A Dieu à Jean Paul II, bienvenue à Benoît XVI
Article rédigé par La Fondation de service politique, le 24 septembre 2008

TRES SAINT-PERE JEAN PAUL, permettez-nous de vous dire merci, simplement " merci ". Grand merci, Saint-Père, vous qui venez de nous quitter physiquement pour monter auprès de Dieu, pour tout ce que vous avez apporté à l'Église et au monde.

Merci d'avoir voulu rester proche de nous avec tout votre amour jusqu'au bout de vos forces. Merci d'avoir témoigné par vous-même de la dignité de toute vie humaine, jusque dans le sacrifice de l'extrême souffrance.

Vous êtes venu nous rapporter le don inestimable de la foi, de l'espérance et de la charité, à nous Français, enfants de cette Fille aînée de l'Église qui ne s'est pas encore tout à fait remise de la crise d'adolescence qu'elle a faite au début du XVIIIe siècle, à l'aube de l'époque des Lumières, où elle aspirait à une justice trop abstraite, tout en travaillant à une Révolution qui aura dérapé dans la violence sanglante, et ouvert la voie à un culte sauvage du profit matériel, puis à d'autres formes de haine politique.

Vous avez été l'exécuteur testamentaire loyal du message d'amour laissé sur terre par Jésus-Christ : les fruits de ce travail, l'humanité les reconnaît à leurs bienfaits. Croyants comme incroyants sont venus du monde entier, par millions, vous rendre hommage, à vous qui avez franchi le seuil de la mort dans une admirable sérénité.

 

Vous avez secoué l'asservissement matérialiste

 

Très Saint-Père, vous avez ébranlé deux murs redoutables, le Mur de Berlin et le mur d'argent qui sépare Nord et Sud de la planète. Vous avez glissé un message prophétique de réconciliation dans un autre mur, vénérable celui-là, à Jérusalem. Et vous avez commencé à combler le fossé inadmissible qui sépare les chrétiens issus de Rome et les chrétiens héritiers de Byzance. Votre voix puissante de grand témoin de la foi a fait trébucher le mur de Berlin, qui maintenait des peuples entiers prisonniers du communisme depuis des décennies. Vous avez permis une nouvelle traversée de la Mer Rouge qui a fait échapper ces peuples aux pharaons totalitaires du XXe siècle voué à un athéisme implacable et déshumanisant. Vous avez vaincu cette persécution par les armes les plus efficaces, celles de la paix et de la conciliation fraternelle, et celles de la vérité qui rend libre.

En outre, Très Saint-Père, vous n'avez pas craint d'opposer une autre résistance spirituelle, vis-à-vis d'un Occident gagné au matérialisme pratique, un mur d'argent et d'hédonisme myope, plus redoutable que l'athéisme théorique marxiste de l'Est soviétique lézardé. Vous avez dénoncé le fléau lugubre d'une " culture de mort " qui menace les êtres les plus faibles, que ce soient les enfants à naître dans le sein de leur mère, les vieillards très âgés et fragiles, les grands malades et aussi les pauvres les plus démunis, les Sans domicile fixe, c'est-à-dire des " Sans domicile familial ", les exclus qu'une société " moderne " a rejetés.

La racine du drame du monde occidental stérilisé par le matérialisme pratique consiste en une anorexie spirituelle, qui empêche les gens d'étancher la soif de leur âme, sinon par des ersatz illusoires de religiosités factices. Cette insidieuse maladie matérialiste asservit peu à peu chaque homme à la partie la plus basse de sa personnalité. L'image " moderne " véhicule trop souvent la dictature anesthésiante d'une " communication " de masse misant sur la manipulation des instincts, sexualité ravalée à la bestialité ou culte de l'argent facile. Le mot prémonitoire de Soljenitsyne se vérifie cruellement : " On asservit plus facilement les peuples avec la pornographie qu'avec des miradors ", disait ce grand écrivain rescapé du Goulag, qui exprimait ainsi sa double expérience de l'Est soviétique et de l'Occident hédoniste.

Dorénavant, cette oligarchie du grand cirque médiatique ne demande plus à des masses abruties qu'à dire " Oui ", oui à tout et à n'importe quoi, sous le signe d'une démagogie despotique. On provoque ainsi l'assoupissement des consciences, auxquelles on ne laisse plus que le droit d'acquiescer mollement à leur enchaînement invisible mais trop réel, en particulier dans une Europe technocratique sans âme qui renie ses racines chrétiennes.

C'est cela aussi que vous avez dénoncé, Saint-Père, en appelant à un réveil de la " civilisation de la vie " contre les drogues mortifères de l'irresponsabilité organisée en système, et contre le mépris de l'homme qui va jusqu'à tuer les innocents, depuis les enfants à naître jusqu'aux vieillards jugés inutiles à une société sans âme et sans mémoire.

Les puissants de ce monde sont venus se recueillir ou faire acte de présence devant votre corps, ces puissants de ce monde, même ceux qui avaient prêté la main à la " culture de mort " abortive et tueuse de vieillards ou de malades hâtivement déclarés incurables. Même ceux qui ont déclenché des guerres absurdes, faisant couler le sang d'êtres innocents, ou les fauteurs de scandales publics.

Cependant, la plupart des gens qui sont venus prier auprès de vous après votre départ vers Dieu étaient des jeunes : ils venaient pleurer un père. Un père qui ne les oubliait pas et qui les aimait. Ils venaient pleurer l'Amour incarné au cœur même d'un monde gagné par la haine ou par un égoïsme méprisant. Ils venaient se recueillir dans un monde qui aspire encore sourdement à cette Civilisation de l'Amour qui jaillira un jour au grand air comme une source d'eau pure, d'eau vive. Cette civilisation du Bien, du Beau et du Vrai, ce monde de paix et de liberté intérieure que toute une jeunesse attend avec une sorte de " nostalgie du futur ", pour reprendre l'expression sublime du cardinal Newman.

 

Vous avez uni les hommes

 

C'est un message de compassion fraternelle que vous avez glissé dans un autre mur, vénérable celui-là, à Jérusalem, le Mur des Lamentations du peuple juif, premier dépositaire de l'Ancien Testament, fondement prophétique du Nouveau Testament de Jésus-Christ. Vous avez purifié la conscience de l'Église de toute trace de jalousie antijudaïque, et indiqué au monde la sagesse du renoncement à tout antisémitisme. Ce faisant, vous montriez à certains juifs la possibilité de renoncer à toute jalousie antichrétienne.

Vous vous êtes aussi adressé au monde musulman, au Maroc et en Syrie, à Sarajevo et à Beyrouth, pour conjurer la violence, et pour appeler au dialogue fraternel les hommes de bonne volonté.

Vous avez dénoncé le terrorisme, en lui enlevant à la racine toute possibilité de justification par des prétextes faussement religieux. Vous l'avez dénoncé en un lieu fortement symbolique et à une date-clé de l'histoire du monde : c'est au cœur de l'ex-République soviétique du Kazakhstan, en Asie centrale, à mi-chemin entre la Russie, la Chine et le Nord du monde islamique, que vous avez stigmatisé, juste après le 11 septembre 2001, toute tentation d'utiliser quelque religion que ce soit pour organiser la violence guerrière au détriment d'innocents. Vous parliez au cœur d'un pays qui avait été naguère un immense Goulag comme celui de Sibérie, une capitale de la souffrance.

Et puis, à travers les décombres encore dangereux du communisme d'Europe de l'Est, vous avez consacré les dernières forces de votre vie héroïque à combler le fossé d'incompréhension, voire de mésentente, avec nos frères séparés orthodoxes, chrétiens d'Orient descendants de Byzance.

Vous avez imploré la réconciliation successivement en Roumanie, en Géorgie, en Grèce, en Ukraine, au Kazakhstan et en Bulgarie. Ainsi, même si vous n'avez pu vous rendre à Moscou, du fait de la terrible réticence d'interlocuteurs enlisés dans un passé tragique, vous êtes allé chercher la réconciliation entre frères séparés aux sources du christianisme orthodoxe, à Kiev et à Sofia. A Kiev, à deux pas du Dniepr, le fleuve où le prince Vladimir fit baptiser son peuple en 988. Et à Sofia, sur les premières terres évangélisées par saint Cyrille et saint Méthode.

Et quand vous avez quitté, épuisé mais heureux, le sol bulgare, le jeune ministre des Affaires étrangères de ce pays, Solomon Passy, un intellectuel juif, s'est exclamé devant toute la presse : " Cet homme nous a donné une leçon de courage et de force d'âme. Il a apporté un message libérateur et purificateur à toute une génération. "

Pour cela aussi, merci, Saint-Père !

 

Vous avez libéré la vérité

 

Saint-Père, vous avez laissé un enseignement magistral pour la génération JMJ et ses enfants.

Vous avez d'abord montré que l'homme est la route de l'Église de la miséricorde divine, et que l'Église du Christ est la route de l'homme sous le signe de la croix glorieuse et féconde.

Vous avez aussi expliqué combien le travail, s'il a trop été un moyen d'oppression de l'homme par les pharaons modernes et par les fabricants de Veaux d'or, peut rester néanmoins l'instrument du salut de l'humanité, dans la liberté d'entreprendre et dans le respect d'autrui.

Vous avez rappelé l'existence trop oubliée du Saint-Esprit, inspirateur de la vie, qui dispense le courage, redonne confiance, console et inspire les hommes.

Vous avez consacré votre mission à la Vierge Marie, Mère du Rédempteur, sous le signe de votre devise Totus Tuus, et elle vous a protégé avec toute sa sollicitude, notamment lors de l'attentat perpétré contre vous le 13 mai 1981.

Vous avez célébré l'" Évangile de la vie ", un manifeste contre le carcan étouffant de la " culture de mort " et contre les manipulations honteuses qui vont jusqu'à pervertir la démocratie en lui inoculant la dérive totalitaire des démagogues. Vous avez célébré aussi la " Splendeur de la Vérité ", une clarté qui délivre l'homme de l'erreur comme du mensonge.

Vous avez montré la nécessité de concilier la foi et la raison, les deux ailes nécessaires à l'élévation de l'esprit humain.

Vous avez rappelé le devoir de refaire l'unité des chrétiens pour répondre au vœu impératif du Christ, " afin que le monde croie ".

Et vous avez souligné maintes fois la nécessité de se nourrir de l'Eucharistie, aliment nécessaire aux âmes des fidèles.

 

Vous nous avez donné Benoît XVI

 

Ensuite, par la grâce du Saint-Esprit, l'assemblée des cardinaux a élu pour vous succéder le cardinal Ratzinger, votre fidèle compagnon de lutte depuis plus de vingt ans. Ce loyal serviteur de l'Église, réputé " conservateur " par des médias qui emploient des termes inadéquats sans signification précise et sans finalité spirituelle positive, aura été en réalité à la fois un novateur avisé à l'heure du concile Vatican II et un défenseur intrépide de la foi devant les dangereuses erreurs que des intellectuels irresponsables ont voulu faire entrer dans l'Église.

En vérité, il faut aujourd'hui souhaiter la bienvenue au pape Benoît XVI, Joseph Ratzinger, un pasteur d'une intelligence aiguë et d'un grand courage, très conscient des enjeux véritables de notre époque en proie à de multiples tempêtes mais habitée d'une espérance encore vive.

Dès l'homélie qu'il a prononcée le jour de son intronisation, place Saint-Pierre, Benoît XVI a su dire l'essentiel de sa mission, parlant des deux signes du pallium posé sur ses épaules et de l'anneau pontifical du pêcheur d'hommes. La laine d'agneau du pallium, nous explique Benoît XVI, consiste à " représenter la brebis perdue ou celle qui est malade et celle qui est faible, que le pasteur met sur ses épaules et qu'il conduit aux sources de la vie ", l'arrachant à la solitude brûlante du désert. À " de nombreuses formes de désert ", la pauvreté, l'abandon, la solitude, " l'amour détruit ", et " le désert du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l'homme ".

 

Bienvenue à vous, Benoît XVI

 

Bienvenue à vous, Pape Benoît XVI, Saint-Père, qui nous avertissez que " les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands ", et qu'ils ont ouvert des voies redoutables aux " puissances de l'exploitation et de la destruction ".

Bienvenue à vous, Saint-Père, qui soulignez que le Dieu vivant, " pasteur de tous les hommes ", par amour, " s'est mis du côté des agneaux, de ceux qui sont méprisés et tués ", encore aujourd'hui, à l'heure où " le monde est racheté par la patience de Dieu, et détruit par l'impatience des hommes ".

Bienvenue à vous, Benoît XVI, qui rappelez aussi que l'anneau de pêcheur d'hommes est le signe de la pêche miraculeuse, annonciatrice de la grande évangélisation toujours recommencée par notre Église, sur la barque de Pierre.

" Aujourd'hui encore, l'Église et les successeurs des Apôtres sont invités à prendre le large sur l'océan de l'histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ ", c'est-à-dire " à la vraie vie ", nous dites vous, Saint-Père, en lançant ainsi également un appel à l'unité des chrétiens, dans la même pêche spirituelle des âmes. La moisson peut être abondante, mais les moissonneurs sont peu nombreux, dit l'Évangile. La moisson de l'Église continue : puissions-nous, Très Saint-Père, demeurer à vos côtés, pour cette évangélisation sous le signe du Christ, avec vous, Benoît XVI, héritier et acteur des résistances spirituelles aux tyrannies modernes ! Travaillons avec vous, à la suite du Christ, qui, comme vous le dites, " n'enlève rien et donne tout ".

 

D. L.