LYON, [DECRYPTAGE/analyse] — L'échec apparent des négociations syndicales sur les retraites complémentaires ne doit pas cacher la dynamique lancée il y a un an par le nouveau président du MEDEF, Ernest-Antoine Sellière.

La refondation sociale suscite depuis son démarrage interrogations, approbations ou réserves, en tout cas un intérêt grandissant.

De quoi s'agit-il ? Le patronat français a la volonté de remettre complètement à plat le fonctionnement des relations sociales, c'est-à-dire la façon dont sont fixés les droits et obligations des salariés et des entreprises dans des domaines aussi importants que les retraites, la santé au travail, la négociation collective, la formation ou l'indemnisation des chômeurs...

Le MEDEF a proposé à toutes les grandes centrales syndicales de salariés de s'associer à cette démarche. L'enjeu est de faire en sorte que les partenaires sociaux se réapproprient le dialogue social.

Tous les syndicats ont accepté le principe d'en discuter malgré des divergences de fond faisant apparaître au fil des négociations deux blocs distincts : 1/ les réformateurs (CFDT, CFTC et CGC) qui ont déjà signé plusieurs accords (assurance chômage et santé au travail) ; 2/ les conservateurs (CGT et FO) qui acceptent difficilement de rentrer dans le jeu de la refondation conduisant implicitement l'Etat à continuer de réglementer par lois et décrets les rapports sociaux.

De son côté, le gouvernement de " gauche plurielle " semble ne pas accepter que la régulation sociale s'organise sans lui. Cette position prouve bien que ce dossier pose une question éminemment politique : quel doit être le rôle de l'Etat par rapport à la société civile, aux corps intermédiaires que sont les entreprises et les organisations professionnelles ? Quelle est la place de la loi et des accords collectifs ?

Pour les représentants des entreprises, il est temps de décoloniser la société civile. Il est temps d'appliquer le fameux principe de subsidiarité — principe éminemment chrétien — en laissant les partenaires sociaux régler eux-mêmes au niveau le plus approprié (national–professionnel–entreprises), les problèmes les concernant directement. Pour les protagonistes de la refondation sociale, le rôle de l'État consiste en revanche à fixer les principes fondamentaux du droit du travail et de la protection sociale.

La refondation sociale porte en elle un enjeu qui nous concerne tous car il vise directement la reconstruction sociale et politique de la nation. Au-delà des accidents de parcours, le mouvement lancé par Ernest-Antoine Seillière, Nicole Notat et Alain Deleu, est une révolution qui ne s'arrêtera pas.

Pour Alain Deleu, président de la CFTC (syndicat chrétien), " il s'agit que les partenaires sociaux se saisissent de tous les chantiers de l'innovation sociale ". Précision de Denis Gauthier-Sauvagnac, directeur général de l'UIMM : " Ce n'est pas de la loi ou du règlement que viendra le progrès social mais d'accords collectifs. "