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Revue n°38 :
REPERES


Guillaume de Lacoste Lareymondie* : Où en est la création musicale ?

Résumé : À un philosophe ou un économiste, la composition musicale d’aujourd’hui donne une impression générale de décadence. L’impuissance de la musique classique à se renouveler masque une créativité, sous évaluée, venue d’horizons différents. Un renouveau qui cache peut-être un retour aux sources de la grande musique.


LES MUSICIENS et les professionnels de la musique sont-ils les seuls à avoir autorité pour parler de la musique ? L’objet de cet article est d’aborder la création musicale, non en musicologue, mais du point de vue de la réception des œuvres par le public. Cette approche partielle est légitime en philosophie et en économie. Le propos qui suit s’en tient à ce seul aspect, dans le but d’esquisser une perspective critique.

Une impression générale de décadence

Qui sont les grands compositeurs vivants ? ou même récents ? Ceux qui, comme Arvo Pärt ou John Tavener, s’imposent avec évidence au-delà des cercles avertis sont rares.
Toutes les époques pourtant, dès avant la Renaissance jusqu’au début du XXe siècle, ont connu leurs grands : Machaut, Dufay, Josquin des Prés, Palestrina, Lassus, Monteverdi, Schütz, Lully, Charpentier, Lalande, Purcell, Scarlatti, Couperin, Vivaldi, Telemann, Rameau, Bach, Haendel, Pergolèse, Gluck, Haydn, Mozart, Beethoven, Rossini, Schubert, Bellini, Berlioz, Mendelssohn, Chopin, Schumann, Liszt, Wagner, Verdi, Gounod, Offenbach, Brahms, Bizet, Tchaïkovski, Dvořák, Rimsky-Korsakov, Fauré, Puccini, Debussy, Ravel, Rachmaninov, Falla… Cette liste rapide est presque entièrement connue de tous, ou à peu près. En quelque sorte, Stravinsky vient la parachever en apothéose . Mais Stravinsky lui-même et, déjà avant lui, Mahler ou Richard Strauss, semblent montrer un mouvement qui s’essouffle.
Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, quels compositeurs ont percé dans le public ? Poulenc, Orff, Hindemith, Chostakovitch, Prokofiev, Britten, Bernstein, Gershwin, Messiaen… Et encore ! non seulement ils ne semblent pas suivre la même carrière de gloire que leurs aînés, mais les musicologues les délaissent au profit d’autres, inconnus par ailleurs : Schœnberg, Milhaud, Honegger, Stockhausen, Xenakis, Boulez, Cage… pour citer les plus réputés.
De fait, les auditeurs non avertis ne se retrouvent pas dans les œuvres de ces musiciens. Au terme de l’immense vague renaissante et romantique, la musique dite « classique » s’est comme recluse dans des cercles étroits. Ayant poussé dans leurs dernières limites les principes de créativité et d’émotivité, elle semble n’avoir pas su se ressourcer et s’être laissée emporter dans une dérive ésotérique. D’une certaine manière, la poésie et les arts plastiques ont suivi le même mouvement. Il en résulte un art cérébral, sec et dont le public se détourne. Les experts s’en excusent en expliquant qu’il faut s’y initier pour l’apprécier ; mais même initié, le public n’y prend pas vraiment goût ; et cette initiation trop particulière est bien le fait d’un art fermé sur lui-même.
Parallèlement, la désaffection pour la musique contemporaine a laissé la place à une vaste redécouverte des musiques baroques, renaissantes et médiévales.

[Fin de l'extrait] ...

Pour lire le texte complet, commandez Liberté politique n° 38 en cliquant ici

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