Plus que jamais en lice pour 2027, Jean-Luc Mélenchon semble, pour l’heure, bénéficier d’un alignement des planètes. Reste que, s’il faut envisager sa victoire, il faut aussi penser à une éventuelle défaite qui risque très probablement d’anéantir La France insoumise.
Le tour de force de Jean-Luc Mélenchon est certain. D’apparatchik lambda du PS, celui qui a été parlementaire pendant plus d’un tiers de siècle est parvenu à créer une force politique qui semble en passe d’opérer la fameuse « convergence des luttes », c’est-à-dire de réaliser une synthèse contradictoire et paradoxale entre des colères parfois opposées (condition ouvrière, revendications ethniques, sexuelles, sociétales…).
Les sondages sont, pour l’heure, plutôt flatteurs. Le vide face auquel se dresse Mélenchon le porte, tout comme l’appareil politique qu’il a modelé en quelques années.
La campagne s’annonce rude ; il y est préparé. Reste que la route vers l’Élysée sera encore longue et qu’en cas d’échec au second tour, et encore plus au premier, le parti s’en remettra très difficilement.
En effet, Mélenchon est la pierre angulaire du dispositif insoumis. Gourou, chef autoritaire, meneur charismatique : chacun aura sa définition de son rôle, mais, quoi qu’il en soit, son départ laissera un grand vide chez les Insoumis.
Aux ambitions personnelles, lot habituel des partis politiques, s’ajoutera la surenchère en radicalité des éléments les plus extrêmes du mouvement.
Laver plus blanc que blanc
LFI demeure en effet un parti de Blancs, très majoritairement, que ce soit à l’Assemblée ou dans la rue, comme a pu le montrer le « concert antiraciste » organisé lors de la Fête de la musique à Paris, et même le rassemblement de Saint-Denis, qui a rendu sa pâleur d’antan à la cité du 93 !
Le segment électoral immigré est la cible de LFI, mais la nouvelle France ne dispose pas encore des gamelles des gauchistes blancs.
De premières anicroches ont déjà eu lieu à ce sujet, avec des personnalités « racisées » de LFI réclamant d’être davantage représentées. Pour l’heure, cela s’est fait sans trop de dégâts ; les cadres insoumis consentent même à l’exercice ethnomasochiste sans trop de peine. Thomas Portes regrette ainsi qu’il y ait eu trop de Blancs dans son club de rugby, quand le député Léaument se raccroche désespérément à des origines « étrangères » (belge et italienne).
Le patron, lui, s’en était directement pris aux « tout blancs, tout moches ».
Néanmoins, cette capacité formidable à se détester soi-même devrait connaître de sérieuses résistances quand il s’agira de s’asseoir sur la rente des mandats. Tout matérialistes qu’ils soient, les Insoumis n’en demeurent pas moins des socialistes dans une version ripolinée à la sauce identitaire et révolutionnaire.
Mélenchon est une bête politique, mais il n’est pas immortel. Son départ devrait ouvrir la voie à une guerre interne sévère où s’affronteraient des lignes politiques, souvent faux-nez d’intérêts personnels ou de coteries. Faute de lutte des classes, LFI pourrait rapidement se transformer en champ de bataille racial (*).
(*) Un scénario intermédiaire n’est pas à écarter : une défaite, une mise en retrait et un rôle en coulisses pour maintenir la baraque électorale à flot jusqu’au dernier souffle.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
