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Lourdes 2008 : les évêques et le « bon niveau » du dossier des vocations

14 novembre 2008

Les évêques ont achevé dimanche 9 novembre leurs travaux sur une exhortation de Mgr Vingt-Trois centrée sur la question des vocations. A-t-on traité les questions qui fâchent ?

Vu de l’extérieur, les dossiers sur lesquels travaillent les évêques paraissent souvent assez académiques. Cette année n’échappe pas à la règle. Ainsi le document sur le dialogue interreligieux présenté par Mgr Sentier a été adopté. Dans sa troisième partie, il traite de la question des conditions du dialogue interreligieux, et rappelle que « dialogue ne signifie pas entente ou accord », mais qu’il suppose une manière d’être ainsi que des « réunions régulières qui ne soient pas purement intellectuelles mais vraiment humaines et détendues ».

Selon les évêques « pour qu’il y ait vraiment rencontre, il faut que chacun ait le courage de dire ce qu’il croit être vrai, mais sans agressivité ». Rien de très nouveau, si ce n’est que le document devrait faire l’objet de fiche pédagogique à destination des animateurs intervenant dans les écoles et les aumôneries ou règne souvent hélas un certain syncrétisme.

Autre dossier, le groupe sur « l'indifférence religieuse et la visibilité de l'Église ». Piloté par Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, il a rendu ses premières conclusions : « La visibilité de l'Église n'est pas médiatique… Il faut maintenant passer de l'inquiétude au discernement pour saisir et percevoir les attentes spirituelles cachées de nos contemporains. » Qui pourrait dire le contraire ? 

Plus sensible, le dossier sur la bioéthique piloté par Mgr d’Ornellas destiné à préparer les « États généraux de la bioéthique » et la réforme des lois de bioéthique prévue en 2009.

Pour l’archevêque de Rennes, « l'idée, n'est pas de dire stop. Il faut soutenir la recherche médicale. Nous voulons à terme créer et entretenir un vrai dialogue avec les chercheurs, les médecins, les législateurs. Car cette question est un enjeu de société, elle dépasse l'Église : tous, croyants ou non, nous sommes concernés ». En clair les évêques se sont informés et ont travaillé leurs arguments sur un sujet complexe et sur lequel ils sont mobilisés. Espérons qu’ils seront écoutés.

Le douloureux dossier des vocations

Mais Lourdes c’est aussi l’occasion de prendre la mesure des préoccupations épiscopales. Manifestement le sujet le plus douloureux  est celui des vocations.

Mgr Vingt-Trois s’en ait fait l’écho dans son discours de clôture. Nous sommes entrés dans des années redoutables. Dans la plupart des diocèses, le presbyterium fond comme neige au soleil et le nombre des vocations s’effrite encore. Pour beaucoup d’évêques et de prêtres, cette croix est très lourde.

Mgr Simon, archevêque de Clermont et vice-président de la conférence, s’est plaint de la propension des jeunes séminaristes à choisir « leur évêque, leur diocèse, leurs réseaux », une situation « douloureuse » pour les évêques. Il suggère une solution autour du « bon niveau » : les provinces ecclésiastiques. La question n’est-elle pas plutôt l’extrême diversité des formations proposées dans les séminaires diocésains et interdiocésains ? Pourquoi certains diocèses attirent et d’autres non ? Pourquoi ne pas aligner la formation des prêtres sur les formules qui marchent ? Nul doute que les évêques en ont parlé. Mais rien n’a filtré sur ce sujet qui fâche.

Face à cette situation, le cardinal de Paris ne se veut pas morose. « Il est urgent, dit-il, de développer une culture de l’appel » auprès des jeunes. Pour lui, cela doit être « notre préoccupation première et même notre préoccupation quotidienne » et Mgr Vingt-Trois appelle lui-même les évêques à la créativité :

« Nous devons mettre en œuvre toutes nos capacités d'invention…Nous pouvons nous réjouir d'être sortis du mutisme qui a sévi trop longtemps… La dynamique apostolique dans laquelle Benoît XVI nous a confirmés lors de sa récente visite repose essentiellement sur notre capacité à appeler des ouvriers pour la moisson. »

La moisson dans ce domaine est toujours à la mesure de la ferveur et de la foi du peuple de Dieu conduit par son évêque. Deux petites histoires peuvent en témoigner. 

Première histoire : il n’y a pas très longtemps, un évêque français se lamentait de ne pas avoir assez de séminaristes. Il décida de partir en pèlerinage avec trois prêtres de son diocèse pour les demander à Marie. Neuf mois plus tard, il accueillait trois séminaristes. Coïncidence !

Dans un autre diocèse, contre l’avis de son vicaire général et malgré de multiples oppositions, un évêque soutenu par un petit groupe de laïcs a organisé une nuit de prière pour les vocations. Résultat : plusieurs vocations sont nées au cours de cette nuit. Autre coïncidence ?

Nous connaissons tous la prière Seigneur donnez-nous des prêtres, donnez-nous de saints prêtres et cette promesse du Christ : « Demandez et l’on vous donnera, frappez et l’on vous ouvrira. » Mgr Dagens a raison : la visibilité de l’Église ne dépend pas des médias mais de sa ferveur et de sa foi.  





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Commentaires (4)

Amédée (15/11/2008): Mgr H. Simon est gentil, mais la souffrance la plus grande n'est-elle pas plutôt pour les séminaristes obligés de quitter leur diocèse pour aller, là où ils seront rassasiés?
Car ces séminaristes avaient faim et leurs évêques ne leur ont pas donné à manger (i.e. une formation spirituelle solide).
Car ces séminaristes avaient soif et leurs évêques ne leur ont pas donné à boire (i.e. avec des cours de liturgie en option).
Ils étaient chez eux et ils ont été rejetés comme des étrangers par leurs évêques.
Etienne (16/11/2008): Prions pour nos évêques qui pour beaucoup ne savent pas ou ne peuvent pas accueillir les désirs d'évangélisation, de sainteté, de radicalité, de vie communautaire, d'adoration du St Sacrement, de vie mariale ... de nombreux jeunes qui désirent donner leur vie au Christ. Ces garcons comme moi, à force de prendre des coups, s'épuisent jusqu'à abandonner leur vocation, ou quitte leur diocèse pour rejoindre une communauté religieuse.
Amédée (16/11/2008): @ Etienne,
Pas d'angélisme, les évêques qui refusent d'accueillir savent très bien ce qu'ils font. Sinon, ils mettraient en place d'autres personnes au service des vocations et choisiraient des profs de qualité pour des cours de qualité dans leurs séminaires. Aux séminaires diocésains, ils préfèrent les séminaires inter-diocésains, ce qui leur demande moins de boulot, moins d'implication.
La preuve que les évêques savent pertinemment qu'ils ferment la porte aux vocations, c'est leur récente mesure à Lourdes avec l'année de propédeutique... En ajoutant, une année de plus, ils sont encore plus sûrs de tarir la source et de créer la pénurie de prêtres à l'avenir.

Je prie donc plutôt pour les jeunes-hommes qui disent "fiat" au bon Dieu avec joie et confiance et je prie pour les évêques qui les accueillent.
Je prie aussi pour tous ceux qui ont été rejetés par leur évêque.

Les évêques qui n'ont pas de prêtres ont reçus tous les sacrements nécessaires, toutes les grâces de l'Esprit Saint: s'ils n'en font pas usage, je ne vais pas en plus prier pour eux, eux qui scandalisent les candidats à la prêtrise.
J Choisy (18/11/2008): J'ai lu que de plus en plus de jeunes prêtres et séminaristes faisaient preuve de "pointillisme" liturgique, et que ce serait une cause de souffrance épiscopale, comprendre de tension avec le clergé ancien attaché aux vieilles lunes du n'importe quoi liturgique. On croît rêver. Après des années de laxisme, l'attirance des jeunes pour la beauté liturgique devrait plutôt être un motif de joie, et le signe d'un recadrage organique de l'Eglise, par elle-même. Laissons les morts enterrer les morts.

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