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27 mars Église
3e anniversaire de la mort de Jean Paul II, pape johannique 3e anniversaire de la mort de Jean Paul II, pape johannique
Hélène Bodenez

Trois ans après sa mort donnée comme un grand signe au monde, Jean-Paul II demeure dans les coeurs. Le grand vent de ses obsèques exceptionnelles s’est changé en brise légère. Le silence de la séparation est devenu rosée fraîche, descendant d’une « fenêtre du ciel » toujours ouverte, étanchant dans un goutte à goutte de la dernière chance la soif d’un monde qui ne sait plus à quelle source d’eaux vives se désaltérer. Mystérieuse communion des saints…

Trois ans après la mort du pape slave, les qualificatifs manquent pour dire la grandeur et la sainteté. L’on voudrait trouver le meilleur angle pour lui rendre hommage encore et encore. Tout a tellement été dit. Serait-ce l’angle de la miséricorde ? de la nouvelle évangélisation ? des jeunes et des JMJ ? du grand jubilé de l’an 2000 ? de la souffrance et de l’Évangile de la croix ? de la culture et de l’art ? du dialogue interreligieux ? l’angle de l’engagement politique même, de la résistance au nazisme, au communisme, de la résistance à toute forme d’idéologies mortifères, lui le pape qui fit tomber le mur de Berlin ?

« L'amour du Pape Wojtyła pour le Christ s'est déversé sur le monde »

Trois ans après, comment célébrer Jean-Paul II de la façon la plus juste et vraie ? Elles sont tellement nombreuses les notes du « parfum de nard pur qui embaume » aujourd’hui et à jamais toute l’Église. Nous voudrions pourtant en trouver la dominante délicate, celle qui porte toutes les autres. On essaie alors d’approfondir ce qui subsiste, comment l’odeur de sainteté demeure dans le cœur de tous ceux qui reconnurent « Grand » ce pape-là, comment la foi de tous ceux qui l’aimèrent, se meut, lutte, se purifie et grandit, grâce à lui « le sportif de Dieu », lui dont « l’ascension intérieure [1] » n’avait rien à envier aux ascensions extérieures des monts qu’il affectionnait tant.

Trois ans après, ne cessant de méditer tous ces événements, constatons que le parfum n’est pas capiteux, mais que la senteur se fait fragrance subtile. Cette subtilité-là ne vient que d’un endroit. Et l’hommage s’impose alors de lui-même : c’est par la Vierge, la nouvelle mère d’un Karol devenu Jean-Paul, que l’auteur du Rédempteur de l’homme est toujours passé ; si c’est par elle, en elle même, que Jean-Paul II a tant voulu vivre du Christ, « son tout », alors c’est sous l’angle de cette coopération unique dans l’histoire de l’Église que nous voulons nous aussi aujourd’hui l’honorer en ce troisième anniversaire de son retour au Père.

À quelques mois du voyage de Benoît XVI en France, et à Lourdes particulièrement pour le 150e anniversaire des apparitions, Lourdes lieu privilégié où les papes de ces « temps qui sont les derniers » consacrent donc leur mission pour le monde entier, l’angle de l’hommage devient plus évident encore.

Le pape ayant la Vierge pour manteau

N’aimerait-il pas, le pape au « M » bleu, que nous continuions de vivre alors de l’année 1987 ? De la Pentecôte 1987 à l’Assomption 1988, « une année de Marie », est proclamée, une année entière pour approfondir le « profil marial » prééminent de l’Église. Le pape polonais écrit alors comme un deuxième volet à Redemptor hominis son encyclique inaugurale. La sixième encyclique du pontificat, encyclique post-attentat, Redemptoris Mater, est ainsi livrée en pleine année mariale, suivant de près « l’année du Rédempteur » de 1983. Bienheureux étions-nous de passer d’années de grâce en années de grâce ! De miséricorde en miséricorde !

Intrépide, Jean-Paul II ose [2] et insiste alors sur la « coopération maternelle [de Marie] à toute la mission du sauveur par ses actions et ses souffrances », réalisée à la Croix. Par sa charité ardente, Marie « entrait d’une manière tout à fait personnelle dans la médiation unique “entre Dieu et les hommes ” qui est la médiation de l’homme Jésus-Christ ». Pour le pape, l’Immaculée conception la prédisposait à la coopération avec le Christ, « médiateur unique du salut de l’humanité ». « Et cette coopération, c’est précisément sa médiation subordonnée à la médiation du Christ. »

Mais dans le cas de Marie, il s’agit « d’une médiation spéciale et exceptionnelle ». Jean-Paul II regarde comment Marie, prédisposée à devenir mère des hommes, joue un rôle prépondérant dans l’Église naissante, de la Croix à la Pentecôte en passant par le Cénacle. Dans cette lignée des premiers disciples vivant à l’ombre de la Vierge, et notamment de Jean « le disciple que Jésus aimait », totus tuus, Jean-Paul II s’est revêtu de Marie, « mère des vivants », et vécut en elle jusqu’à sa mort, elle qui fut donnée au monde, au pied de la Croix par Jésus à Jean, le disciple de son cœur. En « disciple qui la prit chez lui », in sua, le pape veut d’une certaine façon ne « passer » que par Marie toujours mère, le Christ étant lui le premier « passé » par elle, la bien-aimée du Père. Suivant de près l’Agneau, Jean-Paul II vit une kénose qui ne pouvait se faire sans l’humilité de l’Immaculée. Dans tous ses voyages, ses actes privés et publics, dans toute sa geste de pape désormais mieux connue, on voit que Jean-Paul II n’a alors cessé de vouloir faire ce don au monde, le don de Marie, « pleine de grâce », lui qui la recevait à chaque instant du Christ mourant et qui en connaissait la fécondité essentielle.

La médiation d’intercession de la « Vierge, toujours mère » [3]

Après l’Ascension, « sa maternité demeure dans l’Église, comme médiation maternelle : en intercédant pour tous ses fils, la mère coopère à l’action salvifique de son Fils, rédempteur du monde. » Après l’Assomption également, Marie continue d’intercéder et c’est ainsi que « la médiation de Marie se poursuit dans l’histoire de l’Église et du monde».

En proie aux luttes de toutes sortes, à la maladie qui vient, avec un œil d’aigle, le pape qui fait entrer de manière pressée l’Église dans le troisième millénaire comprend le « testament familial » du geste au pied de la Croix, a compris depuis longtemps qu’un second Avent ne peut se préparer sans la Vierge, toujours mère.

Le pape, serviteur des serviteurs, approfondit, creuse plus que jamais le « Voici ton Fils », et ainsi le rôle éminent de Marie, servante du Seigneur, mère du Verbe Incarné, mère de l’Église jusqu’au bout, jusqu’à la fin :
« Ainsi la maternité [de Marie] demeure sans cesse dans l’Église comme médiation d’intercession, et l’Église exprime sa foi en cette vérité en invoquant Marie “sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, de Secourable, de Médiatrice ” ».
Ne sachant au fond ne pas faire autre chose que de donner Jésus, Marie a formé de manière éminente Jésus en ce pape d’exception, comme elle continuera de former Jésus en tous ceux qui la prendront chez eux jusqu’à la fin des temps. C’est de cette maternité substantielle de Marie que le pape Jean-Paul II a vécu : elle a fait de lui un enfant de Marie, dans une coopération continue au sacerdoce du Christ. De cela, de cette grâce de la Croix, Jean-Paul II a vécu jusqu’à sa mort sacrificielle, le 2 avril 2005, pas d’un superflu accessoire mais d’une grâce essentielle : il a porté sa longue mission avec sa Mère, in sua, Mère prévenante qui apprend à garder la parole, à rester fidèle au milieu de la lutte, à s’offrir dans l’amour.

Ce qu’il a fait.

Et dans son cœur Immaculé, dans une plénitude de foi, d’espérance et de charité, en mère des hommes, Marie a aimé Jean-Paul II comme elle a aimé Jésus.

« Et à l'heure de notre mort »

Dans Une Vie avec Karol (Parole et Silence), Mgr Dziwisz, le compagnon d’une vie, et spécialement des derniers instants, montre la solitude que chacun doit vivre face à la mort, regrette que l’amitié même ne puisse épargner cette douleur à l’ami. Il insiste, ému, dans la dernière page de ses mémoires poignants sur cette solitude totale et terrible. « Maintenant, au moment de sa mort, il est parti seul. Je l’ai toujours accompagné, mais d’ici, il est parti seul… Et maintenant ? De l’autre côté, qui l’accompagne ? » conclut-il.

Mais peut-on douter un seul instant que celui qui avait si souvent égrené ses ave et ses « maintenant et à l’heure de notre mort » soit vraiment « parti seul », sans Marie pour viatique ?



Pour en savoir plus :
Homélie du pape Benoît XVI prononcée lors de la messe en mémoire de Jean-Paul II à l’occasion du deuxième anniversaire de sa disparition

L'Église « regardait » Jésus à travers Marie

Marie n'a pas reçu directement cette mission apostolique. Elle n'était pas parmi ceux que Jésus envoya pour « faire des disciples de toutes les nations » (cf. Mt 28, 19), lorsqu'il leur conféra cette mission. Mais elle était dans le Cénacle où les Apôtres se préparaient à assumer cette mission grâce à la venue de l'Esprit de Vérité : elle était avec eux.

Au milieu d'eux, Marie était « assidue à la prière » en tant que « Mère de Jésus » (cf. Ac 1, 13-14), c'est-à-dire du Christ crucifié et ressuscité. Et le premier noyau de ceux qui regardaient « avec la foi vers Jésus auteur du salut » savait bien que Jésus était le Fils de Marie et qu'elle était sa Mère, et que, comme telle, elle était depuis le moment de la conception et de la naissance, un témoin unique du mystère de Jésus, de ce mystère qui s'était dévoilé et confirmé sous leurs yeux par la Croix et la Résurrection. Dès le premier moment, l'Eglise « regardait » donc Marie à travers Jésus, comme elle « regardait » Jésus à travers Marie. Celle-ci fut pour l'Église d'alors et de toujours un témoin unique des années de l'enfance de Jésus et de sa vie cachée à Nazareth, alors qu'« elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19; cf. Lc 2, 51).

JEAN-PAUL II
Redemptoris Mater, n. 26 (25 mars 1987)
[sur la bienheureuse Vierge Marie dans la vie de l'Église en marche]



[1] Benoît XVI, Rome, Dimanche des Rameaux, 16 mars 2008 : « C'est l'ascension vers “l'amour jusqu'à la fin” qui est la vraie montagne de Dieu, le lieu définitif du contact entre Dieu et l'homme. »
[2] À propos de la Vierge Marie, Jean-Paul II n’a cessé d’oser : dans un article de la revue Communio, en décembre 2000, à propos de la parution de Fides et Ratio, le théologien Xavier Tilliette s.j. note la démarche « hardie » et « téméraire » de Jean-Paul II à vouloir nommer la Vierge « table intellectuelle de la foi », elle qui donne à la vérité la saveur à laquelle elle a la première goûtée. De même, dans la revue Aletheia, de décembre 2006, le fr. Thomas Joachim f.s.j. précise que « malgré un manque de donnée dogmatique et historique », le pape Jean-Paul II n’a pas hésité à affirmer que Marie a connu la mort, pas seulement une dormition, mais une mort d’amour, « la mère n’étant pas supérieure au Fils ».
[3] Le père Marie-Dominique Philippe a spécialement développé dans toute son œuvre l’aspect de la maternité divine de Marie.



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