Décryptage
La burqa, les religions et le droit
26 Juin 2009 |
Une soixantaine de députés de toutes tendances politiques emmenés par le député communiste André Guérin demandent une commission d’enquête sur la pratique de la burqa et du niqab en France. Mais c’est une « mission d'information » sur le port de la burqa qui a été décidée par la conférence des présidents de commission à l’Assemblée nationale. Cette décision a été prise à l'unanimité. La mission sera composée de 32 députés issus des quatre groupes de l'Assemblée.
La burqa « ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République », avait déclaré lundi Nicolas Sarkozy devant le Congrès, souhaitant que le Parlement se saisisse de la question. Cinq ans après la promulgation de la loi sur l'interdiction des signes religieux dans les écoles, le débat est relancé. Il y a un an, c'était le Conseil d’État qui confirmait le refus de l'acquisition de la nationalité française à une Marocaine au motif qu’elle portait la burqa.
La haute juridiction lui reprochait une « pratique radicale de la religion ». On ne sait dans quelle direction s'orienteront les parlementaires. Mais il n'est pas top tôt pour rappeler que quoiqu’on pense de la burqa, il est étrange que des magistrats s’aventurent sur un terrain qui n’est pas le leur – la pratique d’une religion – pour juger de sa compatibilité avec les « valeurs essentielles de la communauté française ». Un terrain glissant… dont la paix sociale et la liberté des religions — toutes les religions — pourraient souffrir.
La France s’honorerait à veiller plus rigoureusement à la dignité de la femme, mais en appliquant les principes généraux du droit, pas en ayatollah de la laïcité. Cela permettrait de considérer le respect de la femme de manière plus large et plus objective, le libertinisme occidental, dont le sectarisme religieux pourrait être la réplique inversée, n’offrant pas davantage de garanties en la matière. Voici ce que nous écrivions il y a un an, après la décision du Conseil d’État :
La burqa et l’ordre public
La décision aurait dû passer inaperçue. Fin juin, le Conseil d’État confirmait la validité d'un décret du 16 mai 2005 refusant la nationalité française à une Marocaine musulmane, en se fondant sur « une pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française ». Le jugement suscite au contraire beaucoup d’émotion et force débats ; non à cause de la solution adoptée, mais à cause de sa motivation qui crée bien des embarras. L’affaire remonte loin et nécessite quelques explications.
Nationalité et assimilation
L’article 21-2 du code civil prévoit qu’un « étranger qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de deux ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration », sous réserve qu’il satisfasse à deux conditions préalables : le maintien de la communauté de vie entre les conjoints et une connaissance suffisante de la langue ; conditions qui étaient remplies en l’espèce. L’article 21-4 du même code permet au gouvernement de s’y opposer, mais dans des limites étroites : par décret en Conseil d’État, et uniquement « pour indignité ou défaut d’assimilation ».
C’est donc en 2005 que l’affaire s’est jouée, lorsque le décret a été signé après avis du Conseil d’État, statuant alors en formation administrative en sa qualité de conseil juridique du gouvernement : le refus était fondé sur le « défaut d’assimilation ». Toute la question, le tintamarre qui en résulte et le malaise que l’on peut éprouver proviennent de la justification de ce défaut d’assimilation. Le Conseil d’État, statuant au contentieux cette fois-ci, l’a reprise dans sa décision : « Mme M… a adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentiels de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes… » Il ne pouvait d’ailleurs pas faire autrement et n’avait pas la faculté d’y substituer un autre motif ; et en tout état de cause, il eût été surprenant qu’il désavouât son avis initial.
Replaçons-nous un instant dans le contexte de l’époque : la loi de 2004 interdisant le port du voile dans les lieux publics était toute fraîche. Or l’administration savait, après l’enquête habituelle des services sociaux et de la police, que Mme M… non seulement était voilée, mais qu’elle l’était au moyen de la burqa qui présente la caractéristique de cacher tout le visage ; et qu’elle vivait en quasi recluse chez elle, sous l’autorité absolue de son mari, conformément aux prescriptions d’une version rigoriste de l’islam, le salafisme, dont elle et lui sont des adeptes.
Le radicalisme religieux entre les mains de l’administration
Le ministère de l’Intérieur, qui instruisait le dossier, se heurtait à une difficulté : le défaut d’assimilation est difficile à étayer de façon objective. Il a cru bien faire en se référant à un « radicalisme religieux » que le port de la burqa, mais aussi la soumission et la réclusion, servaient à illustrer. Or il n’y a pas de précédent : c’est la première fois, à ma connaissance, qu’un tel motif est invoqué à l’appui d’une décision administrative, et que le juge accepte de se prononcer sur la qualité d’une pratique religieuse pour en tirer une conséquence juridique.
Cet arrêt fera-t-il jurisprudence ? Ce n’était sans doute pas l’intention du Conseil d’État qui ne l’a pas publié dans sa base documentaire. Néanmoins le tapage médiatique et le besoin qu’a l’administration de s’appuyer sur des précédents laissent penser qu’il resservira ; avec tous les risques qu’il y a de voir l’administration et le juge se mêler de pratiques religieuses, ou dérivées de la religion, pour déterminer celles qu’ils acceptent et celles qu’ils récusent.
La pente sur laquelle on s’engage ainsi est glissante, qui risque de nous faire passer des modalités prudentes d’une laïcité tempérée à un ostracisme antireligieux. Aujourd’hui on conteste des prescriptions inacceptables d’origine islamique ; qu’en sera-t-il demain de la vêture des bonzes, voire de nos moines et plus encore de nos moniales qui portent le voile ? N’a-t-on pas déjà interdit à un prêtre d’entrer en soutane dans un lycée dont il était l’aumônier ? Le Conseil d’État a beau déclarer dans un dernier considérant, pour écarter une objection tirée de la violation de la convention européenne des droits de l’homme, que cette décision « n’a ni pour objet ni pour effet de porter atteinte à la liberté religieuse de l’intéressée », il n’est guère convaincant. Il a ouvert une porte qu’il sera difficile de refermer.
Plutôt l’ordre public et les principes généraux du droit
Il n’entre pas dans notre intention de défendre par principe n’importe quelle pratique tirée de prescriptions soi-disant religieuses ; et encore moins de contester le sens de la présente décision. Mais n’aurait-on pas dû la fonder sur un autre terrain ?
Il est clair en effet que ce qui était visé, c’est une certaine forme de sujétion sociale imposée aux femmes sous couvert de religion. Il est non moins clair que cette sujétion est contraire aux valeurs de notre société et plus encore à des principes généraux qui trouvent leur fondement dans le droit naturel. Aussi nous aurions été plus à l’aise si l’administration d’abord, et le juge à sa suite, avaient invoqué le trouble à l’ordre public que cause le port de vêtements cachant l’intégralité du visage, ou s’ils s’étaient directement fondés sur les principes généraux du droit et notamment sur le principe d’égalité entre hommes et femmes que viole le comportement du couple en cause, quels qu’en soient les motifs. Le terrain juridique aurait été plus solide et mieux balisé.
À dire vrai, ils se heurtaient à deux obstacles : d’une part l’absence de législation de portée générale relative à la tenue des gens dans l’espace public (sous réserve des bonnes mœurs), d’autre part l’acquiescement de Mme M… à sa situation. S’agissant du premier, la loi interdisant le port d’insignes religieux dans certains lieux publics ne répond évidemment pas à la question posée : d’une part parce qu’elle ne concerne pas la rue et tous les lieux ouverts, d’autre part et surtout parce qu’elle s’attaque à une pratique religieuse au nom d’une laïcité qui se crispe mais ne traite nullement le trouble à l’ordre public que cause le masque du visage. Quant à l’acquiescement à une sujétion, il ne fait pas disparaître sa contrariété avec les principes généraux du droit, et ne devrait pas empêcher l’administration et le juge de la combattre malgré tout.
Que dira-t-on aux femmes qui ont déjà la nationalité françaises et qui portent la burqa (rarement) ou plus souvent le niqab qui est à peine moins couvrant et qui masque aussi le visage en laissant juste une fente pour les yeux ? Et à celles qui accompagnent diplomates ou hommes d’affaires proche-orientaux, ou aux touristes originaires de ces pays ? Rien hélas en l’état actuel du droit.
Peut-être serait-il temps de débattre de la proposition de loi déposée en 2006 par le député des Yvelines, Jacques Myard, tendant à interdire dans l’espace public, y compris dans la rue, tout vêtement qui cache le visage : au demeurant, celle-ci vise non seulement les formes extrêmes du voile islamique, mais plus encore toutes les cagoules et autres capuches dont beaucoup s’affublent pour ne pas être reconnus, et… vivre plus aisément en marge de la loi ou commettre des délits. Difficile à appliquer ? Peur d’apparaître « anti-jeune » ? Sans doute, mais quand même nécessaire.
À attaquer l’islam sur le terrain religieux au lieu de s’en tenir aux concepts classiques d’ordre public et de principes généraux du droit, on va surtout aiguiser le conflit, et finir par ébranler les fondements de la société que l’on prétend défendre.
François de Lacoste Lareymondie,
18 juillet 2008Â
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Commentaires (6)
A partir du moment où un certain nombre de femmes, parfaitement conscientes de ce qu'elles font naturellement, n'hésitent pas, en raison de leur tenue vestimentaire particulièrement dégarnie, à prostituer leur corps au regard du premier passant venu, (y compris sur les plages fréquentées par des familles où certaines se permettent, sous le nez des enfants et des pères de famille, de pratiquer le nu intégral, comme il faut le constater en ce début d'été en Aquitaine), je pense que nous avons perdu pas mal de légitimité à faire la leçon aux musulmanes qui circulent voilées.
Je suis par conséquent contre une mesure frappant unilatéralement la communauté musulmane ou stigmatisant la culture islamique. Ou alors adoptons des mesures interdisant parallèlement la burka et les tenues inspirées par la "sous-culture porno" dans les lieux publics qui toutes deux sont attentatoires à la dignité de la femme et à la tranquillité publique. Les secondes le sont d'ailleurs plus que le voile car la chair est faible.
Que celui qui ne s’est jamais rincé l’œil dans la rue vienne dire le contraire…
- on émeut les Français de souche en agitant la menace d’un Islam extrémiste, intolérant, misogyne, un Islam caché (voilé) donc coupable.
- On persuade les Musulmans que notre société les rejette et que l'intégration est donc impossible – une réaction communautaire brutale ferait le bonheur d’Alain Bauer [1] et ferait apparaître aux yeux du public l’urgence de mesures sécuritaires liberticides supplémentaires.
- On attise la peur confessionnelle et on exploite le misérabilisme droit-de-l’hommiste. On justifie ainsi la participation de la France à des conflits - aujourd’hui l’Afghanistan pour les droits des femmes, demain le Pakistan - des conflits qui s’enchaînent comme les tubes d’un oléoduc dans la manœuvre d’encerclement de l’ancienne URSS, que Brezinski, aujourd’hui conseiller d’Obama (!) lança pendant la guerre froide…
A nous Chrétiens de ne pas nous laisser embarquer dans cette entreprise de division qui, des caricatures de Mahomet reproduites dans Charlie Hebdo par le neo-con Philippe Val [2] aux propos outranciers de Robert Redeker [3] est cousue de fil blanc. Alain Soral [4] propose aux Musulmans français ce qui peut rassembler Français de souche et Français d’adoption: le patriotisme qui est le garant de la paix civile en France, comme il est au Liban le dénominateur commun des Chiites du Hezbollah et de leurs alliés chrétiens, les partisans du général Aoun…
[1] Alain Bauer est le "Monsieur Sécurité" de Nicolas Sarkozy qui l’a parachuté à la tête de la chaire de criminologie du CNAM. Il publie depuis 1999 des livres critiqués par les universitaires qui lui reprochent sa méthode d’étude et sa vision catastrophiste de la criminalité, ses statistiques douteuses et son discours politiquement biaisé sur l'insécurité et le terrorisme. Mais Alain Bauer, alors Grand Maître du Grand Orient, écrivit aussi avec Michel Barat, alors Grand Maître de la Grande Loge de France, un article intitulé "Immigration - Une chance pour la France" dans le Figaro du 18/10/02. Contradictoire? Pas pour un fauteur de troubles…
[2] récemment promu par le Président de tous les Français à la direction de France Inter
[3] Robert Redeker dans le Figaro du 19/9/06 (encore le Figaro...): "Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine" (article retiré du site du Figaro mais disponible chez www.communautarisme.net/Face-a..._a823.html)
[4] Alain Soral est le fondateur de l’association "Egalite et Réconciliation". Il discuta publiquement le 18/4/09 avec Tareq Oubrou sur le sujet "Français, musulman et patriote"
Je pense surtout que les éducateurs ont du pain sur la planche avec l'éducation des populations malsculines musulmanes à qui il va falloir enseigner que la JALOUSIE est un épouvantable vice qui empoisonne la vie de tout le monde y compris des jaloux et qu'ils apprennent à faire confiance à leurs épouses mais pour cela il faudrait que notre société donne l'exemple de la fidèlité dans le mariage.
Tant que le divorce et les moeurs seront aussi relachées il ne faudra pas s'étonner que les excès dans l'autre sens fleurissent; Si notre Société occidentale retrouve le juste milieu qui était le sien auparavant, elle aura alors toutes les chances en donnant le bon exemple de faire éradiquer sans heurts tous ces comportements excessifs.
Je suis donc profondément troublé par des commentaires d'ordre religieux -- des catholiques "fières de notre civilisation" qui défendent leur foi contre l'Islam -- qui proposent d'utiliser l'état français pour la suppression des signes de l'Islam les plus explicites. En oubliant qu'il s'agit de l'état laïque qui aujourd'hui favorise l'avortement, un anathème pour l'Eglise catholique, comme la solution la plus répandue et la plus adaptée du problème des grossesses précaires, avec plus des 200 000 avortements par ans. Et en s'assujettissant, en particulière et tout récemment, aux procédures abortives la vocation unique des sages-femmes d'accompagner en sécurité et bonheur la mère et son enfant dans les premiers moments de la vie de l'enfant.
Comme chacun le sait, ma liberté s’arrête ou commence celle d’autrui et ne peut donc justifier un comportement qui pourrait porter atteinte à mon prochain. La laïcité pose le respect des religions et de leur exercice. Ces grands mots qui font honneur à notre république ont encore une fois été bafoués.
Pour éclairer notre réflexion, je vous propose un raisonnement par l’absurde ou plutôt par le contraire.
Un papou débarque de Nouvelle Guinée en France, pays de la liberté et de la laïcité (notez bien que je n’ai rien contre les papous). Ce papou, proche de la nature est habitué à se promener nu et justifie même cette coutume par sa religion dont le Dieu les encourage à se débarrasser du superflu pour vivre au plus près de la nature. Ce papou sort donc nu dans les rues de Paris et est très vite arrêté par la Maréchaussée pour outrage à la pudeur. Notez bien que ce n’est pas sa pudeur qui est dérangée par son comportement mais celle des parisiens. Il est conduit au poste de police ou l’agent de la force publique lui dressera un procès verbal et ou il ne sera autorisé à sortir que dignement vêtu. Sa liberté s’est arrêtée au respect de la pudeur des parisiens même si la laïcité de la France respecte sa croyance.
En contrepoint de mon histoire de Papou, je vous propose donc de créer (s’il n’existe pas déjà dans la loi française) un délit d’outrage à la courtoisie. Ce délit s’appliquerai à toute personnes qui par sa tenue empêcherait ses concitoyens d’exercer leur droit à la courtoisie en échangeant un regard et un sourire. La création de ce délit a l’intérêt de ne pas stigmatiser une religion en particulier mais toucherait le voile intégral comme les vestes avec cagoule intégrées qui ont elle aussi défrayées la chronique. Tout comme l’outrage à la pudeur, la punition serait un procès verbal et un passage au poste de police dont le coupable ne pourra sortir que dignement vêtu.



