On reproche volontiers à Donald Trump une forme de populisme, critique qui épargne assez naturellement son homologue français. En revanche, la saturation du terrain médiatique rapproche les deux chefs d’État en dépit de différences idéologiques apparentes et bien réelles.
Finir la guerre en Ukraine en 24 heures, entrer « en guerre » contre le coronavirus, « qu’ils viennent me chercher », « Sleepy Joe ». Les sorties médiatiques chocs d’Emmanuel Macron et de Donald Trump ont été au cœur de leurs mandats respectifs.
Entre provocations, mépris, stratégie et calculs, menaces et prises de température, les deux personnages usent et abusent de leur position pour saturer l’espace médiatique.
Galvanisant leurs soutiens et agaçant passablement leurs adversaires, ils aiment être vus et occuper la Une. L’un joue la rupture totale, Donald Trump, l’autre se place en troisième voie entre le populisme de droite (RN) et de gauche (LFI) dans une partition bien orchestrée qui lui a permis de se maintenir au pouvoir en dépit d’une fin de règne chaotique.
L’un, Donald Trump, a beaucoup de pouvoir, mais moins qu’il ne le fait croire, quand l’autre, Emmanuel Macron, en a beaucoup moins, mais pourrait en avoir plus s’il admettait le rapport de force avec Bruxelles, et cela même sans en venir à une rupture avec l’Union européenne.
Ces deux chefs d’État sont probablement ceux qui font le plus réagir dans leurs pays et à l’étranger. C’est d’ailleurs ce qui donne paradoxalement une forme d’importance à Emmanuel Macron malgré ses échecs successifs en politique internationale. Il parvient toujours à faire parler, et même s’il faut jouer le clown avec une paire de lunettes fantasque…
Il est intéressant de noter cette proximité d’approche en communication qui semble tout à fait inédite. Erdogan, Poutine, Merz, Xi Jinping, Meloni, Starmer… Pas un de ces personnages politiques n’use autant que le binôme Trump/Macron de la surutilisation des médias et des réseaux sociaux.
Le risque avec une telle approche est le rejet final des citoyens. Lassés du spectacle parfois drôle, mais souvent pénible et rarement suivi d’effets immédiats, comme le vantent ces hommes pressés, le public voudra rapidement un changement de profil. De la même manière qu’à l’« hyperprésident » Sarkozy avait succédé le tout-mou François Hollande, le très affaibli Joe Biden avait succédé au trublion milliardaire Trump. En France comme aux États-Unis, les prochaines élections présidentielles pourraient donc aussi se jouer sur le profil, de préférence plus calme et rassurant, des candidats.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
