Élu sur un programme isolationniste, Donald Trump a pris à contre-pied ses électeurs en satisfaisant les intérêts des officines néoconservatrices et d’Israël. Au-delà de la guerre au Proche-Orient, c’est un système de chantage explicite qu’il expose au monde entier.
Une certaine continuité, mais des méthodes sans filtre. Les États-Unis n’ont pas radicalement changé avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le pays était déjà protectionniste (voir ici), il l’est toujours, mais avec une communication particulièrement agressive sur les droits de douane.
Le pays agissait en gendarme du monde, notamment grâce à l’USAID, que Trump a réduite à peau de chagrin. Il agit désormais en maître chanteur en intimant à ses propres alliés de ne pas commercer avec l’Iran ou même, désormais, le Nicaragua.
Les menaces, autrefois voilées, ne le sont plus, ce qui n’est pas sans conséquence. La Maison-Blanche renonce clairement au langage diplomatique dont la forme, parfois d’apparence ampoulée, a une utilité pour apaiser les tensions.
L’arrestation aussi spectaculaire qu’illégale de Nicolás Maduro semble avoir marqué un tournant. Quelques mois après les premiers bombardements de l’Iran, Trump est parvenu à réussir « un coup ». La suite s’enchaînera rapidement avec son opération militaire, tout autant illégale, contre Téhéran.
Les résultats économiques et géostratégiques semblent pour l’heure faméliques et l’image des États-Unis est durablement écornée dans le Golfe, tandis que la République islamique pourrait ressortir renforcée d’une guerre dans laquelle elle résiste finalement assez bien.
Le très relatif retrait du dossier ukrainien n’efface pas non plus l’échec du chef d’État nord-américain, qui disait vouloir résoudre cette guerre en 48 heures.
Néoconservateurs de gauche et de droite
À l’approche de la mi-mandat, le bilan de Donald Trump est, au mieux, médiocre. Sa guerre au Proche-Orient l’inscrit dans les pas de ses prédécesseurs, là où il promettait une rupture. Il risque également de perdre la majorité à la faveur des élections de mi-mandat à l’automne, après avoir fâché une base militante qui goûte peu ses lubies interventionnistes.
En cas de défaite, la fin de son mandat pourrait être chaotique, avec une menace permanente de l’opposition et une incapacité à gouverner selon son « programme ».
Reste à voir ce qui se présentera après. Le président étasunien devrait placer un champion pour lui succéder. Les plus moqueurs évoquent l’hypothèse de son fils, mais les autres républicains n’auront peut-être pas son goût de la dynastie. La gauche américaine, désormais divisée entre démocrates et « socialistes » américains plus ancrés à gauche, pourrait cependant ne pas parvenir à l’emporter.
Étonnamment, le positionnement néoconservateur rapproche désormais plus les démocrates de Trump, tandis que la droite alternative et isolationniste américaine sera, en matière internationale, plus proche des socialistes.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
