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Décryptage

Colloque : l’audace politique chrétienne en Europe

17 octobre 2008 | François de Lacoste-Lareymondie

Christine Boutin s’intéresse à l’Europe. Le ministre du Logement organisait ce 10 octobre un colloque au Collège des Bernardins. Invitées par son tout nouveau « Cercle Lamartine », des personnalités chrétiennes européennes ont témoigné de leur « audace politique ». Prochain rendez-vous à Prague, en avril 2009.


JUSTE INTUITION, cet appel de Christine Boutin à l’audace des chrétiens pour la politique. En dépit, ou plutôt à la faveur de ses fonctions ministérielles, son initiative est d’autant plus intéressante que l’« audace » porte en elle une charge positive même si elle n’induit pas directement de norme précise.

Aussi la présence de personnalités de premier plan telles que le nouveau président du Sénat ou le président du Parlement européen n’était-elle pas dénuée de portée, même si leurs propos, assez convenus par la force des choses, ont pu sembler trop en retrait du sujet. Néanmoins, outre quelques témoignages personnels forts et parfois émouvants, certains intervenants ne l’ont pas esquivé.

Dans son introduction, le Pr Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio, a inscrit le colloque dans une perspective historique où les Pères fondateurs de l’Europe étaient en bonne place, tant ils ont illustré le couplage d’une foi profonde avec un engagement politique pour lequel le pape Pie XII les avait « envoyés en mission ». Les temps présents témoignent au contraire d’un double désengagement : celui des élites vis-à-vis de la politique au profit des affaires, et celui de l’Église devenue réticente à intervenir activement. Ainsi la classe politique, échaudée en outre par les méfaits des idéologies, a glissé vers le pur pragmatisme. Il y a donc urgence à rouvrir le chantier de la politique à la lumière de cette définition de l’homme politique chrétien que donnait A. de Gasperi : « Celui qui, tout à la fois, prie et cherche la justice. »

La perspective actuelle, où la dimension nationale ne peut plus être dissociée de la dimension européenne, a été dessinée par Mgr Crepaldi, secrétaire du Conseil pontifical Justice et Paix., sur trois axes exprimés de façon ramassée et percutante :

 

  • Les sociétés développées ne sont pas des déserts éthiques ; elles sont même chargées de valeurs ; mais de valeurs individuelles qui ne sont plus partagées collectivement. Le pluralisme s’est abîmé dans l’individualisme.
  • Nos sociétés occidentales se caractérisent par une « fragilité complexive » : n’étant plus en mesure de fournir les références nécessaires, elles nous laissent désemparés face à la question du sens et nous fragilisent à proportion de leur propre fragilité.
  • Le rapport entre pluralisme et vérité est donc à refonder : la non-discrimination est devenue le paravent du non-discernement. Le pluralisme ne saurait se payer au prix d’un renoncement à faire émerger la vérité sur l’homme.

 

De façon plus concrète, certaines interventions ont marqué les esprits. Je pense en particulier à G. Michell, député irlandais au Parlement européen, qui a commencé par cette profession de foi : « Le Christ est ressuscité : voilà qui change notre façon de penser et d’agir ; car il est alors sûr que nous pouvons changer le monde. » Dans la même veine, E. Faber, directeur général délégué de Danone, a montré comment la priorité donnée à l’anthropologie chrétienne avait influé efficacement sur le management de son groupe. L’Italien Giro, chargé des médiations au sein de la communauté Sant’Egidio, a invité les Français, et notamment les chrétiens français, à assumer le leadership que l’Europe attend d’eux.

En guise de synthèse personnelle, je retiendrai la façon dont le pasteur J.-P. Rive, président de la commission Évangile et société de la Fédération protestante de France, a fait écho à Mgr Crepaldi, bousculant vigoureusement son auditoire. Les chrétiens, a-t-il dit, se sont eux-mêmes astreints à l’invisibilité dans l’espace politique, par peur d’être soupçonnés d’une coupable nostalgie de la chrétienté, en se laissant mettre en « résidence surveillée » et en rétrécissant la prédication de l’Évangile à la seule vie spirituelle personnelle. Il les a invités à réinvestir la politique, non seulement individuellement mais en tant qu’Église, et à entrer dans la voie de l’audace véritable : aider le monde politique à progresser sur le chemin de la vérité.

Commentaires (3)

J.M. RICHIER (18/10/2008): Il est grand temps que les Ktos réoccupent le terrain déserté de la politique et du social, à la lumière de la doctrine sociale de l'Eglise, ignorée de la plupart des baptisés.

Il faudrait pour cela une politique active de communication en direction d'abord du peuple chrétien, en reprenant quelques idées force et en faisant en sorte qu'elles soient largement diffusées au niveau de chaque paroisse.

Garder le silence alors que nous disposons d'un potentiel intellectuel et spirituel considérable et des moyens de le faire connaître, revient carrément à démissionner des obligations imposées par l'évangile à tout membre de l'Eglise.
bertrand de Lestrange Lyon (18/10/2008): Tout à fait d'accord.C'est ce que nous avons entrepris à Lyon:d'abord une journée diocésaine présidée par le Cardinal Barbarin,visant à sensibiliser et à introduire ce vaste sujet,puis,dans ma paroisse ,un "parcours" sur sept séances.Echec.Pourquoi? Parce que la matière est aride et son titre peu attrayant?parce que les paroissiens sont saturés de propositions? parce que la présentation était mal faite ou mal annoncée? Ou parce que les chrétiens ont profondément inscrit dans leur esprit que l'Eglise n'est pas compétente en ces matières?
La prochaine encyclique du Pape nous aidera peut être à surmonter la difficulté
Bien cordialement

B de Beauregard (18/10/2008): Cher Monsieur, je trouve votre compte rendu de la journée au Rernardins, au minimum incomplète car vous avez passé sous silence deux interventions intéressantes :
Mgr DAGENS j'ai été agréablement surpris d'entendre son discours à la fois ferme et me semble-t-il bien conforme à la pensée de l'église. À tel point que j'ai cru à une conversion !
L'intervention de Christine Boutin qui était à l'initiative de ce colloque de ce fait ne manquait pas courage... Son intervention a été remarquable et je regrette que vous ne l'ayez remarqué.
Bien sûr je connais votre position par rapport à Christine Boutin. Mais il me paraît important que des chrétiens même si ils sont "gaulois", sache reconnaître ceux qui ont envie de construire au milieu de tant de difficultés et je pensais que " " aurait salué ce colloque de façon plus positive. Il me semble même que la création du cercle Lamartine peut permettre de faire avancer des idées au niveau européen face à l'urgence d'un travail en commun. Dans ma naïveté je me suis même pris à rêver que liberté politique pouvait contribuer à cette réflexion !
Je continue à recevoir avec beaucoup d'intérêt « liberté politique » et je vous en remercie






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