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14 mars Société
Euthanasie : réponse à Micheline à propos du drame de Chantal Sébire Euthanasie : réponse à Micheline à propos du drame de Chantal Sébire
Thierry Boutet

[Blog] — Défigurée par un cancer des sinus incurable et douloureux, Chantal Sébire a demandé le 12 mars au tribunal de grande instance de Dijon de « bénéficier d’un suicide médicalement assisté ». Elle refuse tout traitement sédatif et s’est même adressée à Nicolas Sarkozy pour obtenir satisfaction. Rachida Dati a déclaré que le juge de Dijon qui statuera le 17 mars sur cette demande ne pouvait que répondre négativement à cette demande « en l’état actuel du droit français » [1].

Choquée par notre présentation de l’affaire (Décryptage, 3 mars), Micheline nous écrit : « De quel droit vous sentez-vous investis pour dicter aux autres vos préceptes ? Nous sommes dans une république laïque, la liberté de pensée et de choix existe. Je dénie à quiconque de décider pour moi. »

Micheline est indignée : « Cette femme a dit et répété — soutenue par ses médecins — qu'aucun médicament n'existait pour soulager ses douleurs. Elle doit avoir le droit de choisir comment elle veut mourir. Montrez donc un peu de compassion ! »

Ce reproche fait aux chrétiens de « dicter aux autres ces précepte » est un reproche souvent entendu. C’est une question sincère à laquelle nous devons répondre. Voici la réponse de Thierry Boutet.


Madame,
vous soulevez une vraie question et je vous en remercie.

Personne ne vous dicte votre conduite. L'Église, à la différence de la République, n'a jamais dicté les conduites de personne. Il n'y a pas — et il n'y a jamais eu de police de l'Église, même si dans l'histoire des chrétiens ont pratiqué des conversions de force et ont toujours été réprouvés par l'Église par la suite. L'Église éclaire les consciences et pardonne les péchés à ceux qui le demandent.

Je suis toujours surpris de constater que certaines personnes ont le sentiment qu'on dicte à leur conscience ce qu'elles doivent faire ou ne pas faire, et je me suis souvent demandé pourquoi. Qu'est-ce qui fait qu'on peut être révolté parce que l'on a le sentiment que telle ou telle personne ou institution me dicte ou m'a dicté ma conduite ? Je me demande si ce n'est pas parfois un sentiment inconscient de culpabilité. À moins que ce sentiment ne provienne d'une mauvaise expérience de l'autorité, une autorité qui aurait été abusive… Mais si l'autorité a été abusive c'est que l'on s'est laissé soi-même abusé. Est-ce le regret ou la culpabilité de s'être laissé faire, de ne pas avoir eu le courage de décider ou de vivre par soi-même ?

Chacun a besoin d'exister et de trouver lui-même son chemin. Les parents, les amis, les autorités morales, l'Église, peuvent, éventuellement, nous y aider.

Comment éclairer sa conscience ?

Mais c'est, comme vous le dites, à chacun de faire son choix. La seule question à se poser est :
Mon choix est-il le bon choix, le choix juste, le choix qui correspond à ce que je veux vraiment, à ce que je suis vraiment ?
La conscience est une lumière qui a besoin d'être éclairée. Par qui ? Ce n'est jamais uniquement par elle-même. Beaucoup d'influences entrent dans notre jugement de conscience, notre propre histoire aussi. Nous ne sommes jamais certains d'être correctement éclairé. C'est pourquoi, il est impossible de juger les actes des autres et il est même difficile de savoir, soi même, si nous agissons pour le bon motif, la bonne cause.
L'Église considère le suicide, y compris en fin de vie, comme une atteinte à la dignité de la personne. Elle le dit en fonction de l'enseignement qu'elle a elle-même reçu de la Parole de Dieu dans l'ancien testament et du Christ dans le nouveau.

Quant à savoir si Chantal Sébire peut être ou non soulagée de sa douleur, c'est une question médicale sans doute très délicate. Elle peut probablement l'être à condition d'être suffisamment sédatée. Cette sédation accélèrera son décès. C'est ce qu'elle refuse : elle souhaite vivre éveillée jusqu'au dernier instant.

Il faudrait connaître les véritables motifs de cette démarche. Quelle est sa véritable peur ? Elle seule connaît la réponse. Peut-être aurait-elle besoin d'être mieux accompagnée pour essayer de comprendre ce qu'elle ne saisit pas d'elle-même ou ce qu'elle refuse de manière inconsciente.

C'est toute la grandeur des soins palliatifs. Ils permettent, dans ce temps dramatique qui précède la mort et où la vie prend son sens ultime de donner à la personne les conditions de vie les plus favorables pour lui permettre d'aller jusqu'au bout de cette prise de conscience qui fait la grandeur de l'être humain devant la mort.

Compassion

Vous évoquez enfin la compassion. Elle signifie souffrir avec, se rapprocher non pas seulement de la souffrance, mais de la personne qui souffre. Dans le bouddhisme, le terme de compassion a aussi le sens d'éveil. Dans la tradition chrétienne, la compassion est indissociable de la charité.

Souffrir avec quelqu'un d'un amour de charité pour lui permettre de s'éveiller, voilà me semble t-il la vraie compassion.

Elle ne consiste pas seulement à prendre en compte la souffrance physique de l'autre, mais ce qu'il est. Elle demande aussi de se rapprocher de sa souffrance et de sa détresse morale et spirituelle.

Au nomment de la mort, certaines personnes refusent cette compassion. C'est encore leur droit, puisque vous posez la question en ces termes : de quel droit ? Du sien, en effet. C'est sa grandeur : être capable de dire oui ou non librement. Face à la personne qui refuse notre compassion, nous ne pouvons rien. Il ne reste alors, sans aucune condescendance, que la pitié dont l'étymologie vient de du mot piété.

Que veut dire cela ? Face au mystère insondable du mal et de la souffrance il n'y a en définitive que la contemplation du mystère de piété, le silence et la prière.


Pour en savoir plus :
Euthanasie : un nouveau cas médiatisé, par Thierry Boutet, 3 mars 2008,




[1] Pour le Garde des sceaux, « cette dame demande à la justice de pouvoir exonérer de la responsabilité pénale le médecin pour lui administrer une substance létale, pour l’aider à mourir… Ce n’est pas notre droit. Nous avons fondé notre droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l’homme, sur le droit à la vie […] À titre personnel, je considère que la médecine n’est pas là pour administrer des substances létales » (France inter, 13 mars). La loi Leonetti de 2005 permet, en effet, l’arrêt des traitements des malades agonisants et l’administration massive de médicaments anti-douleur même s’ils risquent d’entraîner la mort.







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