Le fil
France
Bioéthique : La parole de l'Église “avertie” et “forte”
14 novembre 2008
Un député et un prêtre débattent sur Radio-Notre-Dame de l’esclavage bioéthique. Dans l'émission Aujourd'hui l'Église du 6 novembre animée par Élodie Chapelle, les invités du jour, Jean-Frédéric Poisson et le père Matthieu Rougé, évoquent la première naissance d’un bébé-médicament en Espagne, survenue le 14 octobre 2008.
Fruit de la sélection in vitro d'un embryon non atteint de l'anomalie génétique dont souffre son frère, la « mission de ce petit garçon par l'injection de son sang ombilical est de guérir son frère de la maladie d'Andrès ».
Pour le député des Yvelines, l’enfant « est donc un esclave ». Pour bien se faire comprendre, il conseille aux auditeurs de Radio Notre-Dame la lecture du premier livre de la Politique d'Aristote :
Interrogé sur la légitimité et le poids de l'ɲglise sur ces questions, le père Matthieu Rougé répond :
À propos du travail des évêques sur ces questions de bioéthique, en séance plénière à Lourdes, le recteur de Sainte-Clotilde, directeur du Service pastoral d’études politiques du diocèse de Paris prend soin de noter qu'il s'agit de « questions subtiles » et qu'il faut « parler de manière circonstanciée, avertie ».
Le parlementaire estime quant à lui que l'Église est attendue et que sa parole doit être forte. Et il rappelle que le président de la République lui-même, lors de son échange d'allocutions avec Benoît XVI au palais de l’Élysée, a invité l'Église à faire entendre sa parole dans le cadre de ses débats, mais pas seulement.
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Pour le député des Yvelines, l’enfant « est donc un esclave ». Pour bien se faire comprendre, il conseille aux auditeurs de Radio Notre-Dame la lecture du premier livre de la Politique d'Aristote :
« Les Grecs étaient spécialistes en matière d'esclavage, ils ont formalisé cette doctrine et Aristote nous explique que doit être considéré comme un esclave celui qui n'est pas maître lui-même des fins qu'il poursuit. Cet enfant n'est pas voulu pour lui-même, il est voulu pour quelqu'un d'autre que lui, et il naît au monde pour la seule raison que son patrimoine génétique va servir à quelqu'un qui n'est pas lui. On est donc dans un cas patent de déni de la dignité humaine, puisque une des définitions acceptée de la dignité humaine, c'est qu'on ne doit pas considérer la personne comme un moyen mais toujours comme une fin.
Ce bébé, il est une personne à part entière. Si l'Église d’Espagne est saisie, elle le baptisera, et bien entendu cet enfant n'est pas à considérer comme une personne au rabais. Simplement, dans l'idée même de sa conception, de sa croissance, de sa santé, il n'est pas voulu pour lui, ce qui est l'atteinte à mon sens la plus grave qu'on puisse porter à une personne humaine…
Aujourd'hui en France, c'est interdit mais je crains que cela fasse partie des digues qu'un certain nombre de gens veulent faire sauter. »
Interrogé sur la légitimité et le poids de l'ɲglise sur ces questions, le père Matthieu Rougé répond :
« En matière éthique et sociale, l'Église a une parole à dire qui n'est pas une parole immédiatement confessionnelle, qui est une parole inspirée par la foi, mais dont elle peut rendre raison. Elle peut partager avec des non-chrétiens des attitudes communes… Dire par exemple que la personne humaine ne peut pas être considérée comme un moyen mais doit être considérée comme une fin, fait partie du patrimoine commun de la pensée occidentale, d'origine chrétienne mais pas exclusivement chrétienne. L’Église doit rappeler un certain nombre de points de repères éthiques… »
À propos du travail des évêques sur ces questions de bioéthique, en séance plénière à Lourdes, le recteur de Sainte-Clotilde, directeur du Service pastoral d’études politiques du diocèse de Paris prend soin de noter qu'il s'agit de « questions subtiles » et qu'il faut « parler de manière circonstanciée, avertie ».
Le parlementaire estime quant à lui que l'Église est attendue et que sa parole doit être forte. Et il rappelle que le président de la République lui-même, lors de son échange d'allocutions avec Benoît XVI au palais de l’Élysée, a invité l'Église à faire entendre sa parole dans le cadre de ses débats, mais pas seulement.
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Commentaires (4)
FL (15/11/2008):
Question annexe: comment cet enfant pourrait-il construire sa personnalité? Comment pourrait-il ne pas haïr son frère et ses parents?
HNM (15/11/2008):
En reprenant le commentaire de FL et en anticipant (de peu) : "je hais les yeux bleus" répond un jeune à ses parents qui viennent de lui apprendre, tout guillerets, qu'ils ont choisi la couleur de ses yeux. Relire J. Habermas !
texmex (15/11/2008):
Toute à fait d'accord avec les propos du député et du prêtre. Néanmoins, je ne pense pas, comme FL, que cet enfant haïra nécessairement son frère et ses parents. La nature peut très bien prendre le dessus. Tant que l'enfant n'est pas là, on peut ne le vouloir que comme remède pour son frère, on peut ne pas le vouloir, on peut l'accepter "du bout des lèvres", et puis une fois qu'il est là tout est changé. La réalité de cette petite personne s'impose; il se fait aimer, car lui, il ne sait pas qu'il a été conçu comme instrument. Il sait seulement qu'il est vivant, plein de cette énergie etonnante, cette soif de vivre, qu'ont les tout petits. Qui sait, ces parents arriveront peut être à lui faire sentir, au fur et à mesure qu'il grandit, qu'il est aimé pour lui-même.
MLP (17/11/2008):
Je crains que M. Texmex n'ait jamais eu à écouter des jeunes ou des adultes en profondeur : quand on voit à quel point tout marque en profondeur un être, de la façon dont il a été conçu en passant par les événements de la grossesse et puis la petite enfance etc. et que tout cela rejaillit en particulier lorsqu'il s'agit de prendre des décisions importantes dans sa vie... malgré toute la bonne volonté de ses parents il lui faudra beaucoup de temps et de grâces à recevoir de Dieu pour parvenir à pardonner en profondeur et retrouver son identité d'homme libre et aimé par le Père pour lui-même... De mon côté j'entends cette histoire comme le récit d'une grande douleur à venir et je ne manquerai pas d'intercéder pour ce petit bout de chou.







