Pour sa huitième édition, le Forum agriculture et alimentation de Provins (10-18 octobre) s'est posé la question : comment répondre aux besoins des 9 milliards d'habitants de la terre en 2050 alors qu'aujourd'hui près d'un milliard d'hommes souffrent de la faim ? Le forum s'est conclu par une table ronde à laquelle participaient Christian Jacob, député-maire de Provins, ancien dirigeant de la FDSEA, Pierre Cuypers, président de la Chambre d'Agriculture de Seine-et-Marne, Mehdi Drissi, chef du bureau d'information de la FAO en France, Marion Guillou, présidente de l'INRA et Michèle Chabert de l'INSERM. Elle était introduite par un exposé de Bruno Parmentier, ancien directeur de l'École Nationale d'Agriculture d'Angers et auteur d'un ouvrage sur la question [1].
Pour celui-ci, il sera bien difficile de faire face à la situation en raison des changements climatiques et de la raréfaction du pétrole. La FAO estime nécessaire d'augmenter de 70% la production agricole de la planète au cours des 40 ans à venir. La réponse de l'INRA est plus nuancée : les scénarios étudiés dans la recherche prospective Agrimonde aboutissent à une réponse positive mais exigent des investissements importants, un effort substantiel de recherche (particulièrement en ce qui concerne les biotechnologies) et des politiques publiques renouvelées aux échelles nationales et internationales. Mais il apparaît que, d'ores et déjà, la réduction des pertes après récolte et des gaspillages constitue une partie de la réponse.
Depuis toujours, l'homme a essayé de réduire, avec plus ou moins de bonheur, les pertes après récolte. Le CIRAD et l'INRA viennent de publier les résultats d'un ensemble de recherches sur la durabilité de l'alimentation qui consacre un chapitre à la question des pertes et gaspillages [2].
Les pertes après récolte sont le problème principal des agricultures des pays en développement. Le riz, céréale la plus consommée par l'homme, subit des pertes globales estimées à 15%, avec des variations importantes selon les pays, les zones climatiques et les procédés de récolte et de conservation. En Afrique au sud du Sahara, c'est 10 à 20% des récoltes céréalières qui sont perdues. La valeur de ces pertes est estimée à 4 milliards de dollars. Pour les produits périssables (manioc, tubercules, fruits ...), les estimations sont de 45 à 50%.
Dans nos pays, la valeur des produits alimentaires a beaucoup baissé et, avec elle, l'attention qui leur est portée. Aux États-Unis, chaque foyer gaspillerait 14% de ses achats alimentaires, ce qui, à l'échelle du pays, représenterait 43 milliards de dollars par an. En Grande-Bretagne, le gaspillage correspondrait à 25% des achats alimentaires en volume. En France, l'ADEME estime que chaque année, 7 kg de produits alimentaires sous emballage sont jetés par habitant et 20 kg non consommés. Les banques alimentaires estiment le gaspillage du frais et des fruits et légumes dans la grande distribution à 600 000 t/an dont 1/3 pourrait être récupéré. Les dates de péremption sont souvent mal comprises et sont remises en question en Grande-Bretagne.
Que faire devant tout ce gâchis ?
Agriculture et industries agro-alimentaires sont déjà dans une démarche de limitation des pertes pour obtenir une réduction des coûts. Des mesures de réduction des gaspillages en restauration collective sont en cours de mise en place. La Fédération Nationale des associations de protection de l'environnement consacre une partie de son site à la prévention du gaspillage alimentaire dans la consommation domestique [3].
Pour les chrétiens, qui demandent à Dieu dans la prière le pain quotidien , le respect de la nourriture et sa bonne consommation (la suralimentation est aussi un gaspillage qui mène à l'obésité) sont des impératifs moraux et la frugalité est une vertu à redécouvrir.
[1] Nourrir l'humanité. Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle. La Découverte. 2007
[2] duALIne. Durabilité de l'alimentation face à de nouveaux enjeux. Questions à la recherche. Catherine Esnouf, Marie Russel et Nicolas Bricas. INRA – CIRAD. Juillet 2011.
[3]preventiondechets.fne.asso.fr/fr/ressources/fiches-action/gaspillage-alimentaire.html
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