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Décryptage
20 oct. Éducation
École catholique (II) : le cri de Mgr Cattenoz sera-t-il entendu ? École catholique (II) : le cri de Mgr Cattenoz sera-t-il entendu ?
Thierry Boutet

«Enfin !», c’est le ton unanime des réactions à notre annonce de la charte de Mgr Cattenoz, annonçant un projet de réforme de l’enseignement catholique pour le diocèse d’Avignon. Celui-ci continue de faire des vagues. L’avalanche de courriels reçus donne une idée du ras-le-bol de beaucoup de parents, enseignants, et même de chefs d’établissement. À croire que le coup d’éclat de Mgr Cattenoz a libéré la parole. Existerait-il des chrétiens victimes de leur foi au sein même de l’enseignement catholique ? En lisant certaines lettres, on peut le penser.

L’ampleur du soutien manifesté n’est pas sans danger. Il ne faudrait pas que Mgr Cattenoz apparaisse comme le porte-parole d’une minorité exaspérée, tenue à bout de gaffe par une majorité aux manettes syndicales, et au commandement d’un secrétariat général soutenu par une masse de parents d’élèves qui mettent leurs enfants « dans le privé » pour des raisons peu catholiques.

Un porte-parole idéaliste, une sorte de Savonarole avignonnais, qui ferait fi des souhaits, peu exigeants, du grand nombre.

Un fonceur inconscient qui se moquerait des contraintes administratives régissant les écoles et les enseignants du privé avec un statut, des avantages et des obligations quasi identiques à ceux du public.

Si Mgr Cattenoz se voulait ainsi, le champion des purs contre les fossoyeurs de l’école catholique, sa logique ne serait pas celle de l’Église.

Mais le coup d’éclat de l’archevêque n’est pas celui d’un chef de parti qui cherche à conquérir une position. Il est celui d’un pasteur qui, à la manière de saint Paul, tance les Corinthiens et reproche à Pierre sa pleutrerie devant les juifs. En parlant ainsi, Mgr Cattenoz n’a rien à gagner. Pourquoi élève-t-il la voix ? Pourquoi le fait-il seul ?

Concertation

Même ceux qui, dans les sphères de l’enseignement catholique, sont au fond d’accord avec son projet, lui reprochent d’avoir publié sa charte sans concertation préalable avec ses confrères. D’autres s’inquiètent qu’il n’ait pas respecté la démarche du groupe de travail qui doit présenter ses conclusions sur le même sujet aux évêques réunis à Lourdes début novembre. D’autres enfin s’indignent du ton de son propos. Mgr Cattenoz ne cherche ni le consensus, ni le dialogue. Voila ce que l’on blâme.

Ces reproches témoignent par eux-mêmes : la démarche de l’évêque d’Avignon n’est pas politique et celui-ci n’obéit à d’autres calculs que ceux de sa charge spirituelle et de sa mission d’«ordinaire» du lieu. Évêque, il est, évêque, il agit.

Mgr Cattenoz lance un cri, à temps et peut-être à contretemps, mais qu’importe. Un cri devant une école catholique qui n’en a plus que le nom, un cri devant tant d’enfants laissés sans éducation chrétienne véritable, un cri devant tant de parents trompés dans leurs attentes, un cri devant tant d’enseignants et même de directeurs d’établissement entravés ou impuissants, un cri devant une Église de France qui s’est laissée piéger au fil des années par une dérive politique qui a aboutit aux accords Lang-Cloupet. Des accords qui ont retiré toute marge de manœuvre à l’Église de France pour mettre en oeuvre le caractère propre de l’Eglise catholique.

Ce cri dérange, on le comprend, les bien-pensants de l’école catholique compromis avec l’État laïque le plus glouton qui soit. Mais ce cri n’est pas un acte «politique».

Ouverture

C’est pourquoi les pasteurs de l’Église de France qui ont en charge le dossier — le secrétariat de l’enseignement catholique, les associations de parents d’élèves — devraient faire un pas dans sa direction. Dans une famille, lorsqu’un frère crie, tous accourent. Bien mal inspirés ceux qui auraient la tentation d’étouffer le projet de Mgr Cattenoz. Lui n’accuse personne, il ne dit que la vérité : l’enseignement catholique refuse du monde, mais son succès n’est que quantitatif ; dans une très large proportion, les établissements catholiques ne le sont que formellement.

La charte d’Avigon — qui ne concerne qu’un diocèse — n’a peut-être que la valeur d’un cri d’alarme. Mais elle a toute la valeur d’un cri d’alarme. Ce n’est pas la manière qui compte, ce sont les raisons profondes de cet éclat qu’il faudrait tenter de comprendre.

C’est vrai qu’il est temps d’ouvrir le débat. C’est vrai qu’il faut s’asseoir autour d’une table et dialoguer. Mais non pour trouver un consensus de façade sans rien régler des problèmes de fond. Chacun doit pouvoir défendre son projet pour l’école catholique. Ce projet doit pouvoir être évalué au regard de la foi et non pas seulement à l’aune des contraintes administratives, juridiques et financières.

Des solutions sont à trouver. Des expériences sont à lancer. Il n’y a pas d’un côté les «bonnes» écoles et de l’autre les «mauvaises». Toute communauté éducative a ses bons et ses mauvais côtés, ses grandeurs et ses misères. Mais chacune doit pouvoir s’évaluer selon des critères et un discernement profondément enracinés dans les exigences de la foi et de la charité.

Saint Jacques insiste dans son épître pour dire qu’il ne saurait y avoir de foi sans les œuvres. L’école est une des grandes œuvres de l’Église. L’archevêque d’Avignon vient de le proclamer à nouveau avec courage, au risque d’être montré du doigt par les uns et marginalisé par les autres. Si l’Église de France n’est pas capable de l’entendre, son avenir est inquiétant.

Toute maison divisée contre elle même périra. Puisse l’ensemble de la communauté éducative ne pas traiter en paria Mgr Cattenoz et tous ceux qui se retrouvent dans ses paroles. Avant de les accuser (on parle même de contre-témoignage !), certains feraient bien de réfléchir : si leur motivation est évangélique, leur esprit d’ouverture ne fera pas défaut.





Pour en savoir plus :

« Recentrer l’école catholique sur le Christ » : le choc de la charte d’Avignon





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