La guerre déclenchée par le binôme israélo-américain a bouleversé le Proche-Orient et ses répercussions se font déjà ressentir chez nous. Au-delà du conflit régional, c’est l’équilibre mondial qui est remis en cause. La France, elle, est plus que jamais déclassée tandis que les droites s’alignent sur l’État d’Israël.
C’était une menace à laquelle on finissait par moins porter attention. Après une dizaine de jours de guerre de l’été 2025 et l’affirmation de Donald Trump selon laquelle les objectifs américains visant notamment les installations nucléaires étaient atteints, il apparaissait improbable que Washington entre en guerre. En quelques heures, tout a basculé et les États-Unis sont allés jusqu’à tuer le Guide suprême iranien dans un bombardement (et sa petite-fille de 14 mois). Un déluge de feu s’est abattu sur la nation perse, tuant au passage plus de 150 écolières dans une frappe désormais attribuée sans aucun doute à l’armée américaine. Depuis, plus d’un millier de personnes ont trouvé la mort.
Erreurs d’appréciation et contradictions
Douze jours après les premières frappes et les répliques iraniennes, Donald Trump semble irrité. Comme d’autres chefs d’État avant lui, il s’est précipité dans un conflit risqué en sous-estimant son adversaire. Une même critique a pu être entendue sur l’invasion de l’Ukraine par les forces russes. Le président des États-Unis a aussi pris le risque d’un conflit sans le soutien des électeurs américains aux trois quarts hostiles à l’opération, et surtout sans le soutien de sa base qui l’a soutenu sur un programme isolationniste. Se pose alors la question centrale : pourquoi cette guerre ? L’intérêt économique à court terme sera de faire fonctionner l’industrie de l’armement. Mais est-ce bien suffisant ? Concernant la France, l’intérêt est encore plus contestable. Paris n’a pas connu d’attentat terroriste chiite depuis près de 40 ans. En revanche, la France est alliée avec le Qatar qui a pu entretenir des relations troubles avec des organisations terroristes sunnites et a tôt fait de se rapprocher des nouveaux dirigeants syriens, eux-mêmes issus du jihadisme.
Aujourd’hui, les alliés du Golfe de la France sont sous le feu de leur voisin iranien et paient le prix fort de leur alignement israélo-américain. On est bien loin du fantasme de l’Oumma…
Mépris pour les chrétiens d’Orient et alignement likoudien des droites parisiennes
Après la chute de Bachar al-Assad, les coups portés à l’Iran et aux milices chiites irakiennes, ce sont autant d’acteurs régionaux qui ont défendu les chrétiens d’Orient pendant l’avènement de l’État islamique, qui sont affaiblis. Les Arméniens aussi ont du souci à se faire. État chrétien soutenu par l’Iran islamique, Erevan s’inquiète d’un affaiblissement de Téhéran et ne pourra pas compter sur Bruxelles alors que l’UE fait ses courses de gaz en Azerbaïdjan, voisin belliqueux et pays musulman allié d’Israël. Un tel schéma montre bien qu’on se trouve ici très loin des tribulations « judéo-chrétiennes » ou du choc des civilisations. Quant au Liban, qui subit une invasion israélienne, il sert de variable d’ajustement. Les droites françaises, qu’elles soient politiques ou journalistiques, se sont très largement alignées sur la partition likoudienne. Par opportunisme médiatique pour avoir son rond de serviette à CNews ou par calcul électoral pour se dédiaboliser, elles se sont vautrées dans une position qui sera bientôt intenable avec le risque d’une guerre longue.
Un conflit qui s’avère déjà coûteux pour les Français, en attendant les possibles conséquences migratoires, et qui n’arrangera régionalement rien sinon de faire grossir sensiblement la taille de l’État d’Israël sur les cartes de géographie.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
