Ce sera probablement une tournée d’adieu moins chaotique que celle de Patrick Bruel, mais les mois à venir, jusqu’à la présidentielle, ne devraient pas être très flatteurs pour Emmanuel Macron. Les premiers bilans peuvent déjà être dressés, et l’impression d’avoir perdu une décennie semble de plus en plus partagée dans l’opinion publique.
Nous ne sommes pas encore au niveau record d’impopularité de François Hollande en 2016, mais Emmanuel Macron a bel et bien perdu de sa superbe en cette fin de règne. À l’approche de la fin de son parcours présidentiel, le chef de l’État fait face à un bilan famélique.
Sa réforme emblématique des retraites a échoué. Considérée comme une casse sociale par les uns et comme insuffisante par les autres, elle aura fait les frais de la dissolution qui a suivi les élections européennes de 2024. En neuf ans, le président Macron aura finalement multiplié les micro-réformes sur le chômage, l’ISF ou encore la simplification de l’administration et du marché du travail, des mesures qui n’ont guère sauté aux yeux des Français.
Échec économique, compensation sociétale
Ses défenseurs évoqueront une politique des petits pas, mais cela paraît bien maigre pour celui qui se présentait comme un grand réformateur. Il aura finalement été le plus actif sur le terrain symbolique et sociétal, toujours ancré à gauche : entrées au Panthéon de Simone Veil et de Robert Badinter, PMA pour toutes en 2021, constitutionnalisation de l’avortement en 2024 et, très probablement, légalisation de l’euthanasie avant la fin du second quinquennat.
Comme François Hollande avant lui, Emmanuel Macron a semblé voir dans la fuite en avant sociétale un moyen de masquer son impuissance sur le terrain politique et économique.
Sur le plan économique, celui qui était vendu comme crédible et « pro-business » s’est révélé très limité. La hausse du chômage en fin de quinquennat et l’appauvrissement d’une partie de la population ont montré qu’il ne suffit pas d’employer un verbiage managérial américain pour défendre ceux qui entreprennent.
International : contexte difficile et postérité incertaine
Il convient de reconnaître, à la décharge du président sortant, que la conjoncture a été particulièrement rude : crise sanitaire, guerre en Ukraine, droits de douane de Trump, conflit au Moyen-Orient… Reste que, dans chacune de ces crises, la partition technocratique du président a montré ses limites. Sans réelle volonté de puissance ni véritable indépendance stratégique, la parole de la France a souvent manqué de poids.
En Afrique francophone, la France a été évincée des États de l’AES, désormais tournés vers l’influence russe. Elle semble vouloir se réorienter vers d’autres partenaires. L’option se défend, mais il faudra plusieurs années pour en mesurer les résultats — à condition que son successeur poursuive dans cette voie. La même prudence s’impose concernant le rapprochement avec Delhi.
Volontiers familier avec ses interlocuteurs et mal perçu dans le petit monde diplomatique, Emmanuel Macron aura davantage marqué par ses coups de communication que par une hauteur de vue ou une finesse d’analyse. Désireux à tout prix de casser les codes, il aura finalement été dépassé par un monde en plein bouleversement, qui réclamait des certitudes et une assurance qu’il n’a jamais su incarner.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
