Décryptage
« Le catholicisme en France » : les ambiguïtés d'une étude
8 Janvier 2010 |
L’analyse de l’IFOP sur « le catholicisme en France » publiée par le Pèlerin en décembre 2009 se fonde sur une série de sondages réalisés sur une longue période ; d’où son intérêt. D’où aussi la nécessaire attention que l’on doit porter aux questions méthodologiques. Selon les définitions et méthodes employées, leur constance ou leur variation, l’interprétation des résultats peut se trouver sensiblement modifiée, voire biaisée.
Dans le cas présent, deux questions sérieuses se posent, qui sont susceptibles d’infléchir nettement les interprétations : l’une concerne la cohérence d’un sondage de 1972 avec la série cinquantenaire utilisée concernant les proportions de catholiques « déclarés » et de catholiques pratiquants ; l’autre la définition même des « pratiquants ».
Remontée ou non du catholicisme dans les années 70 ?
Alors que la proportion de catholiques « déclarés » est restée stable de 1952 (81%) à 1966 (80%), un sondage de 1972 la fait remonter à 87%, avant une chute à 76% en 1978. La séquence est ensuite constamment déclinante : 75% en 1987, 69% en 2001, 64% en 2009. Phénomène comparable pour les « pratiquants » : 27% en 1952, 20% en 1966, mais encore 20% en 1972, puis 14% en 1978, 6% en 1987, et 4,5% en 2009. Selon l’appréciation que l’on porte sur ce ressaut de 1972, il est clair que l’interprétation du mouvement, notamment quant l’impact du concile, varie du tout au tout.
Après réflexion, on se demande si on ne se trouve pas en face d’un artéfact statistique non traité. Autant on conçoit une situation stable ou lentement déclinante jusqu’au milieu des années 70, suivie par un brutal décrochage, autant on ne parvient pas à comprendre une remontée (catholiques déclarés) ou une stabilisation nette (pratiquants) sans lendemain au milieu de la courbe : ces divergences ne trouvent aucune explication plausible. Nous avons connu ces périodes (à la différence des sondeurs sans doute) et nous savons ce qu’il en a été. Pour confirmer ce doute, je constate qu’en écartant le pic aberrant de 1972 et en interpolant les deux courbes, on trouve une tendance constante et régulière bien plus conforme au « vécu » et aux explications possibles (cf. ci-contre les courbes de l'IFOP, extraites de l'infographie publiée par La Croix, ci-contre).
D’où une première conclusion : avant de retenir les pourcentages de l’année 1972 dans ses études, il aurait fallu que l’IFOP vérifiât la nature des enquêtes d’où ils sont issus, la composition des échantillons, les retraitements alors opérés, etc. Il est donc raisonnable d’écarter les pourcentages de cette année-là de la série et de procéder à l’interpolation. D’où l’interprétation possible qui suit.
Le décrochage des catholiques « déclarés » a été imperceptible dans les années 50 et 60 ; il a commencé lentement dans les années 70-80 (-5 points seulement, soit -6,25%, en 21 ans de 66 à 87). Il s’est accéléré ensuite : -6 points, soit -8%, en 14 ans de 87 à 2001, puis -5 points en 8 ans de 2001 à 2009, soit au total -11 points (-15%) en 22 ans, ce qui correspond à un doublement du rythme, avec une accentuation en fin de période.
Par contre le décrochage des « pratiquants » a été beaucoup plus précoce, plus profond, mais a suivi le rythme inverse : -7 points, soit moins un quart du groupe, jusqu’au milieu des années 60 ; puis une très forte accélération pendant les vingt années suivantes, de 66 à 87, avec une division par trois du pourcentage (de 20% à 6% de la population, soit -14 points) ; enfin un pallier très bas légèrement déclinant au cours des vingt années suivantes, de 6 à 4,5% de la population aujourd’hui.
Les deux courbes ne sont ni simultanées, ni réellement parallèles. D’une part elles sont décalées dans le temps ; ce décalage est d’environ vingt ans, c'est-à -dire de presque une génération. Le décrochage commence dès les années 50 (en fait avant) chez les pratiquants ; il ne se réplique chez les catholiques déclarés qu’à partir des années 70. D’autre part, les évolutions sont divergentes avec une chute des pratiquants alors que les déclarés sont plutôt stables ; et même quand les déclarés amorcent leur déclin, celui-ci est nettement moins rapide que celui des pratiquants. En fin de période, au cours des vingt dernières années, les accélérations s’inversent, la chute des déclarés s’accentuant au moment ou les pratiquants se stabilisent.
L’invalidation des discours explicatifs complaisants
Ces discours figurent dans le commentaire de l’IFOP et s’appuient notamment sur le soi-disant ressaut des années 70. Ils doivent être écartés dans le cadre d’une analyse des tendances lourdes qu’exprime la continuité réelle des courbes sur plus de cinquante ans. Il faut tenter un autre discours explicatif qui me semble plus conforme à la dure vérité des chiffres, même si, à ce stade, il relève pour partie de l’hypothèse de travail.
Tout d’abord, les causes de l’effondrement de la pratique sont anciennes, bien antérieures au concile, et profondes : on ne divise pas par 6 le taux de pratique en 50 ans sur des motifs conjoncturels, aussi importants soient-il. Le concile n’a même pas infléchi la tendance : les réformes qu’il a induites, considérées sur les 20 années qui ont suivi, ne l’ont nullement enrayée puisqu’elle a poursuivi sur sa lancée. Tout au plus doit-on rappeler que le concile a été convoqué parce que l’Église avait conscience de ce déclin amorcé en Europe depuis des décennies, et qu’elle a voulu poser les bases d’un renouveau à beaucoup plus long terme ; renouveau qui ne peut se traduire qu’après que l’on a purgé les causes anciennes du déclin. Autrement dit, c’est plutôt à partir du milieu des années 80 que les effets du concile peuvent éventuellement commencer à se voir d’un point de vue sociologique.
Ensuite, on ne peut qu’être frappé par le séquençage en vingtaines d’années, c'est-à -dire en quasi-générations : la génération qui a quitté la pratique dans les années 50-60 est entrée dans la catégorie des non pratiquants ; 20 ans plus tard, une génération quitte à son tour les non pratiquants ; et ainsi de suite. D’où l’on peut présager que le groupe des non-pratiquants va continuer à se vider petit à petit, ayant servi de sas de sortie. Jusqu’où ? Nul n’en sait rien : tout dépend du rapport sociologique « normal » entre pratiquants et non pratiquants. Si on estime, sur la foi des études portant sur les périodes antérieures, que le rapport pratiquants/déclarés est de 1 à 4 (c'est-à -dire, parmi 4 catholiques déclarés, 1 pratiquant pour 3 non pratiquants), et si on considère que le taux de pratiquants a atteint son pallier bas autour de 4 ou 5% de la population, il s’en déduit que le pourcentage de catholiques déclarés devrait tendre vers 20% de la population en deux générations (disons 50 ans).
Cela signifie aussi que le sens et la portée de la pratique religieuse régulière a changé au cours du XXe siècle : en début de période, une bonne partie des messalisants étaient probablement des « catholiques sociologiques » : ceux-ci ont glissé naturellement dans la catégorie des « déclarés » non pratiquants avant de la quitter [cf. l’analyse de Thierry Boutet dans cette édition].
Quelle définition des « pratiquants » ?
Les pratiquants sont-ils plus « fidèles » à présent qu’ils sont réduits à un noyau restreint ? L’étude ne permet pas de répondre directement à cette question de façon fiable. En effet, l’enquête de l’IFOP comporte deux définitions des pratiquants, assez éloignées l’une de l’autre. Ne pas les différencier conduit à de sérieux contre-sens, qui sont d’ailleurs assez courants. D’où la nécessité de lever le lièvre.
Dans la série longue évoquée ci-dessus, on qualifie de « pratiquants » les « messalisants », c'est-à -dire les catholiques qui déclarent aller à la messe tous les dimanches ; autrement dit ceux dont on peut penser, au travers de la satisfaction à l’obligation dominicale, qu’ils sont globalement en phase avec les règles de l’Église. Mais dans toute la suite de l’étude, celle qui porte sur le rapport des catholiques à leur Église et sur leurs orientations, le concept de « pratiquant » est beaucoup plus large : il inclut les catholiques qui vont « occasionnellement » à la messe ; ce qui a pour effet de tripler leur proportion qui passe ainsi à 15% de la population alors qu’elle est en réalité inférieure 5%.
Pourquoi ? Parce que l’appréhension statistique fine d’un groupe qui représente moins de 5% de la population est en dehors des limites de validité des outils habituellement utilisés (le sondage auprès d’un échantillon représentatif de la population constitué de 1 000 personnes) ; il faut donc l’élargir pour l’étudier. Mais en l’élargissant ainsi on y fait entrer une part, lourdement majoritaire, de catholiques dont on sait par avance qu’ils sont en dehors des exigences minimales de l’Église : le contenu des réponses apportées par cet ensemble de catholiques dits « pratiquants » et leur interprétation sont inévitablement faussés par ce biais statistique. C’est pourquoi, si on veut les prendre en compte, il faut le faire avec beaucoup de précautions et en gardant toujours ce biais présent à l’esprit.
On en voit clairement l’impact dans l’étude incriminée. C’est probablement ce qui explique que, aux questions portant sur le rapport à l’Église ou sur les grands débats de morale, les réponses des « pratiquants » (ainsi élargis) soient assez proches de celles de l’ensemble de la population.
Une nouvelle génération de pratiquants
Il faut ici enfoncer une porte ouverte pour écarter les trop fréquents contresens et malentendus : le noyau de pratiquants au sens strict (les messalisants) est certainement plus exigeant que ne le sont les non-pratiquants, même si leur appréhension de la foi et des sacrements s’est passablement délitée par rapport à leurs prédécesseurs. De cette plus grande exigence, on décèle un indice dans les réponses aux questions politiques : les pratiquants (certes dans leur acception élargie, mais ce que l’on constate du côté des non-pratiquants suggère que ce sont les messalisants qui infléchissent le sens de la réponse) sont les plus attachés à l’évocation des racines chrétiennes de la France (et de loin, avec 12 points d’avance sur les non-pratiquants) et les plus réactifs à l’encontre de Nicolas Sarkozy (c’est chez eux que sa cote de popularité a le plus baissé).
Ce constat a un sens. Certes, les pratiquants comptent un fort pourcentage de retraités ; mais en renouvellement permanent (et naturel). Surtout, les indicateurs sociologiques font apparaitre une surreprésentation des cadres supérieurs, des professions libérales, des professions intermédiaires. En outre les exceptions géographiques sont intéressantes ; moins les régions traditionnelles (Alsace-Moselle, Jura, Sud du Massif Central, Pays basque, Ouest intérieur), que certains départements dotés d’un grand sanctuaire ou d’un pèlerinage national récent, et l’ouest de la région parisienne qui enregistre un taux de pratique compris entre 17 et 20% alors que la part des non-pratiquants y est proportionnellement inférieure à la moyenne nationale : les trois départements concernés, qui ne peuvent être qualifiés de traditionnels, se caractérisent notamment par une structure sociologique, familiale et culturelle suffisamment typée pour y voir l’indice d’un nouveau potentiel.
Autrement dit, les messalisants d’aujourd’hui constituent une population qui, dans ses forces vives, est d’un niveau culturel plus élevé, qui bénéficie de plus de ressources, qui exerce davantage de responsabilités, et qui, par conséquent, peut être qualifiée de plus dynamique et exigeante. On doit constater aussi que ce noyau est en décalage flagrant avec le gros de la structure cléricale, notamment celle qui est issue des ordinations des années 60 à 80, laquelle est plus en phase avec les pratiquants occasionnels ou les non pratiquants ; d’où probablement les nombreuses incompréhensions entre les uns et les autres, et des comportements réciproquement mal acceptés. C’est pourtant sur ce noyau de pratiquants que peut se rebâtir une pastorale, pourvu que l’on sache répondre à ses exigences, ou, si elles ne sont pas exprimées, les susciter et les alimenter.
Que faire des catholiques « déclarés » mais non pratiquants ?
Quant aux catholiques déclarés mais non pratiquants, ils sont massivement en transition de sortie complète. Tant qu’ils demeurent largement majoritaires dans la population, ils « font l’opinion » : c’est mathématiquement inévitable. Au fur et à mesure que cette catégorie se vide, c’est de moins en moins vrai. C’est pourquoi il serait hasardeux d’y voir l’assise d’un « catholicisme sociologique » auquel pourraient continuer de s’alimenter les racines chrétiennes de la France. À court terme, sans doute, et pour plusieurs années encore, cette catégorie continuera de fournir les bataillons politiques de la droite. Mais une course-poursuite est engagée entre son déclin et sa capacité à peser.
Quant à y voir le terrain d’une inversion éventuelle de tendance, c'est-à -dire une population à ramener au bercail ecclésial de façon douce et progressive, elle est vaine d’un strict point de vue sociologique (je ne juge évidemment pas du for interne ni des situations individuelles, mais je me place sur un plan général) : on ne rattrape pas par la manche des gens qui s’en vont sur la pointe de pieds, sans même se retourner, finissant par ajuster ce qu’ils croient à ce qu’ils vivent.
Si cette analyse est juste, et on est en droit de le penser au vu des réponses qu’ils apportent aux questions de fond, le « troisième cercle » n’a pas de consistance. On perd donc son temps et son énergie à chercher à le retenir en l’amadouant ou en le flattant. Plus même, il est certainement dangereux autant que problématique de poursuivre une pastorale sacramentelle (baptême et mariage) essentiellement tournée vers lui, « dans l’espoir que… », alors qu’il n’en a rien à faire puisqu’il en vient et s’en retire.
J’en déduis que, à son endroit, l’Église de France n’a d’autre choix que d’entrer dans une pastorale de mission complètement différente, destinée à une vaste population qui, en fait, est déchristianisée, et qui relève de la conversion ; c'est-à -dire non des méthodes de « proposition » mais de la proclamation de l’Évangile et de l’appel à l’Esprit Saint. Et tant pis si le consensus mou sur la « laïcité apaisée » doit en souffrir : c’est, en fin de compte, le vrai message que nous adressent les musulmans.
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Pour en savoir plus :
L’enquête de L’Ifop-La Croix
Thierry Boutet : Forces et faiblesses du catholicisme culturel, Libertepolitique.com, 8 janvier 2010
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Commentaires (8)
Nous sommes dans une spirale descendante de la Foi due à l'arrêt de la transmission du message évangélique par les familles à leurs descendants.
(J'ai dans ma famille l'exemple de deux de mes gendres (baptisés mais incroyants) qui ont été convertis brutalement lors de célébrations religieuses et qui ont du être catéchisés par leurs épouses, mes filles, qui elles s'étaient éloignées sensiblement de la pratique religieuse.
Les uns apportaient le témoignage de la grâce reçue et les autres replaçaient celle-ci dans l'histoire de leur religion. Cela se termine par un total renouvellement intérieur des deux familles qui sont devenues messalisantes !)
En réalité, J'ignore quel a été le départ de cette crise de Foi.
En France, le siècle des soi-disant lumières me semble être révélateur d'une distance sensible prise par rapport à l'Evangile.
Gardons nous de stigmatiser l'Eglise pratiquante restante en l'accusant de ne pas répondre aux besoins des non pratiquants (mauvais accueil, tristesse ou ennui des célébrations etc...) je trouve cela injuste en grande partie.
On ne fait pas boire quelqu'un qui n'a pas soif !
Il faut prier et témoigner de sa foi pour donner soif aux autres.
Seul l'Esprit Saint, l'Esprit de Pentecôte nous donnera cette force.
Il n'étaient que 12 apôtres et ont fait des miracles !
Il faut également redonner une éducation religieuse et une formation solide à nos enfants et aux recommençants pour bâtir sur le roc.
Cette scolarisation s'est opérée essentiellement à l'école laïque. En effet, dès 1945, les subventions à l'école catholique ont été supprimées; de nombreuse écoles catholiques ont du fermer. Pendant 15 ans l'école catholique a fonctionné presque uniquement grâce aux contributions des parents. Cette injustice a été atténuée par différentes lois dont la principale est la loi Debré de décembre 1959, mais de nombreux freins persistent encore dont on ne peut faire le catalogue ici. Le principal est le quota de 20% imposé à l'école catholique pour les postes d'enseignants, ce qui ne permet aucun rattrapage quelles que soient les demandes d'inscription ( environ 30000 demandes sont refusées chaque année).
L'influence de l'école laïque dans l'éducation des enfants est donc très prépondérante depuis plusieurs générations. C'est une des causes essentielles ou même, sans doute, la cause essentielle de la déchristianisation car l'école laïque est d'inspiration agnostique et athée, avec une composante antichrétienne qui se manifeste clairement dans les manifestations laïque ( voir, par exemple, dans le journal "Le Monde" les florilèges des slogans aux manifestations du 16 janvier 1994 et du 9 décembre1995. La culture laïque est polymorphe, mais, en tous cas, elle laisse de côté la relation humano-divine, composante essentielle de la nature humaine.
Il faudrait donc établir une égalité complète entre les écoles en respectant le choix des parents. Il faudrait aussi, ce qui n'est pas toujours le cas, que les écoles catholiques proposent une véritable éducation chrétienne.
"le noyau de pratiquants au sens strict (les messalisants) est certainement plus exigeant que ne le sont les non-pratiquants, même si leur appréhension de la foi et des sacrements s’est passablement délitée par rapport à leurs prédécesseurs"
Qu'est ce qui le prouve ? A mon niveau, je n'ai aucun élément qui permet de dire que la sainteté des prédécesseurs était supérieure à celle des catholiques. Je pense par contre que ce genre de propos, sous des dehors de "c'était mieux avant" sape beaucoup. J'ai d'autant plus de mal à croire cette hypothèse que le catholicisme du début du XXème était aussi un catholicisme social et d'obligation. La culture religieuse était donc plus grande mais la foi, ce n'est pas si sûr. La montée de certains adversaires farouches de l'église au début du XXème tenderait d'ailleurs à confirmer cette hypothèse.
J'ai donc tendance à situer le début du déclin du catholicisme au début du 20ème siècle et à le relier aux deux grandes guerres matérialistes, dont la deuxième, associée au nazisme et au communisme, a sans doute eu des effets encore plus dévastateurs. Mais je n'ai aucun élément pour le prouver non plus! La décroissance serait engagée bien avant que l'on en voit les effets dans les chiffres. Les évènements du On pourrait, si cette hypothèse est juste, affirmer que le déclin, économique, culturel, de l'Europe est intimement lié à celui du catholicisme et à une montée d'un matérialisme violent qui perdure sous d'autres formes aujourd'hui. Il y aurait donc, au delà des raisons individuelles et sociologiques, une cause politique profonde à ce déclins, les trois étant probablement liés, cause politique que l'on pourrait faire remonter jusqu'à la révolution française. Encore faudrait-il avoir les chiffres de la pratique religieuse jusqu'à cette époque.
Quant à savoir si un retour en arrière est possible ? j'ai tendance à dire que non. On ne reviendra pas à un catholicisme relié au politique en Europe. Est-ce grave ? sans doute que non... qui imaginerait aujourd'hui les chrétiens des premiers siècles assistant à la cérémonie de l'empereur romain après les jeux du cirque ??
1- L'auteur semble penser qu'il serait vain de réclamer une reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe dans une terre essentiellement déchristianisée aujourd'hui. Je ne suis pas de cet avis. Même si la terre est largement déchristianisée, et je suis d'accord sur ce constat, la racine chrétienne reste présente dans la société sous forme subliminale et elle est universellement présente par exemple dans le domaine juridique qui nous régit. Si nous perdons ces racines chrétiennes ainsi que leur référence, nous dériverons nécessairement vers autre chose dont les valeurs fondamentales, avec le temps, seront substantiellement différentes. Le point est donc important et vaut, de mon point de vue, un combat sans concession.
2- L'auteur et certains commentateurs se sont penchés sur les raisons du déclin du catholicisme. Probablement que chacun a en partie raison. Pour ma part, je souhaite apporter un argument supplémentaire au débat, argument qui me semble essentiel. Je pense comme certains que le déclin ne date pas seulement de l'après-guerre, mais de bien avant. Le premier coup de canif a effectivement été donné par les Lumières, mais l'inertie sociale avec une structure dirigeante pratiquante par obligation en a freiné, longtemps, la progression. Il y a cependant eu, au moins en France, une période très troublée, celle de 1905 notamment avec l'arrivée au pouvoir ou dans ses coursives de personnes ouvertement anti-cléricales. Par ailleurs, cette époque a été caractérisée par un accroissement des connaissances scientifiques sans précédent et les anti-cléricaux sont entrés dans cette brèche, prenant appui sur la science pour discréditer la pensée religieuse qui était alors qualifiée de rétrograde. L'Eglise, très tournée sur la philosophie et bien peu sur les sciences, n'a pas pris la mesure du défi et s'est laissée submerger par le discours "scientiste" d'alors. Pis, elle a même trouvé en la personne, par exemple, de Teilhard de Chardin, des "collaborateurs" contre elle-même et n'a pas su ou voulu les disqualifier. Ainsi, l'Eglise, en établissant un compromis avec la science, a, de fait, abandonné, d'une façon ou d'une autre son fondement philosophique basé sur le mythe de la création. Que l'Eglise se rende à la science n'est en soi pas critiquable quand la science établit des faits non discutables, comme la gravitation de Newton par exemple ou le point de vue de Galilée (quoi que, pour ce dernier... Mais cela nous amènerait trop loin). Par contre, en ce qui concerne l'évolution, même s'il est des points a priori indubitables d'un point de vue scientifique comme les datations (et encore là , il faudrait vraiment trier), il en est d'autres qui sont beaucoup plus discutables voire complètement faux comme la théorie de l'évolution elle-même qui va à l'encontre, entre autres du deuxième principe de la thermodynamique universellement accepté de par le monde. Or, comme l'Eglise n'a pas réellement fait la critique scientifique de la science, comme elle ne s'est pas donnée les moyens de le faire, elle s'est retrouvée en partiel accord avec une science qui a pris des formes technologiques et a accompli des prouesses et amené à elle la croyance et la conviction des peuples. D'ailleurs, au programme de BAC actuellement, la théorie de l'évolution est prégnante, c'est le moins qu'on puisse dire puisqu'elle représente en série S environ 1/3 du programme de SVT alors qu'elle ne tient absolument pas la route, encore une fois ne serait-ce que parce qu'elle contredit le deuxième principe de la thermodynamique dont je donne ici une forme que tout le monde comprendra: si on met en contact 2 corps dont un chaud et un froid, le corps chaud se refroidira au profit du corps froid qui se réchauffera. L'inverse ne se produit jamais. Sans entrer dans le détail, la théorie de l'évolution contredit à chaque ligne ce principe qui semble évident au commun des mortels. Alors, une Eglise qui s'englue dans un discours byzantin et essaie de ménager la chèvre et le chou, voilà qui ne crée guère de vocations et qui n'inspire pas forcément confiance au quidam. Au final, quand on n'est pas sûr de soi, on a du mal à convaincre...
« Remontée du catholicisme dans les années 1970 ? ».
Je suis d’accord que la pointe de 1972 est aberrante. D’ailleurs, rien de tel n’apparaît dans les chiffres, issus en partie d’autres sondages, que je citais dans mon dossier « Religions et démographie en France » publié dans la revue "Population et Avenir". Il n’est pas nécessaire de s’appesantir là -dessus, comme le fait l’auteur.
Il conviendrait peut-être aussi d’être plus prudent dans le calcul de points de baisse, vu la fragilité de ces résultats d’enquête.
« L’invalidation des discours explicatifs… »
Je suis très sceptique sur le « pourcentage normal (et immuable) pratiquants/catholiques déclarés » et sur sa valeur de 1 quart. Le graphique qui accompagne le texte le donne effectivement à peu près égal à 1 à 4 vers 1970, mais à 1 à 15 à l’heure actuelle.
« Quelle définition des pratiquants »
L’explication du changement de définition des pratiquants : pratiquants occasionnels au lieu de pratiquants hebdomadaires, par des raisons statistiques, est ingénieuse, mais, je pense, fausse. Tout d’abord on n’a pas remplacé les messalisants par les pratiquants occasionnels. Ces derniers sont ceux qui vont à l’église aux Rameaux ou pour une cérémonie familiale. On a remplacé les messalisants par les pratiquants réguliers, c’est-à -dire, les personnes qui vont souvent à la messe mais pas systématiquement tous les dimanches.
Ce changement traduit des changements sociologiques. Dans le temps, il était inconcevable pour un bon catholique de ne pas aller à la messe « tous les dimanches ». Aujourd’hui beaucoup de pratiquants n’hésitent pas à « sauter » des messes dominicales, car ils sont sollicités par bien d’autres choses. On n’est plus dans le cadre villageois de la fin des années 1940, où la seule occupation possible du dimanche matin qui sortait de l’ordinaire était la messe.
« Une nouvelle génération de pratiquants »
L’auteur parle de trois départements de l’ouest. Lesquels ? S’il est exact que les pratiquants restants sont plus nombreux chez les diplômés et les CSP les plus aisés, on peut aussi remarquer qu’ils sont également plus nombreux chez les immigrés récents catholiques et leurs enfants originaires des Dom-Tom, d’Afrique et d’Asie. On peut en faire l’expérience dans les églises des banlieues populaires des grandes villes.
Pour finir, je ne me prononcerai évidemment pas sur les conclusions pastorales de l’auteur.
Alfred Dittgen, auteur du dossier « Religions et démographie en France : des évolutions contrastées », publié dans la revue "Population et Avenir", n° 684, septembre-octobre, www.population-demographie.org
Il faut effectivement en finir avec cette fausse pastorale totalement inefficace déployée autour des baptêmes et des mariages.
1) Sur le site du Diocèse de Nanterre, on trouve une rapide analyse du nouveau rituel du baptême : il y est dit que l'accent est mis sur les baptêmes "simultanés" en dehors de la Messe.
Autrement dit, des "baptêmes-parties" le dimanche après-midi, en présence de la communauté paroissiale. Imaginons un instant qu'un Dimanche par mois dans nos paroisses, nous allions assister aux baptêmes du mois, accueillir les nouveaux baptisés et leur famille. Ne serait-ce pas une meilleure façon de vivre selon ce qui se trouve dans les Actes des Apôtres ? Au lieu de ces baptêmes désertés, où personne ne chante car seul les non-croyants, pardon, non-pratiquants sont présents ?
Il faut donc repenser complètement la préparation au baptême, mais aussi au mariage.
Donner une véritable formation catéchétique aux parents et fiancés, cesser de négocier sur les point de doctrine. Si ces personnes s'adressent à l'Eglise, c'est qu'ils veulent entendre le message de l'Eglise, pas celui de Mme Michu qui n'a aucune formation et n'y connait rien.
Par exemple, mettons un coup d'arrêt au pseudo weekend de préparation au mariage catholique où les fiancés ... couchent dans le même lit et la même chambre ! Est-ce là le discours de l'Eglise ? Ces gens ne sont-ils pas capable de vivre ne serait-ce qu'un weekend sans faire lit-commun ? Cela revient au final à contredire la théorie par la pratique, hors en pédagogie, on obtient 80% d'efficacité lorsque l'on donne la théorie, mettons en exemple la pratique puis faisons pratiquer.
Actuellement, les pastorales du mariage et du baptême font l'inverse : on masque autant que possible la théorie car elle s'oppose à la pratique des "enseignant" et surtout on ne parle pas de faire pratiquer !
2) Pour les "messalisants" : il est très difficile d'avoir, en France, une vie spirituelle nourrie par la paroisse en campagne.
Les "messalisants" vont pouvoir trouver, surtout dans certaines grandes villes, des groupes sans lien avec les paroisses pour nourrir leur Foi, ou auprès de communauté ... non diocésaines !
Comme le fait remarquer "Leroy" (premier commentaire), les prêtres qui ont mis le bazard et jeter aux orties l'enseignement de l'Eglise ont verrouillé les postes clés dans les diocèses et séminaires et infligé leur vision étroite de l'Eglise aux futurs prêtres, qui ont étaient obligés de faire des compromis pour pouvoir être ordonnés. Le résultat est là : si les prêtres formés dans les années 80-90 sont plus proche de la doctrine de l'Eglise, ils n'en ont pas pour autant été formés à être prêtres, et encore moins curé.
Alors comment dans ces conditions pouvoir approfondir les enseignements de l'Eglise lorsque la minorité vociférante l'en empêche et qu'au nom d'une unité qui n'est que de façade on ne met pas à la porte ceux qui dans leurs actes et leur esprit l'on déjà prise ?
Cela provoque un vrai barrage pour nourrir la vie spirituelle des "messalisants" dans les paroisses, surtout en milieu rural.
3) Le problème Liturgique découle de tout cela.
Néanmoins, il faut bien voir quel est sa place. Jean-Paul II invitait les évêques d'Ile de France à redécouvrir la catéchèse de la Liturgie.
Certains évêques, s'opposant par avance au motu proprio sur la forme extraordinaire du rite romain, parlaient de la Liturgie comme expression de la Foi.
Or, dans les paroisses, le refus idéologique du latin ou de s'inspirer du répertoire grégorien pousse à utiliser des chants comportant des hérésies. En ce temps de Carême, qui n'a pas subi le chant "Nous irons au désert poussé par l'Esprit" ... et son couplet prônant "nous choisirons notre Dieu" !
Une année, ce chant était chanté tous les dimanches de Carême dans une cathédrale Française. Comment voulez-vous que les fidèles acceptent Dieu tel qu'Il est et non tel qu'ils le veulent ?
Et des erreurs comme celle-ci, il y en a à longueur de chants francophones utilisés dans les paroisses, surtout rurales (car des répertoires plus conforme n'ont pas réussi à arriver jusque là ).
Il y a cette notion que la Liturgie enseigne à sa manière la Foi, le catéchisme. Mais comme la Liturgie a été saccagée dans les années 70, toute cette part de la transmission ne s'est pas faite et ne se fait plus. De plus comme personne ne comprend plus la Liturgie (surtout lorsqu'elle est falsifiée), il y a perte totale de cette notion d'Expression de la Foi et dans ces cas les célébrations expriment les croyances d'une équipe ne connaissant que très superficiellement le catéchisme et transmettant donc ces erreurs.
Voilà pourquoi, je ne suis pas d'accord avec la conclusion de M. Dittgen mais qu'au contraire, je pense qu'auteur de l'article a raison de demander un changement radical de pastorale.
UdP,
Boris Maire




Les seules statistiques intéressantes concernent le clergé, ce sont ces séries statistiques qu’il faut étudier. Elles démontrent que la crise ne date pas du Concile Vatican II mais de la décennie 1950-1960. En effet, on constate alors la plus forte chute du nombre d’ordinations passant du pic de 1947 (1618 ordinations) au creux des 563 ordinations de l’année 1957. Le nombre d’ordinations a donc été divisé par trois en une décennie, jamais plus on ne reverra un telle chute vertigineuse. Le Concile Vatican II a donc été ouvert pour répondre à cette crise des années 50 à laquelle Jean XXIII souhaitait répondre par son aggiornamento.
L’effondrement continue jusqu’en 1962 mais moins rapidement puis on constate un pic sur deux ans 1963-1964 probablement dû au Concile.
La lente érosion continue jusqu’en 1978 date à partir de laquelle les ordinations se stabilisent autour de 100-120 /an. L’année 1972 bien loin de correspondre à un quelconque sursaut est l’année du plus grand nombre de départ de prêtres jamais constaté : 225 pour cette seule année.
Les origines de la crise doivent donc être situées juste après la guerre ; c’est cette période historique qui doit être étudié pour comprendre ce qui s’est passé dans la décennie 1950. Or, les prêtres ordonnés dans cette période de très grande crise sont ceux qui 20 ans plus tard mettront en place la pastorale des années 70-80, pastorale qui explique pour une bonne part l’effondrement cette fois de la pratique et du nombre de pratiquants.