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01 juillet Actualité
“Être digne de recevoir la Sainte Communion”, principes généraux. Memorandum aux évêques américains “Être digne de recevoir la Sainte Communion”, principes généraux. Memorandum aux évêques américains
Cardinal Jozef Ratzinger

[Juillet 2004] - À l'occasion des élections de 2004 aux États-Unis, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a adressé un memorandum au Cardinal McCarrick, président de la conférence des évêques américains, pour rappeler six principes généraux au sujet des conditions pour recevoir la sainte communion, particulièrement s'il s'agit d'hommes politiques favorables à l'avortement et à l'euthanasie.

Voici le texte du cardinal sous forme de réponses introduites par des questions, dans la traduction de la Documentation catholique. À signaler, le Nota bene qui porte précisément non sur le cas des élus, mais des électeurs.

1- Quelles questions devrait se poser le chrétien catholique avant de s'approcher de la Sainte Communion ?

Se présenter pour recevoir la sainte communion devrait être l'objet d'une décision prise en son âme et conscience, fondée sur la question de savoir si l'on est digne d'un tel acte, selon les critères objectifs de l'Église. Il faudrait se poser des questions telles que :
- Suis-je en pleine communion avec l'Église catholique ?
- Suis-je en état de péché grave ?
- Suis-je l'objet d'une sanction (ex. excommunication, interdit) qui m'empêche de recevoir la sainte communion ?
- Me suis-je préparé à la communion en jeûnant au moins une heure auparavant ?
Se présenter sans discernement à la sainte communion, tout simplement parce qu'on est à la messe, constitue un abus devant être corrigé (cf. Instruction Redemptionis sacramentum, 81, 83)

2 - L'avortement et l'euthanasie sont-ils des péchés graves qui empêchent de recevoir la Communion eucharistique ? Y a-t-il des circonstances exceptionnelles qui excusent ?

L'Église enseigne que l'avortement ou l'euthanasie est un péché grave. La lettre encyclique Evangelium vitæ, en se référant aux décisions de justice ou aux lois civiles qui autorisent ou font la promotion de l'avortement et de l'euthanasie déclare que celles-ci entraînent "une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience [...]”. Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste comme celle qui admet l'avortement ou l'euthanasie, il n 'est donc jamais licite de s'y conformer, "ni de participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi, (de) donner à celle-ci son suffrage" (n. 73). Les chrétiens "sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu'admises par la législation civile, sont en opposition avec la loi de Dieu. En effet, du point de vue moral, il n'est jamais licite de coopérer formellement au mal. [...] Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté d'autrui, ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert" (n. 74).

3. Le recours à la peine capitale ou la décision de faire la guerre rendent-ils indigne de recevoir la communion eucharistique ?

Toutes les questions morales n'ont pas le même poids que l'avortement et l'euthanasie. Par exemple, si un catholique n'était pas d'accord avec le Saint-Père sur l'application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré, pour cette raison, indigne de recevoir la sainte communion. Alors que l'Église exhorte les autorités à rechercher la paix, et non la guerre, et à faire preuve de retenue et d'indulgence dans l'application de punitions aux criminels, il peut toujours être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou avoir recours à la peine capitale. Il peut légitimement exister une grande diversité d'opinions, même parmi les catholiques en ce qui concerne la décision de faire la guerre ou l'application de la peine de mort, mais pas pour ce qui est de l'avortement ou de l'euthanasie.

4. La question de la dignité pour se présenter à la Sainte Communion relève-t-elle de la seule appréciation personnelle ? Les pasteurs de l'Église ont-ils le droit porter un jugement à ce sujet ?

Outre l'évaluation personnelle de chacun sur la dignité de se présenter ou non à la sainte Eucharistie, il se peut que le ministre de la sainte communion se trouve dans la situation de refuser de donner la sainte communion à une personne qui fait l'objet d'une excommunication ou d'un interdit ou qui persiste avec obstination dans un péché grave et manifeste (cf. canon 915) ?

5. Que doit faire un pasteur (prêtre ou évêque) dont un fidèle, confié à son ministère, se présente à la Communion alors qu'il est publiquement en état de péché grave ?

En ce qui concerne le grave péché de l'avortement, ou de l'euthanasie, lorsque la coopération formelle d'une personne est manifeste (cas d'un homme politique catholique faisant ouvertement campagne en faveur de lois permissives sur l'avortement et l'euthanasie), son pasteur doit le rencontrer, l'instruire de l'enseignement de l'Église, lui dire qu'il n'est pas censé se présenter à la sainte communion avant d'avoir mis fin à la situation de péché objective dans laquelle il se trouve et le prévenir que, dans le cas contraire, l'Eucharistie lui serait refusée. Au cas où "ces précautions n'auraient pas eu d'effet ou n'auraient pas pu être prises" et que la personne en question, persiste, de manière obstinée, à se présenter pour recevoir la sainte Eucharistie, "le ministre de la sainte communion doit refuser de la donner" (cf. Déclaration du Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs : "La sainte communion et les catholiques divorcés ou remariés civilement", 2002, 3-4).

6. La sanction portée par le ministre de l'Église n'est-elle pas un jugement sur la conscience d'un homme ?

Cette décision, à proprement parler, n'est pas une punition ou une sanction. Le ministre de la sainte communion n'émet pas ici non plus de jugement sur la culpabilité subjective mais réagit plutôt au déficit de dignité public de la personne pour recevoir la sainte communion en raison d'une situation de péché objective.

(Nota bene)
7. Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l'avortement, sans s'exclure lui-même à son tour de la communion eucharistique ?

Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie [if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia]. Quant un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée [remote material cooperation], permise en vertu de raisons proportionnées.

[Juillet 2004].


Source : site du diocèse de Belley-Ars, traduction Documentation catholique, 17 octobre 2004, n° 2322.



Pour en savoir plus :
■ Le texte du memorandum en anglais : Lifesite.net





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