Des éditos de La Croix aux propagandes russes et ukrainiennes, les procès en collaboration et en « nazisme » sont partout. Adieu la nuance, bonjour la morale de plumitif et les gros sabots propagandistes. L’accusation d’hitlérisme comme repoussoir ultime se maintient depuis plus de 80 ans… Et pour combien de temps encore ?
Poutine comparé à Dark Vador et Zelensky à Churchill dans Le Figaro, Villiers à demi comparé à Pétain pour une « une » du JDNews dans un édito de La Croix… Les références au IIIe Reich imprègnent le commentaire politique à travers ce que l’on nomme le « point Godwin », c’est-à-dire le moment où la discussion ou le débat en vient à parler du IIIe Reich.
Comme toujours, il s’agit de jeter l’opprobre à travers une lecture sans nuance, avec, d’un côté, ceux qui seraient animés de bons sentiments et donc des « résistants » et, de l’autre, ceux du camp des « heures les plus sombres », les « collaborateurs ».
La manœuvre est assez grossière, mais elle semble toujours remporter un certain succès et permet d’éviter toute forme de subtilité. Derrière leur plume, les éditorialistes et journalistes se sentent probablement investis d’une mission qui les dépasse et s’imaginent qu’eux mettraient leur peau au bout de leurs idées. Pour connaître un peu la « profession » et les profils, je me permets d’en douter fortement.
Le repoussoir facile, à l’international aussi
L’accusation connaît des variantes. Ainsi, les Insoumis ont pour habitude de qualifier tout opposant aux dogmes mélenchonistes de « fasciste ». Inversement, à droite et au centre, d’autres disent que « non, les vrais fascistes, c’est LFI ». La réplique est au moins aussi stupide que l’originale. La France insoumise n’a rien de fasciste, elle s’inscrit dans une démarche politique propre à l’extrême gauche, qui inclut, au moins dans sa périphérie, le recours à la violence politique. Et cette violence préexiste au « fascisme » italien. Si vous avez des doutes à ce sujet, rappelez-vous l’assassinat de Sadi Carnot.
Au niveau international, l’accusation de nazisme est assez courante également et n’a pas plus de sens que dans le débat national.
On la retrouve entre Israël et la Palestine. Le Hamas parle ainsi volontiers de « nazi-sionnisme » dans sa communication, une référence également présente régulièrement dans la bouche du président turc Erdoğan à propos de son homologue israélien.
Dans la guerre en Ukraine, la référence ne manque pas de piquant. Ainsi, le président ukrainien Zelensky a-t-il pu qualifier son homologue russe de « nazi », ce qui ne manque pas de piquant s’agissant d’un ancien agent du KGB. Inversement, le Kremlin évoque une « dénazification » de l’Ukraine dirigée par un chef d’État de confession juive. Alors oui, on pourra pointer du doigt une porosité entre des bataillons ukrainiens et l’imaginaire national-socialiste, mais cela ne fait pas de tout un pays un bastion « nazi ». De l’autre côté, l’imaginaire des années 1930 n’est pas toujours très loin non plus : Evgueni Prigojine, à l’origine du groupe paramilitaire privé Wagner, et son acolyte Dmitri Outkine, décédé avec lui dans le crash de leur avion, en sont une expression.
Le point Godwin ou la « nazification » de l’ennemi relève d’un mécanisme de propagande facile ; il permet d’éviter toute forme de démonstration ou d’avoir recours à l’intelligence. Près de 80 ans après l’effondrement du Reich, il serait peut-être temps de changer de grille de lecture et, pourquoi pas, de réfléchir un peu !

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
