Un tiers des français sont favorables à la sortie de l’Euro. Ils appartiennent en majorité aux classes populaires qui ont été victimes d’une monnaie mal née. Mais ne seraient-ils pas une nouvelle fois les premières victimes d’un retour au franc ?
La France toujours cigale à la différence de la grosse fourmi allemande n’avait pas pris ses précautions au moment du lancement de la monnaie unique. Les allemands avaient gelé les salaires pour dix ans et l’Allemagne avait rapidement retrouvé sa compétitivité à l’exportation. Côté français on avait continué à dépenser et l’Etat à s’endetter. Le résultat nous le connaissons : un différentiel avec l’Allemagne qui n’est pas en notre faveur et un grave manque de compétitivité à l’exportation qui pèse sur nos finances.
Mais à supposer que l’euro n’éclate pas en vol, revenir au franc, comme le souhaite Marine Le Pen ou selon la formule de Christine Boutin en créant un euro-franc est-il la solution ?
L’Institut Montaigne a tenté d’en mesurer la facture en partenariat avec les Echos à partir de modèles économiques issus du Ministère des Finances. Selon cette étude La sortie volontaire de l’Euro couterait 19% de la richesse nationale sur dix ans. 9 000€ par salarié ! Des centaines de milliers d’emplois seraient détruits. Même si le chiffrage est à charge, le retour au franc produirait un séisme qui ne manquerait pas d’affecter l’ensemble de nos accords douaniers et les conditions de financement de notre dette , avec en sus des conséquences indirectes sur notre agriculture. Le Front national avoue lui-même que le retour au Franc conduirait à une dévaluation de 20 %. Cette dévaluation doperait, dit-il, nos exportations. Peut-être à court terme à conditions que les français évitent de se rendre à l’étranger, cessent d’importer et d’acheter des iphones et des ordinateurs ainsi que bien d’autres biens. Le temps ou la France pouvait prétendre vivre en autarcie est depuis bien longtemps terminé mais certains semblent y croire encore. Enfin, il y a la question de la dette qui est contractée en euros. Si elle demeurait libellée dans la monnaie où elle a été émise, la facture loin de se réduire s’alourdirait d’un coup et il n’est pas certain que les marchés nous en soient reconnaissant. Nous aurions alors une situation à la grecque avec l’obligation de réduire les salaires, les prestations sociales et d’augmenter encore les impôts. Pour les entreprises françaises qui opèrent à l’étranger ce serait aussi un choc en raison de la fluctuation probablement importante des monnaies . Dans les Echos du 13 novembre Jean-Pierre Clamadieu Président de Solvay évoque pour son entreprise l’hypothèse de la perte d’une zone euro homogène en ces termes : «L’ensemble des relations avec nos fournisseurs et nos clients en serait profondément bouleversé. Nous devrions identifier dans chacun de nos contrats quelle est la part des sous-jacents relevant des diverses monnaies nationales. Cela représenterait des mois, voire des années de travail ! » Même si le pire n’est pas toujours sûr, le coût de la sortie de l’Euro serait prohibitif.
Il n’est pas certain que la proposition de Christine Boutin : l’euro pour les transactions internationales et des francs pour les échanges intérieurs soit une solution bien meilleure. Il est difficile d’imaginer que la forte disparité des deux monnaies en termes de pouvoir d’achat n’entraîne pas une forte pression inflationniste. Cette monnaie n'étant pas convertible en euro elle aura moins de valeur et les prix ne pourront pas baisser.
Le but avoué de cette proposition qualifiée par Christine Boutin elle-même « d’audacieuse » est de briser le monopole supposé des banques sur la monnaie. Mais l’ont-t-elle vraiment comme le croit la candidate ? La crise actuelle ne démontre-t-elle pas au contraire qu’elles sont tout autant victimes que coupables d’avoir prêté aux Etats dispendieux. Enfin, cerise sur le gâteau, la création des pièces et des billets pour cette nouvelle monnaie coûterait, selon les extrapolations de l’Institut Montaigne, au bas mot 2 milliards d’Euros.
Comme le remarque Jean-Pierre Chevènement peu suspect d’europhilie « Maintenant que l’avion a décollé, il est dangereux de sauter par le hublot et il est préférable de reprendre les commandes de l’appareil pour le faire atterrir en douceur ». Ce à quoi les tenants de la sortie ont beau jeu de répondre qu’en dépit des récents accords de Bruxelles il n’y a plus de pilote dans l’avion.
Source : les Echos du 13 décembre
Institut Montaigne : http://www.chiffrages-dechiffrages2012.fr/blog/2011/12/12/proposition-sortir-de-l%E2%80%99euro/







Peut-on marier les idées d'Henri Hude exposé dans la "Philosphie de la prospérité" et celle du PCD appelé Euro Franc par Christine Boutin ? Cela donnerait un euro avec des taux d'intérêt, à vocation d'investissement à long terme, et un euro-franc, sans taux d'intérêt, pour les transactions courantes.
Voir le commentaire en entierActuellement, si j'ai bien compris, la création d'euro est limitée par la croissance, pour éviter l'inflation et la dévaluation de l'euro. Résultat, peu de croissance = peu d'euros et peu d'euros = peu de croissance. Henri Hude propose de créer et supprimer la monnaie (de transaction, sans intérêt) en tant que de besoin. Outre l'avantage de mettre la monnaie au service des besoins au lieu d'ajuster les besoins en fonction de la monnaie, cela permet de relancer l'économie sans relancer l'inflation, la monnaie étant ajustée en permanence aux besoins de l'économie réelle. Sans taux d'intérêt, l'économie financière perdrait de son... intérêt et se réduirait au juste nécessaire. Reste le pari sur l'équilibre entre les deux monnaies. Mais entre un pari et un cercle vicieux, le choix me semble simple.
Je souscris pleinement au commentaire de Philippe Bordier sur la référence à l'Institut Montaigne. Mais j'y ajouterai un élément : plus qu'un problème économique (que je ne méconnais pas) l'euro est un problème idéologique. Depuis 15 ans la vulgate nous enseigne qu'hors de l'euro point de salut. Il est de bon ton dans les milieux "autorisés" de regarder avec condescendance ceux qui ont toujours dit que l'euro était une folie. Même si le tabou commence à se lézarder, la bourgeoisie libérale persiste dans cet enfermement idéologique, y compris (et surtout) chez les catholiques. Sortir de l'euro serait pour tous ces gens un aveu d'échec de la pensée, un cataclysme pour le conformisme ambiant. Et ne parlez surtout pas à ces gens de l'abdication du politique devant la finance, ils vous regarderont comme un dangereux gauchiste !
Il est dommageable que vos seules références ne soient issues que de l'Institut Montaigne. Chacun sait que l'Institut Montaigne est le fer de lance de tous les lobbies dont l'intérêt est de rester à l'euro.
Prétendre que les Français travaillent moins que les Allemands c'est faire fi de ce que les Français font bien davantage d'enfants que les Allemands et faire abstraction du travail non rémunéré de ce que représente l'éducation des enfants. Ainsi des coûts, et vous conviendrez que dans ces conditions il est plus aisé aux Allemands de compresser leur salaires que pour les Français.
Qualifier les Français de cigales relève d'une analyse économique incomplète sachant que les Allemands vont rencontrer des problèmes pour ne pas avoir fait d'enfants.
Donc nos cultures économiques sont bien hétérogènes et c'est vendre des illusions que de faire croire qu'elles pourront supporter une politique monétaire unique.