A l’occasion de ses vœux aux enseignants, le Président de la République a dessiné les contours de ce que sera son programme pour l’école lorsqu’il sera candidat.
Le bilan du quinquennat sur l’éducation nationale est plus que mitigé. Entre 2007 et 2012, le gouvernement de Nicolas Sarkozy aura certes dégraissé 80 000 postes l’Éducation nationale mais aussi renoncé à sa réforme sur le lycée de 2008 alors que Xavier Darcos était encore ministre de l’Education nationale. Nicolas Sarkozy a également mis en place la mastérisation avec les avantages mais aussi les défauts qu’on lui connaît. A propos de la réforme des rythmes scolaires annoncée par Luc Chatel (depuis la rentrée 2009, les écoliers n'ont plus classe que quatre jours par semaine), rien n’a réellement été mis en place et deux rapports sur le sujet attendent.
Autonomie pour tous
Pourtant, Nicolas Sarkozy a un atout : la réforme des universités, devenues autonomes – loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) d'août 2007 – : « d'ici à cinq ans, nous aurons en France un nombre significatif d'universités de dimension mondiale » affirme-t-il en guise de bilan. Aussi ce 5 janvier à Poitiers, le Président de la République n’a pas hésité à annoncer qu’il comptait réaliser dans le secondaire ce qu’il avait accomplit dans l’enseignement supérieur s’il était reconduit dans ses fonctions en 2012.
« L'éducation et la recherche constituent pour la France un formidable moyen de reprendre son destin en main. » En clair, Nicolas Sarkozy est conscient que la réponse à la crise actuelle passe aussi par une école de qualité. Cette qualité de l’école, elle est évidemment tributaire de la qualité des équipes. Pour le chef de l’Etat, l'autonomie est le moyen « que partout - et ce dès l'école primaire - se constituent de véritables équipes de professeurs, motivés et soudés autour du chef d'établissement ». « Des équipes, devait-il dire jeudi, qui se sentiront collectivement responsables des élèves qui leur seront confiés ; des équipes capables de parler d'une seule voix, d'une voix forte. »
Redéfinir le métier d’enseignant : réaffirmer l’autorité des maîtres
Car outre l’autonomie, le premier levier de modernisation de l’école pour le chef de l’Etat est la redéfinition du métier d'enseignant et l’affirmation de l'autorité des maîtres. « Ce dont souffrent en premier lieu les enseignants, c'est le décalage entre ce que l'institution leur demande officiellement - à travers ces fameux textes statutaires qui remontent aux années 1950 - et la réalité de la société d'aujourd'hui, des élèves qui leur sont confiés », devait-il déclarer.
Bien sûr, une telle réforme ne se fera pas sans les professeurs ! Cela impliquera de leur part des efforts et notamment « d'accepter de nouvelles manières de travailler » a souligné Nicolas Sarkozy. Ils devront« être plus présents dans les établissements, sans aucun doute », précise-t-il, et d’ajouter : « Mais, en contrepartie de ce nouvel engagement, leur rémunération devra être considérablement augmentée, et leurs conditions de travail très sensiblement améliorées. »
Sarkozy sur les terres d’Hollande
Notons également qu’avec ce discours le chef de l’Etat s’aventure sur le terrain de François Hollande qui a fait de la jeunesse une de ses grandes priorités. Nicolas Sarkozy ne s’est d’ailleurs pas privé d’une référence explicite aux propositions du candidat socialiste. A propos des effectifs, il a en effet affirmé : « La question n'est pas celle des moyens, qui ont augmenté de 80 % ces trente dernières années sans résultats tangibles […]. Plus de professeurs, moins payés, moins motivés, moins impliqués dans les établissements au service des élèves. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? »
Le courage d’aller jusqu’au bout ?
On le voit, le projet est ambitieux et en rupture totale avec la réserve dont a fait preuve le gouvernement pour se lancer dans une vraie réforme de l’école jusqu’à aujourd’hui. Cependant, à l’issue de ce discours de précampagne déguisé en vœux, plusieurs questions demeurent. Pour rendre leur autorité aux professeurs, le Président sortant est-il près à remettre en cause le système extrêmement complexe de l’Education nationale lui-même ? Est-il près à se confronter aux syndicats ? A remettre en cause les processus longs et verrouillés qui empêchent tout changement ? Restaurer l’autorité des maîtres est un vœu inutile si le nivellement de l’école est toujours fait par le bas. Les professeurs auront beau être excellents, à quoi cela servirait-il si les programmes ne sont pas au niveau ?
Sources : Elysée.fr, Le Monde,
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Professeur en lycées et collèges publics depuis 1973, je viens de prendre une retraite anticipée. Je me permets de vous signaler qu'une réforme du lycée est en cours : elle a commencé l'année dernière en classe de seconde, elle est appliquée cette année en 1ère et va "atteindre" la terminale à la rentrée prochaine. Par cette réforme, 10 heures de cours par semaine sont remplacées par des heures de soutien, approfondissement et/ou orientation, au choix du conseil d'administration de chaque établissement. En même temps, les programmes sont allégés ; par exemple, en physique-chimie et en SVT, ce n'est plus que du "zapping". Cette réforme va dans le même sens que la réforme Allègre d'il y a une douzaine d'années. Encore une, et les élèves n'apprendront plus rien du tout. La culture n'est pas dans l'air du temps ! Depuis que j'enseigne, j'ai connu de nombreuses réformes, allant toutes dans le sens du nivellement par le bas et de la diminution des exigences ; c'est comme une seule grande réforme qui se poursuivrait. Chaque fois, il y a des protestations des enseignants, allant parfois jusqu'à la grève, mais sans grand succès : cela ne fait que freiner le processus. Les gens, qui voient la dégradation de l'enseignement en France, accusent "les syndicats". En réalité, ceux-ci n'ont pas tous les mêmes idées : certains approuvent cette tendance, d'autres s'y opposent ; dans le secondaire, ces derniers sont majoritaires mais je crois que c'est l'inverse dans le primaire. Pour finir, je crains que, malheureusement, quand N.Sarkozy affirme "qu'il faut que les enseignants s'adaptent à la réalité de la société d'aujourd'hui", cela ne signifie pas le retour des connaissances et de l'exigence à l'école, bien au contraire. Sinon, pourquoi aurait-il fait l'inverse, non seulement au lycée mais aussi au collège, pendant son quinquennat ? Pourquoi serait-il fortement question de supprimer le concours de l'agrégation et, dans celui du capes, de faire disparaître les épreuves portant sur la matière à enseigner ? Pourquoi le rôle de l'inspecteur, seul capable de juger de la qualité d'un cours, serait-il menacé de disparition ? L'école "lieu de vie" remplace peu à peu l'école "lieu d'enseignement". Toutes ces réformes désastreuses pour les élèves et décourageantes pour les professeurs se font dans tous les pays de l'OCDE; la seule différence de notre pays avec les autres est que chez nous l'enseignement, autrefois excellent, est tombé de plus haut...
Voir le commentaire en entierVous posez les bonnes questions. Si les programmes sont mauvais ainsi que les méthodes, toute réforme est vouée à l'échec. Seule une réelle autonomie, n'étant que garant de l'accès à une bonne instruction pour tous, peut s'avérer efficace. Autre question : comment mieux payer les professeurs dans l'état actuel des finances publiques. Mission impossible à moins de diminuer le nombre de professeurs par 2 !!