Vendredi 4 juillet 2008
Liberté Politique Le site de la Fondation de service politique Diffusion des dépêches d'actualité de l'Agence de presse et d'analyse catholique Décryptage
Evangile du jourL'Évangile du jour
Site de la revue d'idées catholique Liberté politique, éditée par la Fondation de service politique  
Initiatives
• Colloque
10 mars 2007, Paris
Humaniser le travail dans une société libre

IIe Rencontres Doctrine sociale de l'Eglise
> Le texte des communications

 
Etudes & Analyses
La newsletter Décryptage La newsletter Décryptage
Inscrivez-vous ici pour recevoir gratuitement notre lettre d'information hebdomadaire
La revue Liberté politique La revue Liberté politique
La revue Liberté politiqueRevue trimestrielle, N°41 :
Eté 2008
Guide politique de BIOETHIQUE
Dossier : La Chine et la démocratie
Dossiers Dossiers
• NOUVEAU ! <b>Le Blog</b><bR>de Libertepolitique.com • NOUVEAU ! Le Blog
de Libertepolitique.com
<b>• Les Notes Bleues</b><br>Argumentaires de la Fondation de service politique • Les Notes Bleues
Argumentaires de la Fondation de service politique
• <b>Exposition <br>“Traces du sacré”<br></b> Quel sacré ?Exposition
“Traces du sacré”
Quel sacré ?
• <b>Enquête :<bR> la liberté de conscience à l'école</b>Enquête :
la liberté de conscience à l'école
• <b>La reconnaissance civile du mariage religieux</B>La reconnaissance civile du mariage religieux
Autres dossiers
Archives Archives
Toutes les archives de Décryptage, la revue politique, les colloques ...
Espace librairie Espace librairie
Notre sélection du mois 
Notre sélection du mois
Sylvain Gouguenheim,
Aristote au Mont-Saint-Michel,

2008, 277 p., 20 €

• Drogue-Danger-Débat
Le site le plus documenté du d�at sur la drogue et les d�endances
• G��ation-Benoît XVI.com
Tout savoir sur la pens� de Joseph Ratzinger et l'enseignement de Benoît XVI
Décryptage
08 février Économie
La réforme impossible des livrets d’épargne : la preuve par A La réforme impossible des livrets d’épargne : la preuve par A
Jacques Bichot*

La crise du subprime et les mésaventures de la Société Générale sur un marché de produits dérivés braquent les projecteurs médiatiques sur la finance de marché : l’entrée en vigueur, ce 1er février, d’un nouveau taux de 3,5 % pour le livret A ne fait guère événement. Pourtant, examiner la façon dont est décidé le taux alloué à l’épargne liquide relevant, non du marché (comme les SICAV monétaires), mais de la finance administrée, est riche d’enseignements. Sachant qu’un Français sur deux possède un livret A, intéressons-nous donc quelques minutes à un autre aspect de la finance que le roman-feuilleton du trader Jérôme.

En 2004, la décision fut prise de décharger l’État du soin de fixer le taux du livret A : on voulut « dépolitiser » le mode de fixation de la rémunération de l’épargne populaire. Une formule de calcul remplaça l’appréciation discrétionnaire des pouvoirs publics ; la Banque de France fut chargée d’effectuer le calcul tous les six mois et d’en annoncer le résultat, fixant la valeur du taux pour les six mois suivants.

Deux ingrédients entrèrent dans la formule : le taux d’inflation calculé par l’INSEE, et un taux du marché monétaire, l’Euribor 3 mois, reflet des taux des prêts et emprunts à 3 mois entre banques dans la zone Euro. Plus précisément, le taux devait être supérieur d’un quart de point à la moyenne de ces deux indicateurs, arrondie au quart de point le plus proche.

Une décision entièrement politique

Cette formule a été utilisée sept fois. Elle va maintenant être modifiée, le résultat qu’elle donnerait pour la fixation du 1er février paraissant de nature à renchérir exagérément le coût des prêts aux HLM, principaux bénéficiaires des crédits formant la contrepartie de cette épargne dite « populaire ». Il s’agit là d’une décision entièrement politique, présentée par la presse comme provenant de Matignon. La nouvelle formule incorpore un troisième indicateur, le taux du marché monétaire au jour le jour (dit Eonia) ; elle a été concoctée tout simplement pour obtenir le résultat souhaité par le gouvernement : 3,5 %. Que nous apprend cet épisode ?

Premièrement, il montre que les gouvernements français, sauf quand ils y sont contraints par des traités internationaux, ne renoncent pas facilement à l’exercice discrétionnaire du pouvoir. Pour l’État, il n’y a pas de règle qui tienne : le bon plaisir du prince est de facto le ressort de toute décision. Chaque loi de finances, chaque loi de financement de la sécurité sociale, et bon nombre d’autres textes, fourniraient des dizaines d’illustrations supplémentaires de ce propos.

Deuxièmement, il révèle l’influence exercée par les modes intellectuelles sur ce pouvoir « immense et tutélaire ». Les épargnants qui veulent obtenir un rendement indexé sur celui d’un compartiment du marché monétaire ont à leur disposition toute la gamme des SICAV monétaires ; la vocation du livret A n’est pas d’imiter plus ou moins ces instruments, mais de garantir la conservation du pouvoir d’achat des sommes épargnées ; pour cela, la référence au taux d’inflation suffit. Le choix d’un — puis deux — taux du marché monétaire comme référence pour la fixation de la rémunération d’une épargne administrée est incompréhensible en dehors du culte des marchés financiers pratiqué par des responsables désireux de paraître « branchés ».

Troisièmement, l’affaire du livret A fournit l’occasion de réfléchir au goût du monde politico-administratif pour le cantonnement. De même que l’on s’est mis à affecter à la Sécurité sociale le produit de certains impôts nommément désignés (ou d’une proportion donnée de ce produit), en contradiction avec l’un des principes de base de la fiscalité, de même la collecte du livret A est censée être dédiée au financement du logement social. D’autres livrets défiscalisés (les LDD, nouveau nom des CODEVI) sont destinés à financer, au moins en théorie, le développement durable. La célèbre formule de la vignette pour les vieux a montré l’inanité de ces mises en correspondance biunivoque entre ressources et emplois : il n’existe évidemment aucune garantie que telle modalité de prélèvement ou d’épargne donnera en permanence précisément ce qui est requis pour financer telle catégorie de dépense ou d’investissements. Mais certaines traditions ont la vie dure.

La fin du monopole des Caisses d’épargne et de la Poste

Une autre « affaire » du livret A doit être examinée conjointement : la fin du monopole des Caisses d’épargne et de la Banque postale. La décision bruxelloise est subie par le gouvernement, après une résistance qui ne risquait guère de prospérer. Cela manifeste son incapacité à tirer parti d’une occasion qui se présentait : simplifier le fatras de livrets qui existe aujourd’hui (A, B, Bleu, LEP, LDD, Jeunes, bancaire) pour des raisons fiscales.

Quitte à opérer un changement, on aurait pu en effet édicter une règle simple et juste : exonérer de tout impôt et charge la partie des intérêts correspondant à l’érosion monétaire, et soumettre le gain réel au régime de droit commun. Une fois mis en place ce régime fiscal unique, les ménages regrouperaient leurs livrets : bien des personnes qui détiennent aujourd’hui 3 ou 4 livrets (un A et un LDD pour les avantages fiscaux, un LEP s’ils remplissent les conditions de ressources, un livret B ou bancaire s’ils ont un supplément d’épargne) n’en auraient plus qu’un. Cela leur gagnerait du temps, leur simplifierait la vie, et les institutions financières économiseraient sur leurs frais de gestion. Mais pourquoi simplifier quand on peut conserver ce qui est compliqué ?

Ainsi les deux affaires du livret A nous éclairent-elles sur ce qui empêche la classe politique française d’engager les réformes dont le pays a besoin : préférence pour les décisions discrétionnaires ; emprise de la « pensée unique, c’est-à-dire des modes intellectuelles adoptées sans esprit critique ; absence de vision d’ensemble, remplacée par des raisonnements simplistes à base de relation biunivoque entre un problème et une solution ; et incapacité à saisir les occasions qui se présentent de remplacer un fatras de règles désuètes par une règle unique juste et rationnelle. Le mal français, pour reprendre un titre célèbre d’Alain Peyrefitte, est plus que jamais à l’œuvre.


* Jacques Bichot est économiste, professeur à l’Université Jean-Moulin (Lyon 3). A paraître : Urgences retraite, petit traité de réanimation (Seuil).



D'accord, pas d'accord ? Envoyez votre avis à l’auteur
Retour au sommaire


© [DECRYPTAGE ™] sur www.libertepolitique.com, lettre d'information électronique de la Fondation de service politique, réseau catholique de presse et d'analyse. Droit de reproduction totale ou partielle autorisé sous réserve de citer la source et le lien Internet.
Fondation de service politique, 83 rue Saint-Dominique F75007 Paris.
Contact : decryptage@libertepolitique.com



Décryptage
Livre blanc de la défense : un coup d’épée dans l’eau 03 juillet
Livre blanc de la défense : un coup d’épée dans l’eau

03 juillet
Armées : une réforme de plus, sous protectorat

03 juillet
Un livre blanc sur la défense… déjà obsolète

04 juillet
Le Fil de la semaine

04 juillet
Mariage annulé de Lille : la dimension objective de l’erreur

Soutenez nos actions !
Faites un don  Faites un don
Abonnez-vous !  Abonnez-vous !
Devenez Membre actif  Devenez Membre actif