L’explosion du prix de l’essence, le « ras-le-bol » fiscal, social (et autres) nous indiqueraient un retour des Gilets jaunes pour l’automne. Une étude d’opinion affirme même qu’une majorité de Français le juge probable. Ce ne serait pas la première fois qu’ils se trompent. En réalité, à quelques mois de l’élection présidentielle, un tel mouvement paraît hautement improbable.
Le prix de l’essence pourrait atteindre 3 euros le litre, soit deux fois plus qu’avant l’apparition des Gilets jaunes en 2018. Le chômage a progressé, le pouvoir d’achat s’est effondré…
Pour moins que cela, des milliers de personnes ont manifesté, sur les ronds-points ou dans les villes, devant les préfectures.
Et pourtant, le mouvement des Gilets jaunes va-t-il renaître de ses cendres ?
Nous pensons que non, et pour plusieurs raisons.
Le calendrier, la gauche, la répression
Ce mouvement, presque spontané, est apparu au début du premier mandat de Macron. Il visait à faire contrepoids à un exécutif et une majorité considérés comme injustes. Aujourd’hui, la perspective de l’élection présidentielle de 2027 et des « plus que probables » élections législatives offrent un horizon, au moins en apparence, de changement. Si la rue s’agite, ce sera après ces scrutins.
Les Gilets jaunes ont eu pour particularité originelle leur rejet des étiquettes partisanes. Il s’agissait d’une fronde contre l’oppression fiscale, contre l’État et ses taxes, notamment la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques.
Après quelques mois, la teneur des revendications a changé. Après avoir tourné le dos à un mouvement un peu trop « pâle », qui remettait en cause leur monopole de la contestation, les syndicats et les partis de gauche ont soutenu les manifestations. À partir de ce moment, les mobilisations ont viré au jaune-rougeâtre, avec le panel habituel des revendications de la gauche et, en toile de fond, la très éculée lutte des classes.
Si les Gilets jaunes ont pris de l’ampleur, c’est justement parce qu’ils n’étaient pas alignés sur ces revendications. Leur retour, demain, ne se fera pas derrière l’étendard mélenchoniste ou celui de la CGT, qui vise avant tout ses intérêts propres.
La répression qui s’est abattue sur certains manifestants — éborgnés, mutilés — a probablement contribué à une certaine crainte de la mobilisation. Là où les manifestations pour Nahel n’ont pas connu de telles « bavures », celles des Gilets jaunes ont bénéficié d’un traitement de faveur. C’est probablement ce qu’ils appellent « le privilège blanc ».
Huit ans après les manifestations de 2018, les Gilets jaunes apparaissent comme un OVNI dans l’histoire des contestations contemporaines. Leur réussite a largement été due à leur spontanéité.
Aujourd’hui, les conditions d’existence d’un tel mouvement ne semblent plus réunies.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
