(source : Atlantico)
Présentée comme une réponse urgente à la détresse psychologique des jeunes, l’idée d’interdire les écrans avant 15 ans fait débat au sein des spécialistes de l’enfance et de la santé mentale. Si ils sont peu nombreux à nier la dangerosité des algorithmes et le potentiel addictogène des réseaux sociaux, une interdiction globale pourrait s’avérer être au mieux une rustine fragile sur un aveuglement collectif ; Si les jeunes sont aussi accros, c’est aussi parce que la société n’a plus rien de substantiel à leur offrir. Décryptage.
Atlantico – Interdire les écrans avant 15 ans est souvent présenté comme une réponse urgente au mal-être des jeunes. En quoi ce débat et le projet de loi du gouvernement sont-ils surtout le reflet d’une société en déroute psychique plutôt qu’un simple problème technologique ou éducatif ?
Pascal Neveu : Je pense avant tout que c’est un débat qui parle moins des écrans que de nous. L’idée d’interdire les écrans avant 15 ans est présentée comme une mesure de santé publique, presque hygiéniste. Mais si on écoute ce que ce débat veut « vendre », il devient vite évident qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème technologique ou éducatif. C’est un symptôme, un miroir, une tentative de colmater une problématique beaucoup plus profonde.
Ce projet de loi dit quelque chose de l’état psychique d’une société qui ne sait plus comment contenir, symboliser, transmettre, ni même se regarder en face. L’écran devient le bouc émissaire idéal.
Il concentre toutes les peurs contemporaines : perte de contrôle, dissolution du lien, effondrement scolaire, isolement, violence, sexualité précoce…
