 euros d'amende, ne risque-t-il pas de générer des condamnations pénales à deux vitesses ? Le délit de bigamie est actuellement passible d’un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (art. 433-20 du Code pénal)…

« Sanctuariser la famille »

Pour la journaliste égyptienne Hayam Dorbek, créatrice de l’association de défense de la polygamie Tayssir, la polygamie serait une solution au travail de la femme, à l’inégal partage des tâches, et à « l’immoralité et l’adultère qui dominent dans les sociétés occidentales». Anecdotique, ce cas n’en est pas moins révélateur : la polygamie viendrait couronner les dérives successives de notre société.

Plutôt que de céder à la « facilité » — c’est le sens du terme Tayssir — et à ces dérives, le retour officiel aux normes sociales du mariage européen servirait davantage le bien commun, sans parler celui des femmes et des enfants eux-mêmes. La meilleure lutte contre la polygamie, c’est la promotion du mariage. Pourquoi ne pas « sanctuariser la famille » [3], et inscrire dans la Constitution, la protection, par l’État, de la cellule familiale composée d’un père, d’une mère et d’éventuels enfants ?



[1] Source : Institut Montaigne.
[2] Cf. Sourate 4, verset 3 : « Si vous craignez d’être injustes pour les orphelins, épousez des femmes qui vous plaisent. Ayez-en deux, trois, ou quatre, mais si vous craignez d’être injustes, une seule, ou bien des esclaves de peur d’être injustes. »
[2] Cf. 12 mesures pour 2012, François Billot de Lochner (Ed. F.-X. de Guibert, 2010).





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Commentaires (7)

wongo (02/07/2010): Le problème, Mayotte n'est pas une île française. Selon la résolution onusienne 3385 (XXX) Mayotte fait partie des Comores.
Un polygame mahorais peut bien saisir les tribunaux internationaux pour défendre sa polygamie en tant que comorien car aux Comores la polygamie n'est pas interdite
Claudia Garderet (03/07/2010): pour lutter efficacement contre la polygamie, je ne vois que deux remèdes : la proclamation de la dignité de la femme, dignité égale à celle de l'homme, et la restauration du délit d'adultère.
Xavier (03/07/2010): Du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Pour tenter de former un jugement objectif, ci-dessous le début de l'article Wikipédia sur Mayotte, et la résolution 3385 de l'ONU citée par Wongo:

[Wikipédia]: "Mayotte est un archipel de l'océan Indien formant une collectivité d'outre-mer française. Elle fait partie de l'archipel des Comores, au nord-ouest de Madagascar.

Bien que son statut ait été plusieurs fois contesté par les Comores, les Nations unies et l'Union africaine, les Mahorais se sont prononcés à 72,94 % en sa faveur le 2 juillet 2000. Suite à la consultation référendaire de la population du 29 mars 2009 (95,2 % de votes favorables), elle deviendra en 2011 un département d'outre-mer de la République française régi par l'article 73 de la Constitution [3]. Son code INSEE est 97-6 [4].

[Résolution 3385 (XXX) de l'ONU, datée du 12 novembre 1975]:
" L'Assemblée générale,
Ayant reçu la communication du Conseil de sécurité, en date du 17 octobre 1975, recommandant l'admission des Comores à l'ONU,
Ayant examiné la demande d'admission des Comores,
Réaffirmant la nécessité de respecter l'unité et l'intégrité territoriale de l'archipel des Comores, composé des îles d'Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli, comme le soulignent la résolution 3291 (XXIX) du 13 décembre 1974 et d'autres résolutions de l'Assemblée générale,
Décide d'admettre les Comores à l'ONU.
2402e séance plénière
12 novembre 1975 "
Blaise (05/07/2010): Effectivement, comme vous le remarquez avec pertinence, « La meilleure lutte contre la polygamie, c’est la promotion du mariage. » Le problème, c'est que celui-ci traverse une crise très grave. Il est même l'objet des redéfinitions les plus farfelues de la part des extrêmistes libéraux. Je ne vois pas de retournement de ces tendances avant longtemps. Quant à compter sur l'Etat... il ne faut pas rêver! L'Etat pourrait se révéler dans un avenir proche l'ennemi le plus implacable de la cellule familiale : d'autres pays en ont déjà fait la cruelle expérience.
zorglub (05/07/2010): Le problème c'est que l'actuelle société française ou plus largement, libérale occidentale, est mal placée pour juger de la polygamie. Elle est même désarmée.
Son indignation face à des faits de polygamie ne repose t-elle pas en fait sur un vieux reste de christianisme, de morale naturelle, un vieux fond de conscience ?
Car le Libéralisme, lui, est fait pour reconnaître un "droit à la polygamie" puisqu'il ne reconnaît que le droit de l'individu qu'il confond avec le désir individuel, ce droit pouvant s'exprimer tant qu'il y a consentement ou indifférence des autres ("la liberté consiste à …" cf DDHC).
Pour cette société, si les femmes sont d'accord, il n'y a plus rien à dire. Le Libéralisme méconnaît l'exigence morale. Sa morale, c'est ce qu'on fait, l'usage. (C'est très petit-bourgeois !)

L'actuelle société libérale occidentale, promeut l'idée que le concubinage et le vagabondage sexuel sont des choses normales, naturelles et que l'engagement, dans la mesure où il relève d'une démarche, fait justement que le mariage n'est pas naturel à l'homme. Pour le Libéralisme, l'homme libre c'est celui qui se laisse filer, porter par les événements.


La société libérale occidentale s'indigne de la polygamie parce que :

1/ plusieurs femmes pour un homme cela montre l'inégalité des sexes (et là nous sommes d'accord) ; mais Pour le Libéralisme, en théorie, il suffirait d'appliquer la polyandrie parallèlement à la polygamie, les femmes ayant alors les mêmes droits que les hommes, le Libéralisme n'aurait plus rien à dire !

2/ comment peut-on s'engager envers plusieurs personnes à la fois ? Ici, c'est le "à la fois" qui semble l'indigner :car le divorce facile, d'une certaine façon, crée une polygamie mais successive.
Le divorce quasi à volonté a cassé le sens de l'engagement et créé le mariage-contrat, le mariage-CDD. Il y a désormais l'union-abonnement avec le PACs puisqu'on peut y mettre fin à volonté par lettre recommandée.
Un divorcé multiple et une personne ayant vécu plusieurs concubinages successifs vivent dans des situations légales ou non illégales; les enfants nés de ces situations ont tous droit à des allocations, leurs parents divorcés ont droit chacun à des logements qui permettent de les accueillir, etc
Cela coûte-il plus cher qu'un polygame ?

Imaginons un polygame et un homme qui ait plusieurs maîtresses à la fois : notre société condamne l'un mais pas l'autre. Sur quels critères peut-elle se fonder ? Elle est désarmée !

Si la société libérale occidentale condamne la polygamie, est-ce pour une raison morale ? Pas vraiment. C'est parce que ça coûte de l'argent (allocations). Tous les discours que nous entendons reposent sur cet argument !

Polygamie, concubinage successif, vagabondage sexuel, la différence tient au fait que la légalisation de la polygamie accentuerait la dérive vers de telles situations alors qu'actuellement la société fait au mieux avec des situations de fait. Cependant, le mieux consisterait effectivement à avoir une politique de promotion de la famille, et du mariage qui la fonde, la protège.
le chat triste (08/07/2010): Maman divorcée d'un mari qui, n'ayant pas de repères moraux n'a donc pas su les transmettre à ses enfants, je vois ceux-ci, l'un après l'autre, en dépit de mes objurations et de mes prières, faire leur malheur en suivant la mode du relativisme ambiant.

L'aîné a un enfant conçu hors mariage. Cet enfant ne voit jamais son père. Vivant en "couple" depuis quelques temps avec une autre femme que la mère de son enfant, mon fils refuse de s'engager dans le mariage avec sa compagne.

La seconde est revenue à la maison enceinte d'un garçon qui a tenté de la faire avorter de force, qui buvait et se droguait. Son bébé, lui aussi, grandit sans père. La leçon n'ayant pas suffit, ma fille, sous l'influence du plus grand nombre qui lui serine qu'il faut "s'essayer" avant de s'engager, se prépare à un second concubinage qui ne peut que mal finir vu le choix du concubin et par le fait même que rien de solide ne se construit sur le sable de ces relations exclusivement sentimentales et physiques. Espérons seulement que le bébé issu du premier concubinage ne paiera pas trop cher les "vagabondages" de sa mère.

Et la cadette vient de partir aussi "vivre en couple" car son ami soutient qu'il faut "faire comme tout le monde aujourd'hui" et "qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien"... De peur de le perdre, parce qu'elle a un cœur trop tendre et qu'il a su lui inspirer de la compassion, elle a cédé.

Au milieu de ce champ de ruines où plus rien ne ressemble à une famille où il fait bon s'aimer, je pleure et je prie.

J'ai parfois envie de hurler ma colère d'une société qui pourrit notre jeunesse, la ravalant au rang des chiens qui s'accouplent au bord des routes, se quittant pour prendre un peu plus loin un autre partenaire, et encore, et encore, tant que dure la saison des "amours". Je voudrais appeler au secours mais le cri qui sort de mon cœur est muet. Qui d'ailleurs l'entendrait dans le bruit assourdissant des télés, des portables, des "hellfest" et de tous ces discours libertaires ?

Notre société ressemble de plus en plus à la Rome de la décadence. Nous sommes un petit nombre à lutter contre le tsunami qui menace de tout emporter. "Liberté Politique" est du nombre. Merci à ceux qui la font vivre.

Mais j'ai parfois l'impression que notre civilisation chrétienne va finir engloutie sous les assauts conjoints du démon (pas fou, il s'attaque aux maillons les plus faibles, à savoir nos jeunes) et d'un islam qui rêve d'autant plus de revanche (vengeance serait peut-être plus approprié) qu'il sent que l'Occident est très affaibli par son laxisme, ses luttes internes, sa folie consumériste et la perte des valeurs qui ont fait sa force.

Pour moi, le dernier et le seul rempart contre l'anéantissement est la prière. Et je redis avec le psalmiste : "Seigneur, jusques à quand toléreras-Tu les rires des impies, les offenses à Ta gloire" et j'ajoute "et la perte de Tes enfants".

Je livre ce témoignage plein de chagrin et de colère pour que ceux qui penseraient que l'usage d'une liberté débridée conduit au bonheur puissent s'assurer qu'il n'engendre que du malheur.
Cedill (12/07/2010): L'église catholique ne dit plus la vérité ! Je suis un divorcé remarié après des années d'infidélité de ma première épouse : excédé au bout d'un moment, j'en ai parlé à notre confesseur : cela a duré des années avant qu'il ne se rendent compte de la situation (mais en fait j'étais aveugle : ce prêtre a aussi couché avec mon ex-épouse). Puis à commencer par ma paroisse, j'ai été rejeté, traité de "fou" qu'il fallait interner (un psychiâtre catholique a même été pressenti pour valider ma folie !) ce qu'il a tenté de faire mais heureusement, des amis protestants (JE BENIS DIEU POUR LE SCHISME !!!!!) m'ont protégé et je n'ai pas été interné ! Plusieurs maris vivent une telle situation.
..... 
Dois-je vous raconter la suite ? Aujourd'hui mon ex-épouse est une catéchiste "respectée", enseignant la loi de Dieu à vos enfants, prodiguant (et elle n'est pas la seule) des conforts sexuels à nos prêtres dont la tendance pédophile est mis à mal par la justice et la vérité qui n'a pas encore dit son dernier mot !

Beaucoup de laïc aussi m'ont condamné : alors quand je lis des articles de ce genre, écrit par des catholiques (prêtres ou laïcs) je me dis voilà encore un catho qui veut faire la leçon mais qui a surement déjà commis l'adultère quelque part ... je n'y crois plus ... seul l'islam viendra vous fouetter comme ils le méritent et l'islam est déjà aux portes ... Mesdames, préparez vos niquab !

Pour terminer : je jure solennellement par le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob ; je n'ai connu depuis mon premier mariage jusqu'à ce jour, que deux femmes : la première et la seconde ! aucun adultère !

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