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la Lettre ouverte au Président de la République "La question turque :
au nom de la paix, je demande que soit respectée l'identité de l'Europe"
Lettre ouverte à M. Jacques Chirac,
Président de la République française
En faveur d'un référendum immédiat sur l'adhésion
de la Turquie à l'Union européenne
Monsieur le Président,
Vous avez porté la voix de la France au Conseil européen
de Bruxelles, le 17 décembre 2004, pour demander l'ouverture
de négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Or cette
perspective pose une question de principe qui n'a jamais été tranchée.
Pour que la position que vous y avez exprimée soit celle de tous les Français
et non une position personnelle, elle devait être prise par les Français,
par conséquent par référendum, et avant la délibération du Conseil européen.
Faute d'avoir été entendus, nous demandons que ce référendum, auquel vous avez consenti,
n'ait pas lieu à la fin des négociations, mais dès que possible, pour préserver l'honnêteté
de ces mêmes négociations, qui s'ouvriront officiellement le 3 octobre 2005.
Monsieur le Président, nous sommes d'accord avec vous sur un point,
l'enjeu est la Paix du continent européen. La paix ne peut se construire
que sur une identité culturelle commune, base de la future citoyenneté européenne.
Le bon fonctionnement de la démocratie et le respect des droits
de l'homme par la Turquie ne suffisent pas à qualifier cette identité.
Nul ne conteste les progrès que ce pays a enregistrés depuis plusieurs
années, quoique beaucoup revêtent un caractère plus formel que substantiel.
Mais bien d'autres pays à travers le monde ont accompli les mêmes : ils
n'ont pas vocation pour autant à rejoindre l'Union Européenne.
L'identité géographique et stratégique de la Turquie est orientale.
95% du territoire turc sont situés à l'Est du Bosphore ; sa capitale en plein cœur
de l'Anatolie ; son implication dans le conflit irakien patente, jusqu'à revendiquer
un droit de regard sur l'avenir de la région de Mossoul et ses réserves pétrolières.
Veut-on pousser les frontières de l'Union Européenne jusqu'au cœur
du Proche-Orient et l'impliquer directement dans ses conflits ?
Ses relations avec l'Europe n'ont jamais été d'appartenance
mais de conflit irréductible. Oui, l'Empire ottoman a étendu son pouvoir
sur une bonne partie de l'Europe orientale et méridionale pendant plusieurs
siècles : non pour s'européaniser, mais en tant que colonisateur pour
l'islamiser et mettre au service de sa puissance des populations asservies
et exploitées. Chypre en porte encore la marque : pouvons-nous accueillir
un pays dont l'armée occupe en toute illégalité le quart du territoire
d'un membre de l'Union européenne et qui y soutient un gouvernement fantoche ?
Trop de contradictions demeurent entre les fondements de la société
turque et les nôtres.
- La laïcité turque n'a rien à voir à voir avec la nôtre.
Elle a été instituée non pour séparer l'Etat de la religion, mais pour
créer, sous un contrôle étroit de l'État, un islam « turquisé ».
La liberté religieuse n'y a pas cours : les religions non musulmanes
y sont à peine tolérées. Veut-on réellement réimporter ce modèle en
Europe ?
- La démilitarisation de l'appareil étatique, entreprise
par le parti islamiste AKP reste largement de façade.
- La Turquie enfin, ce ne sont pas simplement les 70 millions
d'habitants recensés sur le territoire : tous les turcophones d'Asie
centrale ont vocation à acquérir la citoyenneté turque sur simple
demande, parce qu'ils forment une communauté qui partage la même histoire,
la même langue, la même culture et par conséquent la même identité et
dont la Turquie revendique et assume le leadership : ce sont au total
200 millions de Turcs qui se présentent à nos portes !
L'Europe a déjà un problème d'identité.
Nous avons plusieurs langues ; diverses expressions religieuses, des traditions
politiques parfois opposées, une histoire faite de conflits encore récents.
Nous sommes tiraillés entre des intérêts géopolitiques différents. Comment
espérer intégrer un modèle de société, certes respectable, mais tellement
différent et d'un poids démographique si lourd ?. Loin de lancer un pont
entre l'Occident et un Orient dont la composante arabe lui en dénie la
légitimité, l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ré-introduirait
au cœur de notre continent le conflit de civilisation que nous cherchons
à éviter.
Il ne s'agit pas de repousser la Turquie mais de lui proposer
un contrat d'association qui pourrait aller jusqu'à lui conférer autant d'avantages
économiques que ceux que la pleine adhésion lui donnerait et qui aurait pour limite
la participation à nos institutions politiques européennes.
Cette position, vous le savez, est soutenue par la majorité de
l'opinion européenne.
C'est elle aussi qui déjoue la volonté américaine de diluer
l'identité culturelle de l'Europe et sa puissance politique.
Avec une majorité d'Européens nous pensons au contraire que l'apaisement
des conflits passe par le respect de l'identité de chacun. L'entrée
de la Turquie dans un projet politique européen est de nature à attiser
les tensions au sein du continent et générer de nouvelles ruptures porteuses
de lourdes menaces pour la paix.
Pour ces raisons, nous ne pouvons pas accepter que le peuple
français soit écarté de la décision.
Monsieur le Président, nous vous demandons
que cette décision soit prise par les Français, par conséquent par référendum
et dès que possible, sans attendre la fin des négociations.
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au nom de la paix, je demande que soit respectée l'identité de l'Europe"
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