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Sectes : en finir avec le bla-bla ; les Immortels cherchent un théologien ; Benoît XVI préfère les Confessions de saint Augustin à ses “aveux” ; en Espagne, des parents d’élèves “sans peur”… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler, par la Fondation de Service politique.





FRANCE


Sectes : en finir avec le bla-bla

Emmanuelle Mignon, directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy, fait scandale en affirmant que « la lutte contre les sectes a longtemps permis de dissimuler les vrais sujets ». Pour elle, la liste établie en 1995 par la commission parlementaire serait « scandaleuse » et « les sectes un non-problème » (AFP et Reuters, 20 février).

La conseillère privilégiée du chef de l’État pointe aussi le travail de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Elle souhaiterait la transformer en un organisme plus efficace et « en finir avec le bla-bla ». « À part publier des rapports annuels, dit-elle, la Miviludes ne fait rien. » Elle souhaiterait rattacher ce nouvel organisme au ministère de l'Intérieur, afin de collaborer plus étroitement avec les services de police, « le reste devant relever de la justice ».

En commentaire, le Monde rappelle qu’Emmanuelle Mignon a écrit certains des discours les plus contestés de Nicolas Sarkozy sur la religion et la laïcité, en particulier celui de Latran, et inspiré sa dernière initiative, également contestée, concernant le parrainage par chaque élève de CM2 d'un enfant juif français tué par les nazis.

Au-delà du coup de pied de l’âne donné par la rédaction du Monde, les propos d’Emmanuelle Mignon sont des plus sages. En France il y a ceux qui parlent des sectes et ceux qui luttent contre elles. Ce ne sont pas les mêmes et leurs objectifs sont souvent opposés.

Les premiers réclament de nouvelles lois non sans arrière-pensées anticléricales. Rien de plus séduisant que de jeter la liberté religieuse avec l’eau du bain de la lutte antisectes. Entrer dans un couvent avec un mandat de police est une tentation républicaine récurrente. Dans l’ordre de la tolérance, les militants anti-sectes ne sont pas tous “blancs bleus”. Et chez certains journalistes parisiens, la police de la pensée est elle aussi un vieux rêve.

Les seconds, parmi lesquels se compte Emmanuelle Mignon, veulent vraiment se battre contre les sectes. Ceux là savent qu’entre le code pénal, le code civil, le code de la santé, le code du travail, le code des impôts, il existe des centaines de lois et de règlements pour lutter contre les sectes, mais que pour des raisons diverses, la législation est peu ou mal appliquée.
Emmanuelle Mignon a raison, nous n’avons pas besoin de « bla-bla » sur les sectes ni de nouvelles lois, potentiellement liberticides, mais de faire appliquer la loi contre ceux qui abusent de la crédulité ou de la faiblesse humaine et l’exploitent à leur profit. T.B.


La Coupole sans religieux

Six sièges sont vacants sous la Coupole. Depuis la disparition du cardinal Lustiger, aucun ecclésiastique n'est entré à l'Académie. Les Immortels lui cherchent un successeur. Pas un clerc n’a jusqu’ici fait acte de candidature. Cela fait ambitieux, mais quelques uns y pensent tout de même. Nous n’aurons pas la cuistrerie de dire à qui nous songeons.

Un cardinal parmi les immortels est souvent le bienvenu. Juste reconnaissance à qui de droit : n’est-ce pas le cardinal de Richelieu qui a fondé l’Académie ? Et les philosophes du XVIIIe siècle ne sont jamais parvenus à en chasser totalement les ecclésiastiques.

Quel est le candidat idéal ? Car, candidat, il faut bien l’être, même s’il est séant de « céder à une aimable sollicitation ». Une personnalité catholique incontestable comme l’a été Jean Guitton, ami de Paul VI, ne suffit pas, si l’on en croit Hélène Carrère d'Encausse, le secrétaire perpétuel. En revanche un évêque ou un cardinal n’est absolument pas nécessaire. Souvent occupé, indisponible, fréquemment à Rome, il déserte les séances du jeudi, une infidélité mal vue.

Les dominicains et les jésuites ont généralement la cote chez les académiciens. La Croix (17 février) verrait bien un ancien rédacteur en chef des Études sur les rangs. Il serait pourtant plus original de pressentir un théologien plus en phase avec l’Église d’aujourd’hui, comme Jean Miguel Garrigues par exemple. Mais mentionner son nom est déjà un mauvais tour à lui faire. Ce dominicain prédicateur à Notre Dame et qui vient de publier une autobiographie des plus intéressantes (Par des chemins resserrés, Presses de la Renaissance) passe pour avoir horreur des mondanités. Mais il y a parfois des sacrifices qu’il faut savoir faire. T.B.




ÉGLISE

Saint Augustin : Confessions ou “Aveux” ?

Au cours de l’audience générale ce mercredi, Benoît XVI a poursuivi sa catéchèse sur saint Augustin au cours de l’audience de mercredi. Il a notamment cité les Confessions de l’évêque d’Hippone. Le pape s’est étendu sur le titre des Confessions soulignant qu'il traduit à la fois « la reconnaissance de ses propres faiblesses » mais aussi « la louange à Dieu ».

Benoît XVI le préfère manifestement à celui d’aveux, titre donné par Fréderic Boyer à sa nouvelle traduction du texte de saint Augustin (Ed. Bayard). Un texte « remasterisé » dans le même esprit que la calamiteuse nouvelle traduction de la bible qu’il avait dirigé (ches le même éditeur). L’évêque d’Hippone n’avait pas besoin de cette nouvelle traduction. Nous non plus. Mais il existe peut-être des gogos pour lire saint Augustin en langue bobo ? T.B.


Les évêques et la bioéthique

La session organisée par la commission doctrinale des évêques de France consacrée au aux débuts de la vie humaine, a rassemblé du 18 au 20 février, une soixantaine d'évêques et trois cardinaux français, près de Rennes. Parmi les intervenants, le controversé Pr Axel Kahn, généticien (cf. Décryptage, 15 février), le Dr Dominique Le Lannou, directeur du CECOS (Centre d'études et de conservation des oeufs et du sperme humain) de Rennes, le conseiller d'État Alain Christnacht et le père Alain Mattheeuws sj.

À l’occasion de cette rencontre, le cardinal André Vingt-Trois a appelé dans un entretien à Ouest France la définition d'un statut de l'embryon et du fœtus, après la décision de la Cour de cassation autorisant l'inscription d'un enfant mort-né à l'état civil. « Quand la Cour de cassation décide de légitimer l'inscription d'un foetus comme membre de la famille, cela signifie bien que ce foetus a un statut. La position de l'Église est que l'on doit agir comme si l'embryon était une personne. »

De son côté, Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail sur la bioéthique de la conférence des évêques de France, a déclaré : « Il y a une continuité entre la première cellule et un être humain de 80 ans. Ne devient pas humain ce qui n'a pas été humain. » Pour les évêques, « la loi française dit bien que l'avortement n'est pas légalisé mais dépénalisé. Le principe de la loi de Simone Veil était d'aider les femmes en situation de détresse. Maintenant, il nous faut à la fois venir au secours du foetus et de la mère, membres de la même famille, en privilégiant des solutions telles que l'adoption ».

En marge de ces travaux, Axel Kahn s’est cru autorisé à faire l’exégèse de la position des évêques sur l’avortement, avec une interprétation très personnelle qui devrait appeler des réactions des évêques qui l’ont invité :
« Cette question n'est pas au centre du discours de l'Église, contrairement aux évangélistes américains qui en ont fait leur cheval de bataille. Même si les décisions de la Cour de cassation pourraient donner aux autorités catholiques des arguments pour reprendre leur combat contre la loi Veil, je ne pense pas que ce soit leur volonté. Pas plus que je ne pronostique un revirement de la législation sur l'IVG. »T.B.


Terre sainte : la quête du Vendredi Saint

Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, a fait parvenir à tous les évêques catholiques une lettre dans la quelle il demande aux Eglises locales, au nom du pape, de continuer à soutenir spirituellement et matériellement la communauté catholique de Terre Sainte. « L'absence d’une paix stable accroît les anciens problèmes et la pauvreté autour des Lieux Saints et en crée de nouveaux. Les chrétiens qui y vivent, méritent l’attention prioritaire de l’Eglise catholique ainsi que des autres Églises et des communautés ecclésiales », d'où l'importance de la collecte du Vendredi Saint. « Il faut souhaiter qu’elle reçoive un accueil favorable afin d'accroître l'effort caritatif coordonné par la Congrégation pour une juste répartition des aide à la vie ecclésiale des catholiques de Terre Sainte. En particulier elle permettra aux jeunes générations du Proche Orient de continuer à jouir du système éducatif catholique ".

Le Cardinal Sandri cite une autre priorité : l’exode des chrétiens, hors de leurs terres natales : cet « incessant phénomène d'émigration […] risque de priver les communautés chrétiennes de leurs meilleures ressources humaines. Il faut donc tout tenter pour garantir qu'à côté du patrimoine historique chrétien il y ait des communautés vivantes. »


Portugal : béatification de Soeur Lucie

Ce 14 février, en la cathédrale de Coimbra, jour du troisième anniversaire de la mort de Soeur Lucia dos Santos, le cardinal José Saraiva Martins a annoncé la dispense canonique de deux ans pour l'ouverture de la cause de béatification de la voyante de Fatima. Benoît XVI a accordé cette dispense sollicitée par l'évêque du lieu, Mgr Albino Mamede Cleto, soutenu par de nombreux autres pasteurs et fidèles. « La phase diocésaine de la cause pourra ainsi débuter sans délais, a précisé la salle de presse du Saint-Siège, en dérogation aux normes en vigueur interdisant d'engager une procédure canonique durant les cinq années suivant le décès d'un serviteur de Dieu. »




INTERNATIONAL

Espagne : des parents d’élèves « sans peur »

Soixante associations ont participé à la première Rencontre nationale des objecteurs de conscience à l’éducation pour la citoyenneté. Thème de la journée : « Sans peur. » Dans les locaux de l’école du Mont-Thabor de Pozuelo di Alarcón, près de Madrid, étaient réunis les représentants de trente-sept associations ainsi que vingt-quatre plate-formes nées en 2007.

Objectifs : témoigner de l’importance du mouvement ; favoriser la rencontre, et la coordination entre les plates-formes de parents objecteurs ; renforcer le soutien aux familles objecteurs et aux organismes qui luttent pour la liberté d’éducation et le refus de la matière d’"éducation à la citoyenneté".

Les échanges ont été ouverts par le président de la Fondation Mont-Thabor, Carlos Cremades, et par le président des Professionnels pour l’éthique, Jaime Urcelay. Au cours des interventions, rapporte l’agence Fides (16 février), José Luis Bazán, coordinateur de la Consultation juridique des professionnels pour l’éthique, a résumé la situation du point de vue juridique. Selon lui 22.334 objections ont été enregistrées, et leur nombre atteint certainement déjà les 24.000.

Plusieurs parents objecteurs ont présenté leurs expériences. La rencontre s’est terminée par la remise des prix « Liberté » à des personnes et des organismes particulièrement engagés pour la liberté des parents face à l’« endoctrinement ».


Mexique : mobilisation pour la vie

Des milliers de Mexicains ont participé à la Journée nationale pour la Vie et la Famille : 100.000 signatures ont été recueillies en soutien de la Déclaration des droits de l’homme de l’enfant conçu. La Journée nationale pour la vie et la famille, et le Festival pour la vie a été un grand succès.

Selon une dépêche de l’agence Fides du 19 février, 50.000 personnes se sont donné rendez-vous dans plusieurs villes du pays. Les participants, revêtus d’habits de couleur blanche et rouge, symbole de la pureté et de l’amour des enfants, ont demandé au gouvernement de respecter dans les lois le droit fondamental à la vie de tous les Mexicains, de la conception jusqu’à la mort naturelle.

Les organisateurs ont fait savoir qu’ils « continueront à manifester de différentes manières [leur] amour et [leur] estime pour la vie, et [qu’ils] feront connaître les actions à entreprendre à cette fin au moment opportun ».


Turquie : droit de propriété pour les non-musulmans

Le Parlement turc a adopté une loi reconnaissant aux non-musulmans le plein droit de propriété. C’est la seconde fois que ce projet de loi visant à étendre les droits de propriété des petites communautés chrétienne et juive, était soumis au vote des députés. Il s’agit d’une demande clef de l'Union européenne dans la perspective de l'adhésion turque. La première fois, en 2006 le président de la République avait opposé son veto.

Cette loi, acquise à la majorité relative (242 sur 550), devrait permettre à des communautés non musulmanes de récupérer une partie de leurs biens saisis par l’État en 1974 ! Elles leur permettraient de recevoir de l’aide de l’étranger.

Ce vote est la réponse au rapport sur les progrès de la démocratie en Turquie, réalisé par l’Union Européenne en 2005. Celui-ci regrettait que les communautés religieuses non musulmanes « souffrent de restrictions à leurs droits de propriété et que leurs fondations sont en butte à des ingérences dans leur gestion ». Le document précisait que « les propriétés existantes sont constamment menacées de confiscation et les tentatives de les récupérer par la voie juridique se heurtent à de nombreux obstacles ».

Mais les partis d’oppositions ne désarment pas et il n’est pas encore certain que la loi sera ratifiée par le président de la République.


Les deux plaies de l’Inde

L’assemblée plénière des évêques indiens, qui se tient tous les deux ans, vient de se tenir à Jamshedpur, en présence du cardinal Stanislaw Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs. Pour les évêques, les deux plaies de l'Inde sont aujourd’hui le foeticide et l’infanticide des filles ainsi que les violences antichrétiennes, comme l’a souligné le cardinal dans son discours d’ouverture.

La vaticaniste Sandro Magister qui rend compte des travaux de l’assemblée, rapporte que le meurtre des petites filles dans le ventre de leur mère, mais aussi après leur naissance, le plus souvent au moyen d’herbes vénéneuses ou par noyade, en faisant croire à un accident, constitue une pratique très courante en Inde. Pour endiguer le massacre, écrit Sandro Magister, « le gouvernement indien a interdit l’identification du sexe avant la naissance. Une interdiction largement contournée. Il en résulte un déséquilibre démographique impressionnant entre hommes et femmes, qui a atteint en certains endroits des sommets vertigineux. Dans l’État du Madhya Pradesh, dans les districts de Bhind et de Morena, on ne compte aujourd’hui que 400 femmes pour 1 000 hommes ».

L’Église catholique se bat pour vaincre le phénomène et réveiller les consciences. Un appel a été lancé fin janvier par deux cents leaders religieux indiens, chrétiens, hindouistes, musulmans ou sikhs, contre ce « crime contre Dieu et contre l’humanité ». En Italie, Giuliano Ferrera, directeur du quotidien d’opinion Il Foglio, a lancé une campagne contre la plaie des « femmes disparues en Inde et dans d’autres pays ».

Les violences antichrétiennes vont aussi croissante. En 1999, au sud de Calcutta, un missionnaire protestant australien, Graham Staines, et ses deux enfants, avaient été tués en dans leur voiture, à laquelle on avait mis le feu. A Noël, trois maisons des soeurs de Mère Térésa on été « prises d’assaut par une bande d’enragés armés d’épées, de haches, de barres de fer et de bâtons. Les soeurs et les frères ont dû s’enfuir dans les bois. Les agresseurs se sont défoulés en dévastant les maisons et les chapelles ». Cette vague d’agressions contre les chrétiens a débuté à la veille de Noël et a continué les jours suivants dans différentes localités. Les églises étaient prises d’assaut, les maisons brûlées, les boutiques dévastées.

Dans Asia News, le cardinal Telesphore Toppo, archevêque de Ranchi, a décrit ce qu’il avait vu dans les zones touchées :
« Un tapis de cendres : voilà ce qui reste dans les zones d’Orissa où se sont déchaînées les violences antichrétiennes à Noël. C’est quelque chose de diabolique: églises profanées, maisons incendiées. Les villages où s’est abattue la violence des extrémistes hindous sont désormais un grand four crématoire à ciel ouvert. »
De son côté Mgr Raphael Cheenath, archevêque de Cuttack et Bhubaneswar, le diocèse le plus touché, a diffusé fin janvier le bilan des attaques : six morts, 5 000 sans-abri, 70 églises, 600 maisons, six couvents et trois séminaires détruits.

Dans son rapport, Mgr Cheenath pointe du doigt ceux en qui il voit les promoteurs des agressions contre les chrétiens :
« Les idéologues de l’hindouisme intolérant, regroupés dans l’organisation Vishva Hindu Parishad,( qui reprochent aux chrétiens de violer l’Hindoutwa, c’est-à-dire l’identification entre l’Inde et l’hindouisme), et les membres des hautes castes, qui voient d’un mauvais oeil l’ascension sociale des Dalit, à savoir les plus pauvres, les hors-castes et les “impurs” dont beaucoup se sont convertis au christianisme. »



Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain.





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