À force de considérer comme acquis l’arrivée au second tour du candidat du Rassemblement national, on en oublie que d’autres scénarios restent possibles. Un effondrement du RN, une poussée du candidat centriste et une campagne fulgurante de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas à écarter.
Bardella par-ci, Bardella par-là : l’avènement du président du RN en 2027 semble acquis à grand renfort de sondages. Et pour cause, le député européen domine largement les études d’opinion, comme Marine Le Pen avant lui.
Reste une première incertitude majeure : la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen sera-t-elle confirmée ? Cette simple question empêche le RN d’avancer sur un programme clair et un candidat désigné, dans un scrutin présidentiel hyper-personnalisé.
À cette incertitude s’ajoutent des doutes sur la capacité de Jordan Bardella à tenir la distance dans une campagne qui ne fera aucun cadeau. S’il a acquis une certaine aisance médiatique, il se retrouve face à des vieux briscards rompus aux joutes électorales.
Par ailleurs, Bardella devra rassembler son propre camp. Là où Marine Le Pen était incontestée, lui doit composer avec des résistances internes. Au FN comme au RN, les luttes d’influence ont toujours existé autour du chef. Cette fois, les « fritures » entre coteries pourraient se retourner contre le porte-drapeau du mouvement.
Les hommes blancs de plus de 50 ans font de la résistance
Le scénario d’un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe paraît aujourd’hui moins improbable que ne le suggèrent les sondages.
Certes, le RN domine largement les intentions de vote. Mais cette avance repose sur une photographie encore très précoce. Le parti a souvent été mesuré très haut avant de subir la dynamique réelle d’une campagne, comme on l’a vu aux élections européennes et législatives de 2024.
L’effondrement de la gauche écolo-socialiste semble de plus en plus probable, les appareils partisans peinant à s’accorder ou à accepter une candidature extérieure (François Ruffin, Raphaël Glucksmann…). Ce vide pourrait profiter à deux dynamiques : celle de La France Insoumise, et donc à Jean-Luc Mélenchon, qui sait comme personne mener une campagne. En 2017 comme en 2022, il a terminé plus fort qu’il n’avait commencé, porté par une machine militante, numérique et oratoire régulièrement sous-estimée par ses adversaires.
Autre gagnant potentiel : le candidat du centre. Édouard Philippe pourrait rassembler le centre droit et une partie du centre gauche. S’il aura du mal à faire la jonction entre Bruno Retailleau et Gabriel Attal, il peut néanmoins porter le couvre-chef du candidat de recours.
Le maire du Havre bénéficierait, en cas de second tour, d’un soutien probable de la gauche institutionnelle anti-LFI et d’un report de voix d’un électorat RN défait au premier tour.
Au temps des sondages prématurés succédera bientôt celui de la vraie campagne, qui clarifiera rapidement les positionnements et les dynamiques. Sans enterrer qui que ce soit prématurément, il convient d’envisager d’autres hypothèses que celles trop facilement admises. L’hypothèse d’un 21 avril inversé pour le RN ne peut pas être écartée.

Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
