(source : Atlantico)
Les matches de l’Algérie durant la Coupe d’Afrique des Nations ont donné lieu à de nouveaux débordements de supporters exprimant une hostilité vis-à-vis de la France. Comment interpréter ces slogans ? S’agit-il d’un phénomène marginal amplifié par la médiatisation, ou du symptôme d’un malaise plus profond lié à l’histoire, à la politique et aux tensions identitaires actuelles ?
Atlantico : À la faveur de la Coupe d’Afrique des Nations, plusieurs rassemblements de supporters algériens ont été marqués par des slogans hostiles à l’égard de la France. Ces séquences, relayées sur les réseaux sociaux, réactivent un débat ancien : d’où vient ce ressentiment exprimé par une partie des personnes d’origine algérienne vivant en France ?
Guylain Chevrier : Je crois qu’il faut le mettre en relation avec le contexte actuel, celui d’un partenaire algérien qui a adopté il y a quelques jours, à l’unanimité, une loi criminalisant la colonisation française. Derrière cette loi, qui entend juger un certain nombre de faits comme imprescriptibles, se reflète une société qui semble ne pas avancer, de plus en plus inscrite dans un repli identitaire. Ce repli est lié à une forme de résistance aux évolutions démocratiques de notre temps.
C’est assez facile à identifier : ce qu’on reproche à la France, c’est son modèle de liberté, auquel on associe l’Occident et qu’il faudrait donc rejeter. Ce rejet en bloc correspond très bien à la situation d’un État algérien resté dans le prolongement d’un modèle issu de l’ère soviétique — parti unique avec le FLN, confusion entre religion et État, arabisation. C’est un modèle dont l’Algérie n’arrive pas à sortir. La France devient alors le bouc émissaire de cet état de fait et de cette absence d’évolution.
Ce phénomène n’est pas propre à l’Algérie : il concerne aussi un continent africain de plus en plus prisonnier de ses propres maux, avec des régimes militaires ayant pris la place de pseudo-démocraties. Nous sommes face à une réalité plus large, liée à l’état des rapports entre le monde occidental ex-colonisateur et d’anciennes colonies qui n’arrivent pas à dépasser l’affrontement historique lié à la libre disposition des peuples. Je vois là un rendez-vous raté de l’histoire de la part de l’Algérie.
