(source : Boulevard Voltaire)
« Les loups sont entrés dans Paris » chantait Serge Reggiani. Cette fois ce sont les tracteurs du monde agricole qui ont infiltré la capitale, dans la nuit du mercredi au jeudi 8 janvier. De cette armée de fourches et de paysans, un seul tracteur a réussi à atteindre l’Assemblée nationale, en bravant les barrages de police et l’interdiction de circuler de la Préfecture. Tomy est le héros du jour. Avec son tracteur, il est parti d’Aveyron mardi matin pour monter à Paris. « On a beau foutre le bordel à Rodez, il ne se passe rien, alors on vient à Paris, là où les décisions sont prises », nous explique-t-il. Deux jours de route à esquiver les forces de l’ordre et déjouer les embûches. La nuit, il s’assoupissait dans son tracteur, caché dans les bois. « Moi j’ai dormi cinq heures en deux jours » raconte Séverine à côté de lui. Une femme interrompe notre échange en apportant des victuailles aux manifestants. « Je suis parisienne, j’avais un grand-père aveyronnais » claironne-t-elle. « J’ai roulé sans phare, ni giro, rien, pour ne pas me faire chopper » raconte Tomy qui a roulé la nuit « éclairé par la neige ». Alors que ses camarades décident de filer vers le centre de Paris, lui seul vise l’Assemblée nationale. Dans la nuit, il parvient à son but et se gare devant le Palais Bourbon. De l’autre côté de la Seine, trône l’obélisque de la Concorde. Sur le socle de sa monture, une banderole a été installée au petit matin sur laquelle on peut lire : « Ursula, tu nous prends vraiment pour des cons ».
