Le fil
Église
La naïveté des intellectuels chrétiens en quête d’“ouverture”
14 novembre 2008
Dans son livre-entretien sur « le risque de la foi » (Conversazioni notturne a Gerusalemme. Sul rischio della fede, Mondadori), le cardinal Martini ne s’attaque pas seulement à Humanæ Vitæ (cf. Le Fil du 7 novembre). Poursuivant sa lecture, Sandro Magister s’étonne de l’acharnement du cardinal : « Le livre va plus loin et accuse, de manière répétée, l’Église d’"involution". Martini réclame au contraire une Église "courageuse" et "ouverte", comme le disent les titres de deux chapitres du livre. »
Le vaticaniste rend public à ce propos un article critique d’un professeur à l'Université de Florence et à la Faculté de théologie de l'Italie centrale, Pietro De Marco. Celui-ci salue d’abord la pensée ample et ouverte du prélat, qui affirme par exemple que « ne pas penser de manière biblique nous limite, nous met des œillères, ce qui nous empêche de saisir l’ampleur de la vision de Dieu ». Ou encore :
Mais le Professeur n’entre pas dans ce qu’il admet pourtant comme le résumé de l’analyse du cardinal. Pour lui, « le seul renvoi à un lire/penser biblique et à une "ouverture" du cœur reste tout à fait vague ». De Marco rétorque : « Si la Révélation nous transforme, c’est parce qu’elle implique “infiniment” plus qu’une pensée "de manière ouverte" à la manière des modernes ; un "ouvert" qui s’oppose à ce que Sporschill [l’interviewer, jésuite également, de Mgr Martini, ndlr] liquide sous le nom de "mentalité étroite". »
La forme d’optimisme de l’ancien archevêque de Milan pourrait bien être compris également comme ajoutant à la confusion et à une superbe bien moderne, en décalage avec les discours pontificaux sur la nécessité du retour de la raison : « Je ne m’inquiète pas trop des gens qui quittent l’Église », dit ainsi le cardinal. « Je suis plus préoccupé par les gens qui ne pensent pas. [...] Je voudrais des individus qui pensent. [...] Ce n’est qu’alors que se posera la question de savoir s’ils sont croyants ou incroyants. Ceux qui réfléchissent seront guidés dans leur cheminement. J’en suis sûr. »
Pietro De Marco pointe ce travers tout à la fois orgueilleux et naïf, qu’on rencontre parfois chez les intellectuels chrétiens en quête d’“ouverture”, hantés davantage par le risque de la marginalisation que par le “risque de la foi”. Ils croient trouver un terrain d’entente avec la pensée moderne autour de la seule virtuosité de l’intelligence :
***
Le vaticaniste rend public à ce propos un article critique d’un professeur à l'Université de Florence et à la Faculté de théologie de l'Italie centrale, Pietro De Marco. Celui-ci salue d’abord la pensée ample et ouverte du prélat, qui affirme par exemple que « ne pas penser de manière biblique nous limite, nous met des œillères, ce qui nous empêche de saisir l’ampleur de la vision de Dieu ». Ou encore :
« Nous devons apprendre à vivre l’immensité de l’être catholique. Et à connaître les autres. [...] Pour protéger cette immensité, je ne connais rien de mieux que de continuer sans cesse à lire la Bible. [...] Si nous écoutons Jésus et si nous regardons les pauvres, les opprimés, les malades, [...] Dieu nous conduit au dehors, dans l’immensité. Il nous apprend à penser de manière ouverte. »
Mais le Professeur n’entre pas dans ce qu’il admet pourtant comme le résumé de l’analyse du cardinal. Pour lui, « le seul renvoi à un lire/penser biblique et à une "ouverture" du cœur reste tout à fait vague ». De Marco rétorque : « Si la Révélation nous transforme, c’est parce qu’elle implique “infiniment” plus qu’une pensée "de manière ouverte" à la manière des modernes ; un "ouvert" qui s’oppose à ce que Sporschill [l’interviewer, jésuite également, de Mgr Martini, ndlr] liquide sous le nom de "mentalité étroite". »
La forme d’optimisme de l’ancien archevêque de Milan pourrait bien être compris également comme ajoutant à la confusion et à une superbe bien moderne, en décalage avec les discours pontificaux sur la nécessité du retour de la raison : « Je ne m’inquiète pas trop des gens qui quittent l’Église », dit ainsi le cardinal. « Je suis plus préoccupé par les gens qui ne pensent pas. [...] Je voudrais des individus qui pensent. [...] Ce n’est qu’alors que se posera la question de savoir s’ils sont croyants ou incroyants. Ceux qui réfléchissent seront guidés dans leur cheminement. J’en suis sûr. »
Pietro De Marco pointe ce travers tout à la fois orgueilleux et naïf, qu’on rencontre parfois chez les intellectuels chrétiens en quête d’“ouverture”, hantés davantage par le risque de la marginalisation que par le “risque de la foi”. Ils croient trouver un terrain d’entente avec la pensée moderne autour de la seule virtuosité de l’intelligence :
« J’entrevois, dans ces formules, une méthode parfois adoptée par des hommes d’Église et en particulier par la Compagnie de Jésus : attirer les gens qui pensent, qu’ils croient ou non ; ne pas se soucier des défections passées ou présentes qui touchent l’institution ; faire confiance à la direction et à la correction de Dieu dans ce genre d’entreprises. Ce courage se montre souvent efficace, même si nous ne savons pas ce qui en sortira de plus profond et décisif pour la formation à la foi et pour l’Église elle-même. Mais il y a quelque chose d’essentiel qui échappe. Qui est juge des "gens qui pensent" ? Et que pensent-ils ? Que veut dire exactement le cardinal, si l’on va au-delà des formules éducatives générales et généreuses pour entrer au cœur de l’instruction chrétienne ? »
***
Commentaires (6)
JLC (15/11/2008):
Si être Chrétien et le montrer, c'est être marginal, alors il faut prendre ce risque. Rappelons que Jésus a dit : "Heureux serez vous si on dit du mal de vous à cause de moi!".
Jean-Etienne Long, o.p. (15/11/2008):
Je ne comprends pas que le modérateur n'ait pas relevé les attaques personnelles et les propos discourtois du commentaire de Della Genga. Parler d'optimisme proprement satanique et donner une leçon d'humilité au cardinal Martini revient à accuser très lourdement le cardinal, et conduit à un manque d'objectivité minimale. C'est assez absurde d'en faire un hérétique sous le seul prétexte qu'il pense autrement la foi, et invite à penser (comme Albert le Grand que nous fêtons aujourd'hui, par exemple). Pourquoi ne pas s'essayer à une lecture bienveillante et compréhensive, et ne pas reconnaître dans ce souci de penser un accord très fondamental avec l'appel de Benoit XVI ? Il serait bon quand on prétend donner des leçons de christianisme de se rappeler de cet adage : in necessitatis, unitas, in dubiis, libertas, in omnibus, caritas.
FD (15/11/2008):
Mais justement il me semble qu'"Humanae vitae" fait partie des "necessatis", sinon Paul VI n'aurait pas pris la peine d'écrire une encyclique. Penser autrement la foi, ou penser une foi autre?
Annie Milelli (20/11/2008):
Ce livre est inspiré par l'hérésie moderniste, définie par Saint Pie X auquel je vous renvoie. C'est un accomodement à l'esprit du monde, une tentative de plaire aux hommes, mais le Cardinal n'en a pas conscience, bien sûr.
Et il faudrait lui offrir Histoire d'une âme, de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face. Car cet homme est esclave de la pensée au détriment du coeur. On touche donc au problème principal des 45 dernières années de l'Eglise.
L'Amour non aimé : Jésus-Christ.
Quand on est dans l'Amour de Jésus-Christ, on comprend combien l'encyclique Humanae Vitae est inspirée par l'Esprit-Saint. Elle pose la question essentielle du mariage, du sacrement de mariage institué par Jésus-Christ Lui-même. Et ce mariage tel que le définit Paul V, est celui d'un homme et d'une femme catholiques croyants. Les autres ne peuvent pas comprendre.
Elle cherche à définir ce qu'est l'amour dans le mariage : le bonheur et la finalité du mariage se trouvent -t-il dans une quantité de sexualité ? Et c'est là que se posent les questions de la contraception.
Tony Anatrella, prêtre et psychiâtre, a réconcilié des couples en perdition, mariés ou non, en leur demandant de vivre 6 mois de continence. Certains ont réussi et leur amour a été sauvé. Donc, les questions que soulèvent Humanae Vitae ne sont pas bien posées.
Et il faudrait lui offrir Histoire d'une âme, de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face. Car cet homme est esclave de la pensée au détriment du coeur. On touche donc au problème principal des 45 dernières années de l'Eglise.
L'Amour non aimé : Jésus-Christ.
Quand on est dans l'Amour de Jésus-Christ, on comprend combien l'encyclique Humanae Vitae est inspirée par l'Esprit-Saint. Elle pose la question essentielle du mariage, du sacrement de mariage institué par Jésus-Christ Lui-même. Et ce mariage tel que le définit Paul V, est celui d'un homme et d'une femme catholiques croyants. Les autres ne peuvent pas comprendre.
Elle cherche à définir ce qu'est l'amour dans le mariage : le bonheur et la finalité du mariage se trouvent -t-il dans une quantité de sexualité ? Et c'est là que se posent les questions de la contraception.
Tony Anatrella, prêtre et psychiâtre, a réconcilié des couples en perdition, mariés ou non, en leur demandant de vivre 6 mois de continence. Certains ont réussi et leur amour a été sauvé. Donc, les questions que soulèvent Humanae Vitae ne sont pas bien posées.








Mais en quoi Mgr Martini est-t-il plus conscient que ceux dont l'Apôtre dit qu'ils ont la ''foi humble et véritable''' ? N'est-ce pas de l'orgueuil insensée que de se constituer en véritable Paraclet de l'Église de Dieu, avec un mépris évident envers l'Esprit Saint, qui est guide, conscience, sagesse, docteur et raison d'être de l'Église avec le Christ ?
La casuistique jésuite peut sans aucun doute conduire à des travers moraux si elle n'est pas employée avec mesure et prudence. Elle conduit à tenir pour ''probables'' toutes les opinions inspirées et suggérées par on-ne-sait-qui ... or, cela pose spécialement problème lorsque des enseignements autrefois tenus pour acquis rencontrent par temps une désapprobation violente, tel que dans le cas de la très louable et très juste encyclique Humanae Vitae.
L'Église, vous le savez, s'apprête a béatifier la petite Nenno, une fillette d'à peine six ans qui aurait reçue des grâces incomparables de Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même ! Elle serait même docteur de l'Église, comme le veulent ses postulateurs ! Eh bien, il faudrait absolument et immédiatement proposer cette sainte en tant que patronne du cardinal Martini, lui qui a besoin de tant d'humilité maintenant qu'il approche le seuil de la vie, à l'heure fatale où la conscience chrétienne voit et entend le visage de Dieu !