La Nouvelle France vantée par La France insoumise, sorte de grande mise à jour de l’antiracisme teintée d’électoralisme identitaire et ethnique, semble être le marqueur que Jean-Luc Mélenchon entend imprimer pour 2027. Rien d’étonnant : ce concept est le fruit d’un accouchement idéologique assez naturel pour les Insoumis. Mais au-delà de LFI, le concept pourrait s’imposer à d’autres.
La Nouvelle France de Mélenchon part, selon lui, d’un constat sociologique : chaque génération renouvelle le peuple. La France d’aujourd’hui n’est plus celle de 1958, et le fondateur des Insoumis entend envisager ce « nouveau peuple » à travers l’émancipation de la femme, la mixité culturelle et le brassage lié aux migrations afro-maghrébines, au risque d’entrer en contradiction avec le premier point. Enfin, une France jeune et issue des quartiers ethniques.
Un constat qui s’impose au-delà des Insoumis
Si l’on peut reconnaître à Mélenchon et aux siens un mérite, c’est d’avoir formellement affirmé ce qu’une large partie de la gauche, du centre et d’une partie de la droite semblent avoir admis.
La religion diversitaire est pour beaucoup inéluctable, et le métissage une obligation morale, comme avait déjà pu l’ériger en principe, en 2008, le président Nicolas Sarkozy. Avant lui, Chirac avait aussi pu affirmer : « La France n’est pas gauloise, elle est plurielle. »
Cette nouvelle France, qui ingère tout ce qui est étranger mais rechigne à reconnaître à ses natifs la qualité d’autochtone, a de farouches soutiens. Plus récemment, c’est le professeur Raoult, porté aux nues par certains, qui ira de sa petite affirmation : « Le Français de souche n’existe pas. »
À gauche, le think tank Terra Nova relaie l’idée, bien intégrée depuis plusieurs décennies, consistant à remplacer le prolétaire blanc par le travailleur immigré.
Le discours du futur président Macron en 2017, égrainant les noms de pays, essentiellement africains, ayant « contribué » à l’histoire récente de la France, fait écho à la Nouvelle France mélenchoniste.
Sur l’objectif final, les politiques divergent néanmoins. Les mélenchonistes veulent fédérer ces groupes — jeunes, femmes, minorités ethniques — pour former un « bloc de rupture » contre le « capitalisme oligarchique » et la Ve République « sclérosée ». Le centre gauche et une partie de la gauche veulent intégrer l’élément diversitaire dans leur République, tandis que certains libéraux entendent fondre ceux-ci dans le libre marché et la société. Les points communs de tous ces tenants de la Nouvelle France résident dans le besoin d’uniformisation derrière un combat : tantôt l’égalité, tantôt la République, ou encore le marché.
L’idéologie de la Nouvelle France, loin de n’être que l’apanage des mélenchonistes, traverse ainsi tout l’arc républicain, au détriment d’ailleurs d’un texte international qu’aucune de ces coteries ne conteste : la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui reconnaît le droit des peuples à exister comme entités distinctes.
En 2027, si les questions de retraites et de souveraineté devraient occuper une partie du débat public, il ne faudra pas oublier d’envisager la question ethno-démographique, alors que le pays semble s’approcher d’un point de rupture en la matière.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
