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« Incorrects », les martyrs espagnols ont tous pardonné ; les évêques de France entre consensus et communion ; bataille mondiale pour l’objection de conscience… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler par la Fondation de Service politique.




FRANCE


Le pape de Robert Hossein : suite et fin du débat

Notre critique du spectacle du duo Robert Hossein-Alain Decaux a suscité un débat très fourni avec nos lecteurs. Nombreux ont été ceux qui, ayant vu la représentation, ont partagé notre avis. Mais d’autres se sont étonné que Liberté politique donne l’impression d’avoir regretté que Robert Hossein propose ce spectacle. Or, disent-ils, beaucoup de chrétiens n’attendent pas d’être parfaits pour évangéliser, et des initiatives imparfaites comme celles de Robert Hossein sont aussi des occasions de briser le silence qui étouffe le religieux, comme le fait remarquer Éric de Versailles.

Cependant, dans le concert de louanges quasi unanimes qui ont encensé ce dernier spectacle hosseinien, la critique de Liberté politique n’a jamais prétendu exercer un avis préjudiciable au succès de l’opération, ni douté de l’intérêt pour tel ou tel à en faire bon usage, notamment pour rétablir la vérité. Un professeur nous dit : « J’y emmènerai mes élèves, mais pas sans une mise au point historique et théologique préalable. »

Consultant du spectacle, Bernard Lecomte nous écrit que notre critique, extrêmement sévère, l'a beaucoup attristé : « J'ai été le témoin de tous les efforts déployés par Robert Hossein pour rendre cet hommage à Jean-Paul II contre l'avis de tous les professionnels du théâtre et des médias ». Un hommage, soit, mais lequel ? L’écrivain reconnaît notre droit à considérer le résultat comme "désastreux", mais, dit-il, « l'honnêteté ne vous obligeait-elle pas à noter que le spectacle se termine chaque soir par une "standing ovation" de 3.000 personnes ? »

C’est évidemment toute la question. Comment rendre un hommage qui brouille la vérité sur les questions qui fâchent ? C’est bien sans doute ce succès populaire qui montre la distance à parcourir pour que la mémoire de Jean Paul II soit reçue à sa juste mesure. Laissons le dernier mot au père Bandelier :
« Hélène Bodenez a raison de persister et de signer dans sa critique de "N'ayez pas peur". Dès le titre Robert Hossein tape à côté : Jean Paul II disait n'ayez pas peur d'ouvrir les portes au Christ — il ne cherchait pas à "rassurer".

Il suffit de regarder Karol (sur Arte ou en DVD pour la première partie) pour mesurer la différence entre un "spectacle" et une "œuvre".

Et comment justifier cette finale où l'abbé Pierre (paix à son âme) reçoit la mission de juger le Pape ?

Le plus étonnant c'est l'insistance d'Alain Decaux, historien et catholique, pour ne pas éluder (mais au contraire surdimensionner) le débat sur le préservatif. J'ai écrit à son secrétariat pour m'étonner de cette interrogation si peu historique : "Jean Paul II a-t-il eu raison de s'arc-bouter (!) sur des principes appris dans sa jeunesse (lire Amour et Responsabilité) en refusant de prendre en compte le Sida (!)". Pas de réponse. »



ÉGLISE

Bons et mauvais martyrs ? Ils ont tous pardonné

Comme pour couronner la fête de la Toussaint, le mois d’octobre aura été cette année marqué par la béatification de nombreux martyrs du XXe siècle. Des hommes et des femmes qui ont pardonné à leurs bourreaux, comme les 498 fusillés espagnols. Le 20 octobre, c’est au Brésil qu’est élevée sur les autels Albertina Berkenbrock, née en 1919, martyrisée à l’âge de 12 ans pour avoir voulu demeurer vierge. Le 21, c’est un prêtre espagnol, Manuel Gómez González, et son acolyte, le jeune laïc brésilien Adilio Daronch, tous deux martyrisés par un groupe de soldats anticléricaux le 21 mai 1924 près de Nonai. Le 26, dans la cathédrale de Linz en Autriche, Franz Jägerstätter, agriculteur autrichien qui avait défié Hitler. Ces béatifications sont passées presque inaperçues, à la différence de celles des 498 martyrs espagnols, hommes, femmes, religieux et religieuses, séminaristes ou prêtres, jeunes et vieux, martyrisés durant la guerre civile des années trente et célébrées à Rome le 29 octobre devant 50 000 pèlerins.

Chacun sait que la meilleure manière de connaître le camp ou le parti de quelqu’un est de savoir les morts qu’il célèbre : Louis XVI ou Danton, Pétain ou De Gaulle, Che Guevara ou Gandhi… De là à conclure que Benoît XVI et les évêques espagnols sont franquistes, il n’y avait qu’un petit pas que beaucoup n’ont pas hésité à franchir ; d’autant que ce n’est pas fini. Selon les propos du secrétaire de la conférence épiscopale espagnole, le père Juan Antonio Martínez Camino, s.j., rapportés par Zenit, « les procès de béatification d’environ 2000 autres cas de martyrs de la persécution religieuse espagnole sont en cours ». Mieux, le prêtre estime que l’on pourrait proposer jusqu’à 10.000 martyrs de cette période de l’histoire de l’Espagne !

Si ces victimes avaient été celles de la Phalange et des troupes franquistes, personne ne trouverait rien à y redire. Mais ils ont été martyrisés par les troupes républicaines. Des troupes censées être le bras armé de la liberté et le glorieux symbole de l’humanité face à la barbarie franquiste. Ce ne sont donc pas de « bons » martyrs (ils sont un « lugubre cortège » écrit le chroniqueur religieux du Monde).

Mais la logique idéologique qui consiste à sélectionner les martyrs sur des critères humains, n’est pas celle de l’Église. Lorsque l’Église célèbre un martyr, elle ne célèbre pas le héros d’une cause, mais un homme et une femme fidèles au Christ au point d’offrir sa vie y compris pour ses bourreaux.

Des nouveaux martyrs espagnols, le pape a dit que « par leurs paroles et leurs gestes de pardon envers leurs persécuteurs, ils nous encouragent à travailler sans relâche pour la miséricorde, la réconciliation et la coexistence pacifique ». Que certains ne puissent comprendre cette logique théologale n’a rien d’étrange. Comme Mgr Berzosa, évêque axillaire d’Oviedo, le déclarait à Zenit, le martyr n’est pas un super héros :
« les martyrs sont des icônes privilégiées de l’amour d’agape… Les bienheureux nous rappellent une phrase que l’on attribue à Péguy : “Posséder la vérité, c’est commencer à souffrir ; défendre la vérité, c’est commencer à mourir. Mais heureuse est la mort qui est la porte et la source de la vie éternelle.” »
Les chrétiens peuvent combattre dans un camp, ils ne « sont » pas d’un camp.

Pour mieux s’en convaincre, faut-il rappeler avec Gérard Leclerc, dans son éditorial de France catholique, que « Bernanos, à l’origine partisan du camp nationaliste avait été révolté par les crimes injustifiables qu’il dénonça dans Les Grands Cimetières sous la lune. Simone Weil, engagée dans les brigades internationales du camp républicain, se révoltera de même contre l’inhumanité des siens et découvrira en Bernanos un fraternel compagnon, solidaire dans le refus de cette surenchère de vengeance et d’exécutions sommaires. » C’est à la suite de Bernanos et de Simone Weil, que, dans la réconciliation, nous entraînent les martyrs espagnols, loin des étiquettes inutiles.


Évêques de France : consensus ou communion

Mgr Jean-Pierre Ricard va céder la présidence de la conférence épiscopale, lors de la prochaine assemblée plénière des évêques de France (3-10 novembre). Interrogé La Croix du 30 octobre, le cardinal parle de l’Église de France (“qui ne va pas si mal”) et des effets du Motu proprio. Il prend acte des limites du fonctionnement des évêques par consensus. À propos du Motu proprio, le cardinal reconnaît que la lettre de Benoît XVI « définissant la liturgie conciliaire comme la “forme ordinaire” du rite romain, l’autre étant une “forme extraordinaire” l’a beaucoup aidé » :
« J’ai senti en échangeant avec le pape lui-même, qu’il considère cette question dans une perspective d’avenir, comptant sur un enrichissement possible entre ces deux formes, et absolument pas comme un retour au passé ! Le pape pense qu’une bonne part des catholiques attachés à la tradition peut entrer dans une dynamique de réconciliation. Je partage cette conviction. »
Quant à son application en France,
« nous avons fait le point en septembre entre archevêques. J’ai été frappé par la volonté de chaque diocèse de s’organiser pour répondre positivement aux demandes. Pour le moment, peu de demandes nous sont arrivées. Par contre, dans plusieurs diocèses en France, cette question a éveillé l’intérêt de prêtres et de fidèles pour redécouvrir les grandes intuitions du concile qui ont mené à la réforme liturgique. »
C’est presque dire que ce fut une tempête dans un verre d’eau.

Michel Kubler l'interroge sur l’ambiance qui règne dans la conférence :
« Le climat de nos assemblées me semble bon, à la fois fraternel et efficace !

Cependant, on note toujours et de plus en plus des évêques désireux de faire entendre leur voix, parfois hors assemblée, voire en dissonance par rapport à elle. C’est dans l’ordre des choses, et sans doute légitime, tant qu’on ne touche pas aux dogmes… Mais il faut avoir le courage d’exprimer ces idées devant l’assemblée, et il faut que l’assemblée soit capable de les accueillir : il peut en effet arriver que celle-ci fasse écran à l’expression de certaines opinions en son sein… et il ne faut pas s’étonner alors que celles-ci aillent s’exprimer ailleurs ! »
Mgr Ricard reconnaît que notre consensus sur la catéchèse, par exemple, n’a été obtenu que de justesse (le congrès des 7000 catéchistes qui vient de s’achever confirme la crise : Eccelisa 2007 a été selon des témoins l’illustration d’une théologie pastorale et missionnaire complètement décalée – nous y reviendrons). À propos de l’enseignement catholique, le cardinal regrette que « l’intéressant document auquel [les évêques ont] abouti n’a pas suffi pour permettre une parole commune, la décision étant remise à chaque évêque en son diocèse ». Et sur le Téléthon, pas de position commune non plus. Ce n’est peut-être pas plus mal : la communion, ce n’est pas nécessairement le consensus.


Nomination : Mgr Hervé Gaschignard à Toulouse

Le pape a nommé le 30 octobre Mgr Hervé Gaschignard évêque auxiliaire de Toulouse. Originaire de Saint-Nazaire, diplômé de l’École supérieure de commerce de Nantes, Le père Hervé Gaschignard a été séminariste au séminaire d’Angers et à la grégorienne à Rome. Il a commencé son ministère pendant cinq ans en paroisse, puis a été quatre ans directeur spirituel au séminaire interdiocésain de Nantes, professeur de théologie dogmatique et bibliothécaire puis supérieur adjoint du séminaire interdiocésain de Nantes et intervenant à la formation permanente des laïcs et diacres permanents. Depuis un an curé de la paroisse Notre-Dame La Blanche de Guérande, il a également été délégué épiscopal, puis régional à l’Unité des chrétiens.





AFFAIRES ETRANGERES

Des pharmaciens objecteurs de conscience

L’objection de conscience devient un combat mondial, le Chili et le Portugal en donnent la preuve. Benoît XVI soutient le mouvement.Au Chili, le gouvernement socialiste veut imposer aux laboratoires pharmaceutiques et aux pharmaciens l’obligation de vendre des pilules abortives. Les premiers refusent de la produire (il faudra l’importer), un grand nombre des seconds ne veulent pas la vendre.

Le ministre chilien de la Santé a ainsi sanctionné d’une amende de 33 millions de pesos trois chaînes de pharmacies qui ne commercialisent pas la pilule abortive. En cas de refus d’optempérer, elles risquent une amende double et la fermeture des officines.

Selon l’agence Zenit, Mgr Fernando Chomali, évêque auxiliaire de Santiago et membre de l’Académie pontificale pour la Vie, a affirmé dans un article intitulé « l'intolérance des tolérants » que « le gouvernement pénalise ces pharmacies qui ne vendent pas le produit parce que, selon lui, elles violent le droit des personnes d’accéder au produit ». Mais ajoute t-il, « en utilisant cette pilule, d’autres droits encore plus fondamentaux sont violés, comme le droit à la vie du nouveau-né, protégé par la Constitution ; le droit des pharmacies, en vertu du principe d’autonomie, à ne pas vendre un produit pour ses caractéristiques clairement nuisibles. Et finalement le droit à être bien informés de l’effet réel de la pilule ». Et Mgr Cromali ajoute « obliger à une collaboration matérielle et formelle pour la vente d’un produit qui endommage la santé est clairement un acte contraire à la raison et au droit », donc « il constitue non seulement un abus de pouvoir, produit d’un concept erroné de démocratie, mais également un acte d’intolérance au nom de la tolérance».

Pour défendre les pharmaciens, l'organisation Muévete Chile (« Chili, réagis») et de nombreuses organisations pro-vie chilienne se sont mobilisées. Le pape lui-même leur a apporté son soutien en recevant le 29 octobre les congressistes du XXVe congrès international des pharmaciens catholiques dont le thème était « Les nouvelles frontières de l’acte pharmaceutique. » Pour Benoît XVI, l’objection de conscience est
« un droit qui doit être reconnu à votre profession, vous permettant de ne pas collaborer, directement ou indirectement, à la fourniture de produits ayant pour but des choix clairement immoraux, comme par exemple l’avortement et l’euthanasie… Le développement actuel de l’arsenal médicamenteux et des possibilités thérapeutiques qui en découlent nécessite que les pharmaciens réfléchissent sur les fonctions de plus en plus larges qu’ils sont appelés à avoir, en particulier en tant qu’intermédiaires entre le médecin et le patient; ils ont un rôle éducatif auprès des patients pour un usage juste de la prise médicamenteuse et surtout pour faire connaître les implications éthiques de l’utilisation de certains médicaments ».
Et Benoît XVI ajoute :
« Dans ce domaine, il n’est pas possible d’anesthésier les consciences, par exemple sur les effets de molécules ayant pour but d’éviter la nidation d’un embryon ou d’abréger la vie d’une personne… Le pharmacien doit inviter chacun à un sursaut d’humanité, pour que tout être soit protégé depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et que les médicaments remplissent véritablement leur rôle thérapeutique. »

Des propos qui seront sans doute commentés au Portugal. En effet six mois après la promulgation de la loi dépénalisant l'avortement, le ministre de la Santé portugais, Antonio Correia de Campos, exige de l'Association des médecins portugais de supprimer, d'ici 30 jours, leur clause de conscience concernant l'avortement. Le code éthique en vigueur stipule que les médecins doivent respecter la vie humaine dès son commencement et que pratiquer un avortement est une faute éthique grave. Une demande considérée par l'Association des médecins portugais, comme « excessive et arrogante » et de plus non constitutionnel.


Pour la Fondation de Service politique,
Thierry Boutet et Philippe de Saint-Germain




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