Maurice Borrmans, Dialoguer avec les Musulmans - Une cause perdue ou une cause à gagner ?, préface du Cardinal Jean-Louis Tauran, éd. Pierre Téqui, 326 p., 29,50 €

Notez-le, car c’est déjà un bon point : le sous-titre infirme d’emblée la véracité du titre. Le « dialogue » théologique – inter-religieux, non certes œcuménique - entre catholiques et musulmans est, au mieux, un vœu, et, même, diraient certains, un vœu pieux, un vœu qui, sans jeu de mots, ne peut relever, ne peut se voir réalisé que par la piété, non une réalité ou un acquis. Deuxième remarque : la majuscule au terme «musulmans» constitue, en toute rigueur de termes, une faute d’orthographe (il n’y a qu’avec le vocable islam que la majuscule se prête à discussion : «Islam» si l’on parle du monde, de la civilisation islamiques, islam si l’on s’en tient à la religion stricto sensu.) Troisième remarque : théologiquement parlant, si un chrétien est conduit à s’intéresser à l’islam, c’est parce que le concile Vatican II dispose que [ces règles et doctrines] ‘‘reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes’’. Quatrième remarque : aussi fade et plate qu’une lettre de château rédigée par un hôte en panne d’inspiration, on aurait pu se dispenser de la lettre d’introduction. Elle n’est pas une plus-value à ce recueil de textes que l’on conservera à titre documentaire. Cinquième remarque : si ces textes pontificaux et ces articles du Père Borrmans méritaient d’être ici rassemblés, on regrette l’absence de références (même dans la bibliographie) à des gens, parmi beaucoup d’autres, comme Antoine Moussali, Edouard-Marie Gallez ou encore Alain Besançon. Ces textes, ou, pour le moins, certains d’entre eux, auraient du chercher à mettre en scène, à organiser la dispute (au sens moyenâgeux du terme) entre des chrétiens islamophiles, tel Michel Lelong, et d’autres islamo-sceptiques [1]. Sixième remarque : on ne s’est jusqu’à présent pas beaucoup intéressé aux différentes variétés d’islams en rapport avec leur éventuelle différence de degré de «souplesse relationnelle» avec le christianisme. A l’expérience, le soufisme ne serait-il pas le seul islam christiano-compatible ? Septième remarque, sous forme de question (et de réponse), en guise de proposition de piste de décollage d’un très hypothétique dialogue : quel était, au VIIème siècle, l’état religieux des lieux (en Afrique du Nord) avant l’invasion islamique ? Une présence du christianisme ? En vérité,pas vraiment. C’était l’arianisme qui dominait après avoir chassé (non sans persécutions parfois) l’orthodoxie chrétienne, une christologie à dominante monophysite (non sans affinité avec la première hérésie) régnant par ailleurs plus tard au Proche-Orient, et qui fera le lit de la religion de Mahomet. Ne conviendrait-il donc pas de procéder à une sorte de régression hypnotique doctrinale qui permettrait à l’inconscient collectif des musulmans du Maghreb et du Levant de retrouver la religion arienne de leurs ancêtres, comme un sas de décompression avant leur plein et entier retour en Chrétienté ? Voilà un vœu, sûrement très pieux, mais pas plus irréaliste que le prétendu dialogue entre christianisme et islam qui ne peut, à ce jour, qu’au mieux se dire le face-à-face massif et argumenté de deux monologues qui s’écoutent sans être certains de s’entendre.            

 

Hubert de Champris 

 

[1] voir à ce sujet les revues Les Cahiers de l’Orient (dirigé par Antoine Sfeir) n°68, 4ème trimestre 2002 (en particulier l’article : L’islam et les communautés ecclésiales) et Liberté politique n°44 (mars 2009) et n°52 (mars 2011).