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Laboratoire d’idées au service du Bien Commun

Lafarge : un scandale d’Etat

En guise d’éditorial de fin de semaine, nous vous proposons un texte inédit rédigé par le colonel Jacques Hogard qui revient sur l’affaire Lafarge. Témoin aux premières loges de ce scandale judiciaire, il revient sur cette histoire de trahison et d’abandon.

Le lundi 13 avril, durant quatre heures d’affilée au Palais de Justice de Paris, j’ai assisté au jugement de « l’affaire Lafarge en Syrie » par la juge Isabelle Prévost-Desprez, condamnant lourdement les dirigeants de Lafarge pour la gestion de leur cimenterie en Syrie, inaugurée en 2012 et fermée en septembre 2014.

Au terme d’une procédure marathon de six semaines déroulée en fin d’année 2025, ce jugement n’est pas de nature à restaurer l’image d’une justice qui semble davantage préoccupée de régler des comptes et d’affirmer sa toute-puissance absolue que d’établir ce qui est juste et vrai.

J’étais personnellement présent au titre de l’amitié et de l’estime que j’ai depuis longtemps pour l’un des « prévenus », Christian Herrault, ancien directeur général adjoint du Groupe Lafarge et, en tant que tel, bras droit de son PDG de l’époque, Bruno Laffont.

Comme je l’ai écrit immédiatement à Christian Herrault, sitôt la lourde sentence formulée envers lui — 5 ans de prison ferme, lourdes amendes et incarcération immédiate ! — :

« Je suis sous le coup de ce qui t’arrive. J’aurais voulu gueuler mon indignation devant ce simulacre de jugement, devant ce spectacle où la mauvaise foi le dispute à l’hypocrisie et au mensonge !

Je n’avais déjà plus beaucoup d’illusions sur la “justice” française… mais ce que j’ai vu ce matin me convainc définitivement qu’elle est pourrie jusqu’à la moelle et que c’est le chantier prioritaire auquel devront s’atteler ceux qui auront la lourde tâche de relever la France.

Je suis scandalisé par le comportement et l’attitude de la juge Prévost-Desprez, par son narratif délibérément à charge et déséquilibré, par sa volonté manifeste d’ignorer les arguments de la défense ainsi que la personnalité du condamné, en bref, de salir et d’humilier.

On est bien loin d’un jugement objectif et serein, bien loin d’un jugement de justice, on en sort assommé par le discours partisan, méprisant et injuste d’un véritable règlement de compte organisé. »

Cette affaire a suscité un certain nombre de réactions publiques.

Celle d’abord de l’avocat de Christian Herrault, Me Solange Doumic qui, tant dans la remarquable tribune qu’elle a signée dans Le Figaro au lendemain de cette séance qu’au micro de Vincent Roux sur Le Figaro TV, n’a pas mâché ses mots pour fustiger les conditions de déroulement de ce procès bâclé et des droits de la défense piétinés.

Elle n’a pas hésité à mettre en lumière les graves irrégularités du déroulement de la procédure, le tribunal ignorant purement et simplement les questions de la défense, accusant systématiquement cette dernière de créer de faux débats et des manœuvres dilatoires, assénant des contre-vérités manifestes comme s’agissant de faits indiscutables, ignorant délibérément et méprisant même les témoins — et non des moindres — tels Georges Malbrunot, journaliste au Figaro, Fabrice Balanche, géopolitologue, tous deux experts du Moyen-Orient, ou encore le général Christophe Gomart, à l’époque directeur de la DRM.

Celle aussi du journaliste Mériadec Raffray qui, rappelant les faits dans les colonnes de Valeurs Actuelles, s’est étonné de l’étonnant lâchage des prévenus « par ceux qui savaient », visant ainsi l’État français et ses services, et de la sévérité des sentences prononcées contre les huit anciens cadres et salariés de Lafarge :

« Les puissants ne sont pas épargnés, pensera-t-on en lisant leur crime : avoir financé le terrorisme et violé des sanctions internationales affectant la Syrie. Ils avaient autorisé la distribution de “bakchichs” à des “intermédiaires”, classés aujourd’hui comme terroristes et sur lesquels ils auraient fermé les yeux, pour continuer à faire fonctionner l’usine locale du groupe entre 2012 et 2014.

4,7 millions d’euros “qui se sont transformés en kalachnikovs, en explosifs, qui ont tué, mutilé, blessé et dévasté des vies en Syrie et en France”, a asséné la présidente du tribunal.

Les accusés ont plaidé l’ignorance d’une situation inextricable, la bonne foi et même le patriotisme. Ils ont “joué la montre” parce que leurs contacts haut placés dans l’appareil d’État — Quai d’Orsay, DGSE, DRM, DGSI, autant d’absents au procès — leur répétaient en 2012 : la fin du dictateur syrien n’est qu’une question de mois.

Ils ont d’abord pensé aux familles des salariés de l’usine, facilité le travail de nos services — ce qui est avéré —, tenu compte de l’intérêt du groupe en attendant les jours meilleurs promis.

Mais voilà. Tous leurs amis d’hier se sont défaussés pour mieux se démarquer de ces lampistes d’une histoire à tiroirs qui les dépassait, sur laquelle il était surtout urgent de refermer le couvercle pour éviter le scandale : le fait que l’État ait financé et armé des groupes rebelles estampillés “modérés”, malgré l’avis des experts, et qui se sont révélés être en grande partie des franchises terroristes. »

C’est le cas bien sûr du Front Jabbat Al Nosra, cité nommément par Mme Prévost-Desprez comme l’un des trois groupes terroristes ayant profité des « largesses » de Lafarge, celui-là même dont pourtant le ministre des Affaires étrangères et ancien Premier ministre Laurent Fabius disait alors qu’il faisait « du bon boulot en Syrie », celui-là même que la France a aidé matériellement et financièrement, celui-là même dont est issu l’actuel président de la Syrie, l’ex-terroriste coupeur de têtes Mohammad Al Jawlani, désormais reconverti sous le nom d’Ahmed Al Charaa comme chef d’État fréquentable et fréquenté par les dirigeants de ce monde.

En France, précise Mériadec Raffray :

« Ce n’est qu’après l’attentat de Charlie Hebdo, en janvier 2015, comme l’avait pourtant rappelé à la barre l’aventurier Patrice Franceschi, spécialiste des Kurdes syriens, venu défendre l’honneur de son ami Christian Herrault, qu’on a accolé le qualificatif de “terroriste” au mot “rebelle”. »

Ancien haut fonctionnaire, énarque et agrégé d’histoire, Roland Hureaux s’est lui aussi exprimé le 16 avril sur ce jugement :

« Presque chaque jour, nous sommes informés de décisions de justice suffocantes d’absurdités : c’est le cas de la condamnation à six ans de prison de l’ancien président de Lafarge, Bruno Laffont, et de plusieurs de ses collaborateurs pour financement de groupes terroristes »,

dont Christian Herrault, condamné à cinq ans de prison dans les mêmes conditions.

Leurs avocats ont aussitôt interjeté appel. Pour eux, l’unique erreur de leurs clients est d’avoir été simplement trop naïfs. De ne pas avoir su « anticiper » la suite de l’histoire. Ils auraient dû, et d’ailleurs regrettent de ne pas avoir fermé l’usine fin 2012 ou début 2013.

Une erreur d’appréciation lourde de conséquences, mais qu’il est facile de diagnostiquer après coup, surtout par ceux qui y sont étrangers.

Pour le tribunal, seule « la rentabilité financière » — notion étonnante pour une société qui ne représentait que 0,3 % du chiffre d’affaires du Groupe Lafarge et dont le résultat opérationnel était négatif, sans compter bien sûr l’amortissement du coût de l’usine ! — a pu guider les responsables de Lafarge en Syrie.

Cette idée fausse a été lancée dès la première semaine des débats par l’ONG SHERPA, financée par le milliardaire Soros, et elle a manifestement conquis le tribunal qui ne s’en est plus dès lors départie.

« Aucun des éléments principaux que les prévenus ont évoqués pour éclairer leur décision de ne pas fermer l’usine dès le début de la guerre civile n’a été jugé digne d’être approfondi.

Ni les propos des cadres expliquant s’être posé tous les jours la question de fermer ou de continuer à supporter le racket dont l’usine était l’objet, propos rejoignant ceux de salariés témoignant à l’audience que l’usine restait leur seul unique gagne-pain possible.

Ni le sentiment de se sentir encouragés à “tenir” jusqu’à la chute imminente de Bachar al-Assad par l’ambassadeur de France, et par “les services”, l’ancien directeur du renseignement militaire répondant à l’audience que “oui, Lafarge avait aidé à la lutte contre le terrorisme”.

Ni l’impossibilité de savoir à l’époque qui étaient les différents racketteurs, comme l’ont mis en évidence divers experts de cette région venus témoigner : le géographe Fabrice Balanche, l’écrivain combattant Patrice Franceschi, l’ancien otage et journaliste Georges Malbrunot, traités pour cela de façon cavalière sinon méprisante.

Et pourtant les vrais responsables du financement des groupes djihadistes ne sont-ils pas ailleurs ? »

En vérité, souligne Roland Hureaux :

« Ces groupes étaient nos alliés… les principaux pays occidentaux leur ont versé de l’argent et leur ont fait parvenir des armes. Pour finir ils ont pris le pouvoir en 2025 grâce à l’appui des États-Unis et de la Turquie. Macron déroule le tapis rouge à leur chef quand il vient à l’Élysée. Tout le monde le sait sauf, semble-t-il, le parquet anti-terroriste et les juges du tribunal judiciaire de Paris. »

Poussant un peu plus loin la logique — et l’insolence — il ajoute :

« Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, a salué “les petits gars d’Al Nosra qui faisaient du bon boulot”. Qu’attend-on pour le poursuivre pour apologie du terrorisme ? »

Et pour manifester son pouvoir discrétionnaire, le tribunal a assorti sa condamnation de Bruno Lafont et Christian Herrault d’un mandat de dépôt immédiat qui ne peut être justifié par aucun des trois critères fixés par la loi : risque de fuite, de récidive, trouble à l’ordre public, malgré les efforts répétés du tribunal pour assurer que ce dernier critère serait réel !

Au terme d’un procès bâclé ignorant gravement les droits de la défense, nourri de contre-vérités, de contradictions et d’incohérences, en attendant désormais leur jugement en appel, les deux principaux responsables de l’ex-cimentier français Lafarge sont donc en prison à La Santé, où les a jetés la juge Prévost-Desprez, au fallacieux motif qu’ils représenteraient une menace pour l’ordre public !

Pour qui connaît Christian Herrault, « X Mines », officier de réserve des Commandos Marine auxquels il est très attaché, patriote et chrétien, fort d’une personnalité caractérisée par sa droiture, son intégrité, son désintéressement, sa générosité et sa modestie, il est évident qu’il restera dans ce jugement comme « un Juste victime de l’injustice terrible de la Justice ».

Colonel (er) Jacques Hogard

Lorient, le 23 avril 2026

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