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Lourdes : le cardinal Vingt-Trois rappelle “les dimensions éthiques de la réalité”

7 novembre 2008

Lors de son discours d’ouverture de l’assemblée plénière de la conférence des évêques de France réunie à Lourdes, le cardinal André Vingt-Trois a d’abord évoqué le voyage de Benoît XVI en France, sa récente visite au Patriarche Alexis II à Moscou et le synode des évêques à  Rome. En cette période de crise économique et financière, un long passage de son allocution a concerné notre modèle de société. Il n’a pas éludé la question du repos dominical ni celle de la révision des lois de bioéthiques :

Les soubresauts financiers qui marquent la période que nous vivons sont lourds de conséquences et de menaces, non seulement pour les revenus des grandes institutions financières ou pour les petits épargnants, mais aussi pour tous ceux dont les moyens de travailler et de vivre dépendent de la vitalité et de la production des entreprises, quelle que soit leur taille. L’implication forte et rapide des gouvernements européens a peut-être évité le pire. Il a montré en tout cas que la détermination permettait de faire face ensemble à une période de crise. Face à la précarité de l’emploi et à la baisse de nombreux revenus, nous sommes tous invités à développer notre réflexion sur l’organisation de la vie économique et sociale. Certes, notre Église n’a ni la mission ni la compétence pour apporter des solutions à ces problèmes. Mais elle a la mission et la compétence pour aider nos concitoyens à vivre humainement dans ce contexte économique et pour en mesurer les enjeux moraux.

Si la redistribution des revenus et des richesses peut séduire par son intention généreuse, nous ne pouvons pas éluder une question beaucoup plus radicale qui est celle de notre modèle de société. Partager des richesses est une attitude altruiste, mais le moment vient où nous devons prendre en compte les limites des richesses à partager. Comment pouvons-nous aider nos contemporains à intégrer dans leurs attentes le fait que notre planète n’est pas un réservoir indéfini de consommation possible ? Comment les aider à mieux admettre que nous ne devons pas seulement viser à la répartition des richesses entre pays développés, dans une société qui devrait assumer tous les risques particuliers ? Nous devons aussi assumer notre responsabilité dans le partage du travail et du développement avec les autres peuples de la terre. La France, comme l’Europe industrialisée, doit affronter cette réalité ou voir sa prospérité se dissoudre inéluctablement. Notre responsabilité est aussi engagée dans les attitudes à l’égard des ressources naturelles. Sans céder à un catastrophisme apocalyptique, dont les prévisions sont généralement démenties par les faits, nous devons affronter la question très réelle des coûts en ressources naturelles non renouvelables de notre modèle de consommation.

La gestion sociale du temps est confrontée elle aussi aux limites humaines. Les projets de dérogations nombreuses et légales au repos dominical s’inscrivent dans la perspective des mutations de notre société vers une norme du rendement maximum sans mesurer assez les coûts humains des changements envisagés. Nous n’oublions pas que déjà un nombre importants de nos concitoyens sont astreints au travail dominical, notamment dans certains services publics. Mais précisément, il s’agit d’une astreinte en faveur du service de tous. Etendre cette astreinte par une possibilité laissée au « libre choix » se réfère à un autre mobile : développer le rendement d’un certain nombre de secteurs d’activités économiques et miser sur l’appât du gain pour convaincre. Gagner plus doit-il devenir le principal objectif de l’existence ?

Que les chrétiens ne soient pas favorables à une extension du travail le dimanche ne surprendra personne. Pour eux, le Jour du Seigneur n’est pas un jour férié comme les autres. C’est le Jour de la Résurrection qu’ils célèbrent dans la joie et la fraternité. Cette obligation du repos dominical suppose de renoncer à d’autres activités, fussent-elles très rémunératrices. Le dimanche est aussi le jour d’une vie familiale plus intense et plus riche. Comment peut-on souhaiter que le tissu familial soit plus riche et plus structurant pour la vie sociale, si chacun des membres de la famille est retenu ailleurs par son travail ? Est-il normal que pour gagner honnêtement sa vie on soit invité à renoncer à la qualité de la vie ? Si des dispositions législatives généralisaient le champ du travail dominical, les dommages humains et sociaux qui en découleraient seraient sans commune mesure avec le profit économique qui peut en résulter. Ce serait une mesure supplémentaire dans la déstructuration de notre vie collective qui ne toucherait pas seulement les chrétiens.

De même, la révision des lois dites de bioéthique nous confronte à un réalisme incontournable. La recherche scientifique et ses applications médicales sont-elles faites pour le bien de l’homme et pour quel modèle d’humanité ? Voulons-nous laisser se développer, dans nos pays avancés, une course effrénée aux brevets, par tous les moyens disponibles ? Voulons-nous laisser instrumentaliser et commercialiser l’être humain sans aucune mesure ni aucune limite ? Il semble aujourd’hui que des personnes de plus en plus nombreuses commencent à entendre ces questions et acceptent d’y réfléchir. Elles savent que nous sommes attentifs à leurs réflexions et toujours disponibles pour y apporter notre contribution.

Les avis que nous sommes invités à donner se situent toujours sur le plan qui est le nôtre, c’est-à-dire celui des enjeux humains et moraux des décisions à prendre. Nous préférons évidemment qu’ils ne soient pas sous-estimés devant l’autorité sans partage de spécialistes qui ont parfois tendance à négliger ces dimensions éthiques de la réalité, au moins jusqu’à ce qu’une crise grave les impose.
 

Commentaires (5)

Philippe GUERLESQUIN (08/11/2008): Il y a sans aucun doute dans notre pays une forme rampante de comportements autocrates de la part de
"sachants, experts en tous genres, infaillibles..." face à eux un discours modéré, paisible et de bon aloi... Merci Monseigneur.
(souvent ces personnes sont d'ailleurs peu paisibles…
JLC (15/11/2008): Pourvu que ce discours plein de sagesse soit entendu!
Laura (15/11/2008): Que les futurs séminaristes choisissent leurs réseaux, leur diocèse, c'est peut-être en suivant (pour une part) l'habitude qui consiste à choisir, pour un paroissien, son réseau, sa paroisse, sa communauté, en fonction de sa sensibilité, de ses affinités. Ce n'est pas toujours la faute du curé de son quartier. C'est aussi la société de consommation qui est comme cela...
RP (15/11/2008): Pour participer à la défense du repos dominical, n'hésitez pas à signer la pétition sur le lien suivant :
http://www.repos-dominical.com/petition/
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Bernard DROUINEAU (15/11/2008): J'adhère totalement au discours de Mgr VINGT TROIS sur le repos dominical, non seulement en tant que catholique qui respecte le jour du Seigneur mais également en tant que père de famille qui considère que tout doit être fait pour favoriser et protéger la cellule de base de la société que représente la famille.

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