Mgr Rey : “Élever la politique à la hauteur du temps long”

Le score de Marion Maréchal-Le Pen au premier tour des élections régionales attire tous les regards. Au cœur de sa région, le diocèse de Fréjus-Toulon. Interrogé par Samuel Pruvot pour Famille chrétienne, son évêque, Mgr Dominique Rey, revient sur les véritables enjeux de la politique en France.

[Famille chrétienne, 7/12/2015] — L’observatoire socio-politique du diocèse de Fréjus-Toulon rayonne sur la région Paca et au-delà en apportant une expertise catholique de la vie politique française. Que peut-on dire entre les deux tours des régionales ?

Dans le contact avec les politiques, je préconise le dialogue et la conviction. Le dialogue suppose de pouvoir débattre avec toutes les personnalités – non pas pour cautionner tel point de vue, mais pour faire émerger une vérité non partisane. La conviction relève des principes d’humanité de la doctrine sociale de l’Église.

En ce moment, dans le contexte médiatico-politique qui privilégie l’émotivité, les clivages, les lynchages, les récupérations, seule la promotion d’un langage de raison est à même de relever le débat. Je crois qu’il est grand temps de rétablir la noblesse de l’action politique. Elle doit viser la recherche du bien commun et la promotion d’un humanisme ouvert à la transcendance. Je crois que le discrédit de la politique participe du délitement de la rationalité et de la perte de nos racines chrétiennes.

Mais l’Église doit-elle s’engager dans la bataille politique ? 

L’Église catholique fait de la politique dans la mesure où elle combat pour le respect de la dignité humaine, la protection des plus faibles, la promotion de la famille et de la vie. En même temps, l’Église doit se tenir à distance des discours politiciens. Son rôle n’est pas de canoniser telle ou telle formation politique, mais de créer les conditions pour que tous les partis puissent trouver des espaces d’échange et de réflexion.

Elle doit aider les chrétiens à s’engager en politique au quotidien. Elle doit aussi soutenir les hommes politiques, prier pour eux, les aider à se former. Comment l’Église peut-elle faire valoir son merveilleux héritage séculaire et mettre à disposition de tous son expertise ? Cela est plus que jamais indispensable.

Comment sortir du désaveu profond des Français pour la politique et les politiciens ? 

C’est vrai, les grandes utopies politiques sont mortes. La politique sombre dans le management à court terme. Notre société traverse une crise économique profonde qui est en même temps une crise civilisationnelle, morale et spirituelle, une crise d’identité. Tout cela provoque un grand désarroi dans l’opinion publique.

Au fond, on ne sait plus s’élever à la hauteur du temps long. On fait moins aujourd’hui de la politique que de la gestion, du gouvernement que de la gouvernance. Cette dérive favorise une tendance au repli frileux et au populisme.

Que faut-il entendre au juste par populisme ?

Le populisme joue sur les peurs : sur la peur de l’étranger ou l’angoisse du lendemain. Il y a la tentation d’un enfermement en soi. Ce que nous dénonçons dans l’individualisme peut se retrouver aussi dans le nationalisme. Le grand enjeu concerne l’identité. Comment accepter d’être soi-même – assumer son histoire, ses racines – sans pour autant se fermer aux autres.

L’identité est aujourd’hui une question fondatrice. Il faut éviter les discours communautaristes et identitaires, mais aussi les discours mondialistes où tous les individus sont déracinés et privés de leurs attaches. Il faut trouver une troisième voie, c’est-à-dire une identité qui assume un héritage et le porter jusqu’aux périphéries.

 

 

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